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interview

Maingain: "La vie politique, c'est une perte terrible de sa vie sociale"

©Anthony Dehez

Qu’il pleuve ou qu’il vente, le président du FDF Olivier Maingain ne renoncerait à ses sorties jogging au petit matin pour rien au monde. "Ca permet d’être relax durant toute la journée."

Le Maingain est un oiseau matinal. Regardez-le: il est là, 6h15 tapantes, et il piaffe déjà, sur le perron de la maison communale de Woluwe-Saint-Lambert. Survêtement rouge vif, baskets vissées aux pieds, on dirait bien "eye of the tiger", mais ce serait un poil exagéré, tout de même. Le président FDF ne boxe pas, il se contente de courir.

Et "ça fait presque quarante ans que je cours!", dit-il comme pour annoncer la couleur. À intensité variable, évidemment. "Mais je tente de faire deux sorties par semaine – toujours très tôt le matin. En me levant. Comme je me lève vers 5h45 le matin, j’enfile les baskets et c’est parti."

Et c’est parti.

©Anthony Dehez

Le jogging made in Maingain ressemble (aussi) à s’y méprendre à une tournée d’inspection des travaux finis puisque le bourgmestre sillonne les rues de sa commune durant une petite heure. "Oui, je reste sur le territoire de Woluwe quand je cours en semaine." Les employés de la commune le savent d’ailleurs très bien. "Quand je reviens de ma course, en général, je viens les voir en disant: là, il y a du mobilier cassé, là il y a ci ou il y a ça, là il y a un trou dans la voirie. Le jogging est une excellente manière de parcourir la commune, en fait." Olivier Maingain se détend, mais garde un œil ouvert, donc. L’œil du tigre, on vous disait.

"Le week-end, je vais souvent en forêt de Soignes près de Tervuren. Faire du jogging, ça me met dans de bonnes dispositions pour la journée, ça vous porte toute la journée, on se sent plus relax et on est beaucoup moins stressé". À quoi pense-t-il lorsqu’il déroule les foulées? "Je pense à ce que j’ai à faire plus tard dans la journée, aux dossiers à gérer. Quand je cours, je pense à ce que je vais dire, à ce que je vais déclarer. Je cours partout et tout le temps, même en voyage, je prends mes baskets, j’ai par exemple déjà couru à Pékin en Chine. Il y a une quinzaine d’années, j’ai couru à Montréal au Canada." Une performance? "Je ne fais pas réellement de compétitions, je regarde le chrono, mais je ne suis non plus vissé à mes temps de course." Il a même couru dans un club. "Courir à plusieurs permet de se motiver, en groupe, on peut mieux progresser."

Descente vers le Wolubilis, la foulée est alerte.

Mais c’est quasi un triathlète que nous accompagnons ce matin-là car, outre la course, Olivier Maingain pratique beaucoup la natation et le vélo."J’essaye de nager chaque semaine et en été je roule aussi pas mal en vélo." Réminiscence paternelle sans doute: "Enfant, j’avais l’obligation de mon père d’aller nager au minimum deux fois par semaine, mon père venait avec nous et surveillait les longueurs qu’on faisait, selon l’âge ça a été de 200 mètres à 1,5 kilomètre." Chez les Maingain, vous l’aurez compris, on ne badine pas avec le sport. C’est "mens sana in corpore sano".

Et il continue. "Quand je ne suis pas sur un plateau de télévision le dimanche, j’aime bien faire une marche Adeps. C’est toujours des paysages inédits, c’est bien organisé, on découvre des coins insoupçonnés; de parcours qu’on ne peut pas trouver par soi-même."

"Enfant, j’avais l’obligation de mon père d’aller nager au minimum deux fois par semaine."

Mais, rayon détente, il y a une vie en dehors du sport. Ouf. Olivier Maingain lit beaucoup. Énormément, même. De nombreux romans et quelques essais. C’est un rituel, quand il rentre de ses réunions, vers 22 heures, il se donne encore 45 minutes pour lire. Comme un sas de décompression. Il dit lire deux à trois livres par mois. Il a récemment terminé une analyse historique sur la guerre civile en Espagne et toutes les ambiguïtés de ce combat. Là, il lit un Milan Kundera. Éclectique. Il n’est en revanche pas du tout cinéphile, ni accro à la télévision. "Je suis beaucoup plus amateur de théâtre, j’y vais très régulièrement, l’année dernière on a vu un excellent Racine interprété par le théâtre de l’Ancre de Charleroi", se souvient-il alors qu’il marque une pause avant de traverser un carrefour.

Le sport, les livres et les copains. Ou plutôt: le sport, les livres et la famille. Il a des copains d’université qu’il voit "très régulièrement", mais c’est aussi et surtout sa famille qui est sa détente favorite. La fratrie Maingain est soudée comme les trois doigts de la main. "Je suis très proche de mes deux frères, on se voit, on s’appelle souvent", dit-il en allongeant la foulée. "Ma femme me reproche souvent de ne pas garder assez de disponibilités pour avoir une vie sociale plus active." Il dit avoir perdu des amis faute d’avoir entretenu certaines amitiés. "On ne se rend pas compte mais la politique, finalement, c’est une perte de vie sociale terrible. Je dis souvent: quand je parviens à sauver mon dimanche soir en famille, je suis content." Avec la famille, les amis, il ne parle pas politique, on est dans une logique de détente.

Les vacances des Maingain, c’est la Bourgogne. Il y a acheté une maison en 2010 et a été conquis par la beauté du sud de la Bourgogne. Ce n’est pas le pays viticole mais le côté où on élève des vaches, les fameuses Charolaises, à 700 kilomètres de Bruxelles. C’est le Brionnais, avec "des paysages magnifiques""On en est tombé amoureux…" Il y aussi eu la Grèce, récemment. Il multiplie les city trips en Europe, et là, il vise l’Amérique latine. "J’aimerais découvrir le Chili et l’Argentine."

Il est sept heures, Bruxelles s’éveille. "On voit la ville s’éveiller, c’est vraiment magnifique."

©Anthony Dehez

Qu’il pleuve ou qu’il vente, Maingain court, encore et toujours. On longe la Woluwe, un filet d’eau, des arbres, des roseaux. On est en ville mais on pourrait se croire en campagne. "C’est la campagne quasiment, et avec le soleil qui se lève c’est beau." On passe devant quelques monuments locaux. Tiens, un moulin à vent du 17e siècle importé depuis Tournai, Maingain augmente la cadence, descend, monte, pointe du doigt une autre zone verte: "C’est une zone protégée Natura 2000 ici." On entend les oiseaux piailler.

Et il commence à souffler un peu plus fort, quand il parle. "Y a pas à dire, on vieillit", reconnaît-il. Même s’il en garde visiblement sous la pédale pour l’ultime côte de sa "tournée", celle qui doit le ramener sur le perron de la Maison communale. Les enjambées sont toujours aussi régulières, la transpiration ne perle pas encore, on est passé devant une vieille église du 13e siècle, il commente; car il aime l’urbanisme, l’architecture et le patrimoine. C’est l’un de ses autres dadas.

Et même pas un seul bruit d’avion qui décollerait pour perturber la quiétude de cet agréable petit matin de juillet, lui fait-on remarquer… De quoi se plaint-on, finalement, à Woluwé-Saint-Lambert. Ah mais ça, mon bon monsieur, "C’est parce que la piste incriminée est en travaux actuellement", répond-il du tac au tac.

Et comme pour lui donner raison, en voilà un qui décolle dans la brume du petit matin bruxellois. C’est un héron.

©Anthony Dehez

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