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Detroit mise sous tutelle

(© Rebecca Cook) ©REUTERS

Le gouverneur du Michigan, Rick Snyder, a nommé Kevyn Orr, l'homme qui avait restructuré Chrysler, coordinateur d'urgence de la ville de Detroit. Ce dernier espère éviter la faillite à celle qui fut la quatrième ville des Etats-Unis avant de sombrer. La tâche sera ardue alors que la ville croule sous les dettes et n'a plus affiché de budget dans le vert depuis une dizaine d'années.

Le gouverneur du Michigan (nord) Rick Snyder a nommé jeudi un coordinateur d'urgence, qui avait déjà aidé à restructurer le constructeur automobile Chrysler, pour mener à bien une remise en état des finances de la ville de Detroit sous la tutelle de l'Etat.

La volonté de Rick Snyder, blanc et républicain, de placer sous tutelle une ville à majorité démocrate et habitée par 83% d'Afro-Américains, avait suscité un débat, mais le choix de nommer à ce poste Kevyn Orr, un démocrate noir originaire du Michigan, devrait atténuer ces critiques.

Orr, qui a démissionné de son poste au sein du cabinet d'avocats Jones Day pour occuper ses fonctions de coordinateur d'urgence, sera payé 275.000 dollars par an. Son contrat a été négocié pour une durée de 12 à 16 mois, mais il espère parvenir à redresser les finances de la ville en moins de temps et ce sans avoir à passer par la mise en faillite. Ce sera "l'olympiade de la restructuration", a-t-il déclaré hier lors d'une conférence de presse. "Nous pouvons renaître des cendres", a-t-il assuré en reprenant la devise de la ville.

"Nous ferons tout pour être de bons partenaires", a réagi auprès de journalistes Dave Bing, le maire de Detroit, berceau de l'industrie automobile américaine. "Cette ville le mérite, cette région le mérite, cet Etat le mérite". Le Conseil municipal était allé en appel de la décision du gouverneur Snyder lorsqu'il avait déclaré l'état d'urgence financière à Detroit le 1er mars dernier, une procédure qui ouvrait la voie à la mise sous tutelle de la ville. Mais Bing s'y était plié, estimant qu'il faudrait passer par là pour sauver le berceau de l'automobile américaine. 

La descente aux enfers

Un temps 4e ville la plus importante des Etats-Unis, "Motor City" comme on l'appelait à son apogée, a vu sa population baisser de plus de moitié, passant de 1,8 million d'habitants en 1950 à 713.000 aujourd'hui. Avec sa dette de quasi 15 milliards de dollars et son déficit budgétaire de 327 millions de dollars (cela fait une dizaine d'années que les comptes de Detroit sont dans le rouge), la ville vient de refuser de poser sa candidature à l’organisation des JO de 2024, malgré une demande du comité olympique américain. 

Les tensions raciales nées avec le mouvement des droits civiques, notamment des émeutes dévastatrices en 1967, ont généré un exode de la classe moyenne blanche vers la banlieue. Les entreprises ont suivi, privant la ville de l'essentiel de ses revenus. S'en est suivi une détérioration des services municipaux, incitant toujours plus de gens à partir, avant le coup de grâce: la crise de l'automobile, qui a débouché sur une douloureuse restructuration du secteur ces dernières années, accompagnée de dizaines de milliers de licenciements.

Detroit, entre-temps, est devenue un repaire de gratte-ciels art déco en ruine, d'usines désaffectées et de maisons abandonnées. Près de 40% des terrains de la ville sont désaffectés ou occupés par des bâtiments laissés à l'abandon. La criminalité y est endémique et les affaires de corruption s'y sont succédées. Kwame Kilpatrick, qui fut maire de la ville jusqu'en 2008, a été reconnu coupable de plus de 20 chefs d'accusation de corruption cette semaine. Il encourt jusqu'à 20 ans de prison.

Les pouvoirs du coordinateur

En tant que coordinateur exceptionnel, Kevyn Orr pourra remodeler la politique économique de la ville et passer des lois sans les soumettre à la municipalité. Il pourrait rejeter les budgets de la ville, modifier les contrats des fonctionnaires, dénoncer des accords avec les syndicats, mettre au vote de nouveaux impôts municipaux, décider certaines privatisations, etc. D’après le Detroit Free Press, le premier journal de la région, quatre services publics seraient d'ores et déjà candidats à la privatisation: l’éclairage urbain, les transports publics, la collecte des déchets ménagers et l’aéroport de Detroit.

Orr pourrait également placer la ville sous la loi des faillites dite de "chapitre 9". Detroit ne serait pas un cas isolé, d’autres villes ont été déclarées en faillite dont Jefferson County dans l’Alabama et Stockton en Californie. Il s’agirait toutefois de la plus grande faillite urbaine des Etats-Unis. La ville de New York avait frôlé la faillite en 1975, de même que Philadelphie en 1991. Mais elles avaient évité ce triste sort de justesse. 

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