L'arthrose ne se guérit pas mais devrait être mieux traitée

©© BURGER/PHANIE

La petite société liégeoise KiOmed Pharma, spin-off de l’ULg et de Kitozyme, va mettre sur le marché d’ici quelques années un gel à base de chitosan végétal visant à mieux soigner l’arthrose du genou. Ce gel affiche des avantages par rapport à l’acide hyaluronique utilisé depuis longtemps.

Cauchemar des personnes âgées, l’arthrose est une des maladies les plus typiques du troisième âge, même si elle touche parfois les adeptes de certains sports intenses ou les personnes en surpoids. Cette affection chronique se manifeste par des douleurs persistantes causées par une usure anormale du cartilage et de l’ensemble de l’articulation. Elle peut devenir très invalidante et déboucher sur des opérations chirurgicales en cas de gêne trop importante. Toutes les parties du corps peuvent être concernées par cette maladie dont les causes sont multiples. Mais surtout, il n’existe pas de traitement curatif, ni même de remèdes qui permettent de retarder la destruction du cartilage. Les nombreuses personnes atteintes doivent se contenter de solutions – médicamenteuses ou non – visant à soulager la douleur et la raideur des articulations touchées. On estime que 10% des personnes qui atteignent l’âge de 60 ans sont atteintes d’arthrose.

Soulager les patients qui souffrent d’arthrose grâce à un hydrogel injectable présentant de meilleures qualités thérapeutiques que les solutions actuelles: c’est ce que va proposer dans un futur proche la société liégeoise KiOmed Pharma, spin-off de l’Université de Liège et de Kitozyme.

Kitozyme est cette entreprise qui s’est fait un nom dans le vivier des biotechs wallonnes en proposant des produits basés sur le chitosan végétal, une molécule biodégradable synthétisée à partir de champignons. Déjà utilisé dans le domaine de la santé – contrôle du poids, santé digestive, cardiovasculaire – mais également dans le secteur vinicole, ce polymère végétal a également révélé d’autres propriétés étonnantes lorsqu’il était élaboré à l’état ultra-pur. Notamment la capacité de remplacer un produit utilisé depuis très longtemps dans la lutte contre l’arthrose, l’acide hyaluronique.

"Quand je suis arrivé à la tête de Kitozyme en 2010, l’activité de cette dernière était trop large, il fallait abandonner ou externaliser certains segments, explique François Blondel, cofondateur et président de KiOmed Pharma. Nous voulions faire un projet entreprenarial autonome avec le chitosan ultra pur. Avec le professeur Yves Henrotin, nous avons fondé KiOmed (à l’origine sous un autre nom, NDLR), avec comme objectif premier de s’adresser aux applications de l’acide hyaluronique".

Comment fonctionne ce gel?

Délivré sous forme d’injections, l’acide hyaluronique est une espèce de gel qui permet de lubrifier les articulations touchées par l’arthrose, principalement le genou et dans une moindre mesure, la hanche. Mais l’efficacité de ce traitement issu de l’extraction de crêtes de coqs reste modique et surtout, limitée dans le temps.

"Ce traitement intervient lorsque les antidouleurs et les anti-inflammatoires ne suffisent plus. C’est ce qu’on appelle la visco-supplémentation, détaille Houtaï Choumane, CEO de KiOmed. L’acide hyaluronique est une molécule endogène, elle peut donc vite être dégradée. L’efficacité clinique est de maximum trois mois. Le chitosan est quant à lui une molécule exogène. Nos essais ont démontré que le chitosan pouvait rester beaucoup plus longtemps dans l’articulation. Il y a une rémanence plus longue."

Deuxième avantage du gel que met au point la biotech liégeoise: le chitosan permet d’apporter une capacité de lubrification plus importante du cartilage. "Sur la base de ces deux avantages, on peut espérer proposer aux médecins une solution avec un schéma d’injection moins contraignant. On vise le segment mono-injection", poursuit Houtaï Choumane, selon qui le nouveau gel n’a pas d’effets secondaires.

La jeune biotech va démarrer en 2018 tout le programme réglementaire de biocompatibilité et envisage de faire une étude clinique en 2018/2019. La mise sur le marché devrait intervenir en 2020, avec comme première indication l’arthrose du genou, la plus répandue. "Nous restons discrets, car on veut valider la science avant de crier victoire. Mais le remplacement de l’acide hyaluronique, qui est aussi utilisé en chirurgie esthétique et en ophtalmologie, c’est un potentiel absolument majeur à l’échelle mondiale", conclut François Blondel, selon qui le marché global de l’arthrose se monterait à 2,5 milliards de dollars.

La thérapie cellulaire pour lutter contre l’ostéonécrose

Autre maladie pouvant altérer la mobilité: l’ostéonécrose de la hanche, c’est-à-dire la mort de l’os au niveau de l’articulation. Si la pathologie peut toucher des patients de tous âges – à cause de traumatismes ou d’une surconsommation d’alcool –, elle affecte particulièrement les personnes âgées de 30 à 60 ans. L’ostéonécrose est une des indications visées par Bone Therapeutics, la biotech spécialisée dans le traitement des maladies ostéoarticulaires par thérapie cellulaire. La société a démarré une phase III pour son produit autologue PREOB, dont les résultats intérimaires sont attendus fin 2018.

 

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