La pension minimum à 1.500 euros, ça coûte 2,2 milliards

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Pour sortir tous les pensionnés de la pauvreté, il faudrait mettre sur la table 7,2 milliards d’euros, dont 2,2 milliards pour relever la pension minimum à 1.500 euros. Qui est prêt à s’engager et à le réaliser, demande la FGTB?

Si on garantissait une pension minimum à 1.500 euros pour tout le monde, cela coûterait 2,2 milliards (1,6 milliard pour les salariés et 610 millions pour les indépendants). "Et pas 50 milliards, comme le prétend Jan Spooren, ce député N-VA qui estime que nos propositions en matière de pension sont impayables", s’énerve Robert Vertenueil, le secrétaire général de la FGTB.

Le syndicat socialiste en a marre de voir ses propositions décrédibilisées. "Certains lancent des montants en l’air, sans savoir de quoi ils parlent. Moi, je fais des propositions, et je les chiffre. Nous avons réalisé ces calculs avec l’Office national des pensions. On n’a rien inventé", dit Vertenueil, qui nous met ses tableaux sur la table.

La pension moyenne est de 1.181 euros pour un homme, et 882 euros pour une femme.
Robert Vertenueil
secrétaire général de la FGTB

Le relèvement du niveau de la pension minimum (actuellement de 1.212 euros) est l’un des grands combats mené par le syndicat. "La réalité, c’est que tout le monde ne touche pas ce seuil de pension minimum, dit Vertenueil. 16,2% des pensionnés courent un risque de pauvreté, contre 9% en France et 6% aux Pays-Bas. La pension moyenne est de 1.181 euros pour un homme, et 882 euros pour une femme, nettement sous le seuil de pauvreté (1.115 euros/mois)."

Pourquoi avoir choisi ce seuil de 1.500 euros? "La pension minimum doit permettre de se loger, de se nourrir, de se soigner", dit Vertenueil. Or, épingle-t-il, le prix moyen d’une maison de repos est de 1.562 euros par mois, selon une enquête de Solidaris. La réforme des soins de santé rend plus cher le fait de se soigner, les suppléments d’honoraires des médecins spécialistes augmentent, de nombreux médecins se déconventionnent, le prix de certains médicaments augmente,…

Taux de remplacement

La FGTB propose aussi de relever à 75% le taux de remplacement pour éviter que la pauvreté ne s’aggrave. Actuellement, le taux de remplacement (entre le salaire et la pension) est de 66% (selon l’OCDE). Moins que la moyenne des 28 pays de l’UE (70,6%). Combien coûterait cette proposition? "On ne pourrait pas le faire en un coup, il faudrait des étapes intermédiaires. Si, dès aujourd’hui, on harmonise la pension isolée avec celle du chef de famille, cela coûtera 3,3 milliards", explique Vertenueil. Si on y ajoute l’impact de cette hausse sur les pensions de survie, on porte le surcoût annuel à 4,9 milliards.

La FGTB présente encore une troisième piste de travail, beaucoup moins onéreuse: harmoniser le plafond de revenus pris en compte pour la pension entre salariés et indépendants, ce qui revient à augmenter le niveau du plafond de revenus des salariés à 57.415 euros (contre 54.648 actuellement). En vitesse de croisière, dans cinq ans, ce poste ne coûterait que 1,25 million d’euros.

Enfin, la FGTB réclame une liaison automatique au bien-être des allocations sociales, dont le financement est déjà prévu dans le calcul du coût du vieillissement.

Un coût de 7,2 milliards

"Donc, pour ces trois pistes à exploiter, le coût total est de 7,2 milliards", conclut Robert Vertenueil. Mais comment va-t-on le financer? "C’est une question de choix politique. On peut mettre à contribution ceux qui ont le plus d’argent, mais le gouvernement a fait le choix de faire des cadeaux aux entreprises, 6 milliards de réductions de cotisations patronales." Des "cadeaux", mais qui servent à créer de l’emploi, non? "Sans garantie. Moi je ne crois pas que cela serve l’économie. Je crois que cela sert surtout à servir des dividendes aux actionnaires…"

Robert Vertenueil est convaincu qu’en attribuant une partie de ces montants aux pensions, cet argent serait injecté par les pensionnés dans l’économie réelle. "On répondrait aux besoins de la population, et on ferait tourner l’économie sauf à considérer qu’on ne s’occupe pas des plus vieux… Je rappelle que c’est la consommation intérieure d’un état qui est le principal moteur de l’économie."

Mais cette piste ne suffira pas. Donc Robert Vertenueil en lance une autre, un refrain bien connu de la FGTB: faire contribuer le patrimoine et les grosses fortunes. "On a bien créé un impôt de crise pour tous, est-il inconcevable de dire que ceux qui ont des biens contribuent un peu plus qu’aujourd’hui?"

Et Vertenueil de pointer les écarts en matière de fiscalité entre la Belgique et les pays de l’OCDE: 0% de taxation de la plus-value sur la propriété ou sur les actions, alors que ces biens sont taxés à hauteur de respectivement 15% et 37% dans les pays OCDE.

"Mais si on luttait déjà efficacement contre la fraude fiscale en y mettant réellement les moyens, ne fût-ce qu’en remplissant le cadre de l’administration fiscale, cela pourrait rapporter entre 24 et 36 milliards d’euros!", conclut Vertenueil, qui lance la question aux partis politiques: "qui est prêt à s’engager, et inscrire nos propositions dans son programme électoral?" Que ceux qui sont d’accord lèvent le doigt…

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