"Vivre en moyenne 100 à 120 ans est envisageable"

©Debby Termonia

La fontaine de Jouvence, tout le monde en rêve. C’est un fait: nos sociétés vivent de plus en plus vieilles et de mieux en mieux. Pourtant, vieillir reste encore synonyme de maladies. Dans une série d’articles, L’Echo montre comment le monde entrepreneurial s’est emparé de la problématique, et se bat pour nos vieux jours.

L’objectif de la start-up Rejuvenate Biomed, basée à Heusden-Zolder, dans le Limbourg, est de mettre au point des médicaments rajeunissants ou médicaments-santé. "Nous pourrions vivre vingt années de plus en bonne santé. J’en suis fermement convaincue", s’enthousiasme Ann Beliën. Forte de 18 années d’expérience dans le secteur pharmaceutique et fondatrice de Rejuvenate Biomed, Ann Beliën se consacre depuis quelques années à la biologie sous-jacente au processus de vieillissement.

Comment, en substance, freiner le vieillissement cellulaire de manière à nous maintenir en meilleure santé pendant plus longtemps? Cette question, ils sont nombreux à se la poser. De nombreuses entreprises, dont Calico – la division pharma du géant Alphabet (Google) – et Human Longevity sont à la recherche de la fontaine de Jouvence. Rejuvenate se concentre quant à elle sur la mise au point d’une solution quelque peu différente. Le groupe épluche la littérature scientifique et les banques de données médicales en quête d’anciens médicaments – utilisés pour le traitement de toutes sortes de maladies – ayant d’une manière ou d’une autre un impact sur les mécanismes généraux de vieillissement. Ces médicaments sont alors étudiés plus en détail afin de déterminer leur incidence précise sur le processus de vieillissement, étayés par des expériences, d’abord sur le ver, ensuite sur l’homme.

"Notre objectif n’est pas le rajeunissement mais un vieillissement en meilleure santé", insiste Ann Beliën. La maîtrise du processus à proprement parler et la connaissance des mécanismes cellulaires qui nous amènent à développer l’une ou l’autre maladie à partir d’un certain âge, est une première étape essentielle vers la réalisation de cet ambitieux objectif.

Ann Beliën pense pouvoir présenter dans trois ans les premiers résultats de son médicament-santé sur l’homme. "Pour l’heure, nous avons identifié plusieurs pistes intéressantes, mais nous les tenons secrètes. La recherche est en tout cas passionnante et prometteuse, et nous plaçons la barre très haut en matière de sécurité, car si les malades tolèrent les effets secondaires, les personnes en bonne santé – notre groupe cible – ne les acceptent pas du tout!"

Ann Beliën a travaillé près de 20 ans chez Janssen Pharmaceutica, filiale du géant pharmaceutique américain Johnson&Johnson. Ses recherches ont notamment permis de jeter les bases d’un médicament contre le cancer actuellement en phase de test.

"C’est un rêve qui devient réalité. J’ai fondé mon entreprise, qui poursuit une piste de recherche que j’avais commencé à explorer chez J&J. C’est fascinant pour une scientifique comme moi de pouvoir se lancer un tel défi, dans un domaine où chaque réponse appelle trois nouvelles questions."

Rejuvenate déploie ses activités sur le campus de Johnson & Johnson à Beerse (Au nord-est d’Anvers) consacré à l’innovation, et s’est vu attribuer un capital de départ de 550.0000 euros: de la part d’Ann Beliën elle-même, et le reste de trois business angels anonymes. Ann Beliën est aujourd’hui chef d’entreprise, mais elle demeure une scientifique dans l’âme.

Le doyen du monde a atteint l’âge très honorable de 122 ans. Pourrions-nous aller au-delà?
En moyenne, le cap des 100 ou 120 ans est envisageable. Mais pas encore, et de toute façon, on ne pourrait prolonger la vie indéfiniment. L’organisme a ses limites. Notre objectif n’est pas que tout le monde puisse vivre aussi vieux. Nous souhaitons avant tout prolonger le "health span" — la tranche de vie en bonne santé. Et nous pourrions en l’occurrence la porter à 20 ans. Des recherches sont également en cours sur le rôle du ménage protéique dans le vieillissement, sur la manière dont celui-ci peut être maintenu à l’équilibre dans le cerveau de façon à reporter l’apparition des symptômes de la maladie d’Alzheimer. La plupart des maux associés à la vieillesse surviennent à partir de 65 ans. Si nous pouvions repousser ce cap à 85 ans, ne serait-pas ce merveilleux? Bien sûr, chacun conserve une part de responsabilité dans son confort de vie: bouger et manger sainement demeurent essentiels.

Quand commenceront les premiers tests avec vos médicaments?
L’an prochain, nous planifierons l’étude, qui sera réalisée en 2019. Dans deux ans et demi, les résultats des tests sur l’homme seront prêts. De plus grandes entreprises reprendront alors le flambeau, et en 2023, un premier produit pourrait être commercialisé. Deux ans et demi, pour le secteur pharmaceutique, c’est peu. Nos études de sécurité ont en effet déjà été réalisées.

Existe-t-il déjà des cures de jouvence sur le marché?
Dans les années cinquante, des chercheurs ont transfusé le sang d’une souris jeune à une souris plus âgée et démontré que le plasma "jeune" permettait le rajeunissement cellulaire de la souris transfusée. Ce principe a également été appliqué à l’homme (Peter Thiel, fondateur de PayPal, en serait féru), mais évidemment dans certaines limites. L’efficacité de cette application reste d’ailleurs encore à prouver cliniquement. Par ailleurs, il a été démontré que certains médicaments comme le dasatinib (cancer) et le rapamycine (immunosuppresseur) prolongeaient la vie des souris. Il serait cependant risqué d’extrapoler ce constat à l’homme. Ces molécules entraînent du reste des effets secondaires lourds, et leur production est complexe et coûteuse. Metformine (diabète) fait pour sa part l’objet d’une étude clinique sur le ralentissement de l’apparition d’une deuxième maladie de vieillesse après une première pathologie constatée chez les personnes âgées de plus de 70 ans. Le principe est légèrement différent car en l’occurrence, les cellules sont déjà vieillissantes. Scientifiquement, c’est une piste intéressante. Quoi qu’il en soit, l’objectif de toutes ces expériences est de prolonger la vie, et non la phase de vie en bonne santé.

Que se passera-t-il si ces élixirs de jouvence sont un jour largement disponibles? Nous vivrons en bonne santé jusqu’à l’âge de 100 ans et mourrons ensuite subitement? Une perspective plutôt enthousiasmante…
Je trouve aussi. Hélas, il n’y a pas que les maladies de vieillesse qui peuvent nous être fatales, il y a les maladies génétiques, les accidents… En ce qui nous concerne, nous nous concentrons sur les maladies de vieillisse chroniques, qui empirent avec l’âge. Il faut en l’occurrence espérer arriver au stade où les organes finissent par "lâcher" simplement, et que la vie s’arrête. D’une manière ou d’une autre, la perte progressive de la qualité de vie en cas de maladie chronique, jusqu’au point de ne plus vivre de manière digne, n’est selon moi pas une option. On doit pouvoir trouver une autre approche: reporter autant que possible l’apparition de ces maladies de manière à pouvoir "mourir en bonne santé". Rejuvenate Biomed n’a pas la prétention de prévenir toutes les maladies, mais de différer la survenance d’une maladie de vieillesse de manière à rester plus longtemps en bone santé et à profiter davantage de la vie.

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