Arlon, tout entière tournée vers le Grand-Duché du Luxembourg

Ancien Palais de Justice d'Arlon. ©Anthony Dehez

Pour beaucoup, Arlon est une étape sur la route de Luxembourg. Mais les entreprises qui y sont installées tirent profit de cette proximité avec le Grand-Duché, même si elle complique les embauches.

Ce n’est plus dans le centre-ville d’Arlon, mais dans ses zonings et ses centres commerciaux en périphérie que bat le cœur économique de la ville. Une ville dont la proximité avec le Grand-Duché se rappelle à chaque instant. "30 à 40% de la population d’Arlon vont travailler chaque jour au Grand-Duché", estime Vincent Wilkin, directeur en charge de la prospection et de l’accompagnement économique à l’intercommunale Idelux.

"Le marché est plus ouvert au Grand-Duché du Luxembourg."
Olivier cornil et Pierre-Yves Franck
fondateurs d’Opal Systems

De quoi compliquer, pour les entreprises belges, l’embauche de personnel qualifié. "Au Grand-Duché, les gens ont plusieurs centaines d’euros par mois de plus en poche, d’où la difficulté de recruter des profils techniques, déjà compliqués à trouver sans cela", note Pierre Adam, administrateur délégué de la carrosserie AZ Partners, basée à Bastogne mais aussi dans le zoning arlonais de Weyler.

la grande région

Centre ville d'Arlon ©Anthony Dehez

Avec 700 équivalents temps plein, Ferrero, installé depuis 1958, est de loin le plus gros pourvoyeur d’emplois de la ville. Ensuite, abstraction faite de l’hôpital ou de l’intercommunale, on ne trouve guère que de très petites sociétés. Ce n’est donc pas pour le tissu d’entreprises existant que les PME s’installent à Arlon. Ni pour la disponibilité des terrains – ils y sont chers, et les parcs d’activité gérés par Idelux quasiment complets.

"Une extension de 50 hectares est en cours à Weyler, mais elle nécessite une modification du plan de secteur, ce qui prendra 5 à 7 ans", reconnaît Vincent Wilkin. Les aides à l’emploi et à l’investissement accordées par la Région wallonne y sont, en outre, moins importantes que dans d’autres villes de la province. Et c’est une ville où la fibre optique commence à peine à arriver…

"Être installés ici nous donne une vision plus européenne. Je suis autant à Metz qu’à Luxembourg ou à Liège."
julien Delva
administrateur délégué d’Odometric

"Arlon ne bouge pas autant que d’autres villes, mais a la chance d’être au cœur d’une grande région qui se développe de manière phénoménale", souligne Benoît Coppée, le patron d’Investsud, société de capital à risque active sur trois provinces, Namur, Luxembourg et Liège.

handicap salarial

Attirer la clientèle luxembourgeoise, c’est ce qui a poussé Pierre Adam à s’installer à Arlon en 2006. "L’atout premier d’Arlon, c’est sa densité de population, 6 à 7 fois plus importante qu’à Bastogne. Et à Arlon, nous avons 60 à 70% de clients luxembourgeois." Avec, toutefois, la difficulté que les coûts salariaux y sont supérieurs à ceux de ses concurrents luxembourgeois. "La différence, pour une entreprise qui emploie 15 personnes, est de 200.000 euros par an!"

Le métier historique d’Idelux, incontournable en province de Luxembourg, c’est d’abord le développement de zonings pour accueillir les entreprises, qu’elle assortit de financements de bâtiments. Mais à Arlon, ils sont complets, et l’extension prévue à Weyler va prendre encore plusieurs années. L’intercommunale joue aussi un rôle d’accompagnement des entreprises dans les procédures de permis de bâtir, permis d’environnement ou les demandes d’aides à l’investissement.

Elle a aussi mis sur pied un centre d’innovation qui a accompagné, en 2014, 46 entreprises sur l’ensemble de la province, pour les aider à affiner leur projet. Son invest, Luxembourg Développement, a accepté, en 11 ans, 147 dossiers pour un montant total de plus de 20 millions d’euros. Mais en réalité, aucune des PME aidées n’est située sur le territoire de la commune d’Arlon. "Idelux nous a aidés pour pas mal de choses, mais leurs réponses n’étaient pas toujours adaptées", constate un entrepreneur. "L’accent est plutôt mis sur d’autres villes de la province", estime un autre. Idelux a tout de même aidé Decathlon à s’installer à Sterpenich. Et le développement d’un centre d’entreprises, avec bureaux et services, a été lancé sur le campus de l’ULg.

Il y a aussi la Chambre de commerce et d’industrie du Luxembourg belge, installée à Arlon, et particulièrement active – ses événements sont non seulement le lieu où il faut être vu, mais elle assiste aussi les entreprises dans leurs démarches administratives.

Investsud, dirigé par Benoît Coppée, mérite une mention spéciale: ce fonds de capital à risque est actif sur trois provinces, dont celle de Luxembourg. Et à Arlon, il a notamment investi dans deux spin-offs de l’ULg.

Opal Systems, qui a développé un système de chauffage par le sol intégré dans des panneaux, a opté pour une organisation en deux pôles. "Nous avons installé le siège social ici, avec toute la partie études et recherches, et les espaces de stockage à Nivelles", expliquent Pierre-Yves Franck et Olivier Cornil, les fondateurs. Un choix qui s’explique d’abord parce que Pierre-Yves Franck est arlonais, et qu’Olivier Cornil vient de Nivelles.

Opal Systems compte aussi de nombreux clients à Bruxelles et en Brabant wallon, mais également de belles réalisations au Luxembourg. "Le marché luxembourgeois est plus ouvert", se réjouit Pierre-Yves Franck. Revers de la médaille: vu les difficultés à trouver du personnel qualifié, la spin-off de l’ULg fait venir ses ouvriers de La Louvière, les loge à l’hôtel lorsqu’elle a un chantier au Grand-Duché.

Un Carrefour autoroutier

Quand en 2009, José Allard a dû déménager Allard Sport, la société familiale spécialisée dans les équipements de sports collectifs, il s’est naturellement tourné vers Arlon. "J’ai dû déménager rapidement, et Idelux m’a signalé qu’il y avait des locaux à vendre ici, sur le zoning de Weyler. C’est mieux situé qu’à Virton, où nous étions en centre-ville, avec un accès difficile pour les camions. La situation, au carrefour de la France, du Luxembourg et de la Belgique, est un atout, même si, pour nous qui sommes actifs sur toute la Wallonie et Bruxelles, c’est un peu décentré."

Julien Delva, fondateur d’Odometric, autre spin-off de l’ULg qui aide les industriels à résoudre les problèmes de nuisances olfactives, n’est lui pas originaire de la région. Mais engagé sur le campus arlonais, il est resté à Arlon quand il a quitté les locaux de l’unif pour installer son labo. "Un moment, nous avons envisagé de nous installer à Namur, le Hainaut et Liège étant les deux plus gros bassins où nous travaillons. Mais beaucoup de nos employés viennent de la région, et nous développons d’autres marchés, comme le Grand-Duché, la France ou la Suisse. Être installés ici a donc tout son sens, et nous donne une vision plus européenne. Je suis autant à Metz qu’à Luxembourg ou à Liège. Il y a des autoroutes dans tous les sens, ici."

"Nos coûts, pour 15 salariés, sont de 200.000 euros supérieurs à ceux de nos concurrents luxembourgeois."
Pierre Adam
administrateur délégué d’AZ Partners

En tant que première spin-off de la province, il a aussi pu bénéficier du soutien d’Investsud, qui venait de créer la Financière Spin-off Luxembourgeoise. "Forcément, on allait travailler ensemble!" sourit Julien Delva.

Le patron d’Odometric a aussi reçu l’appui de Jean-Marie Delwart, dont une des passions sont les odeurs. Et il a régulièrement recours à WSL, l’incubateur des sciences de l’ingénieur, installé à Liège. "Lorsqu’on est installé à Arlon, on ne se contente pas de ce qu’il y a sur place, on va chercher les outils là où ils se trouvent, explique-t-il. Ici, une heure de route, ça ne compte pas: les choses sont plus éclatées."

Pierre adam, administrateur délégué d'AZ Partners ©doc

Pierre Adam, d’AZ Partners, a lui trouvé à Arlon, via la chambre de commerce, un soutien très efficace. "Elle m’a beaucoup aidé pour tout ce qui concerne les permis d’urbanisme, où les procédures sont longues et où il est parfois difficile de trouver les personnes à qui s’adresser."

 

Pas de centre pour les start-ups

Le patron d’Odometric juge qu’un point faible d’Arlon est l’absence d’un grand pôle universitaire, malgré le campus arlonais de l’ULg. "À Namur ou Louvain-la-Neuve, nous aurions des étudiants en stage, ce qui créerait un dynamisme qui manque ici. Mais à Tournai, ce serait le même problème." Il a aussi regretté, lors de son installation, l’absence de centre d’accueil pour les start-ups.

Un projet existe désormais, qui va être soutenu par des financements européens, mais il n’est pas encore sorti de terre. Et Opal System, qui va quitter le campus de l’ULg, a choisi de ne pas y aller. "Nous allons transférer la société à mon domicile, explique Pierre-Yves Franck. Je n’avais pas envie de m’installer dans un bâtiment subsidié."

Arlon vit par et pour le secteur tertiaire, son palais de justice, son hôpital, etc. Un petit souffle d’audace se lève cependant au travers d’événements qui devraient, peu à peu, lui donner un visage plus vivant. Le tourisme n’est pas son point fort et le jeune entrepreneuriat n’est pas ce qui saute aux yeux.


©MEDIAFIN

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