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analyse

Aux jeunes Liégeois de s'approprier l'entreprenariat

Mariano Sanfilippo, administrateur délégué de Studentandgo ©doc

À Liège, l’identité locale est forte et ça se ressent jusque dans les affaires. Les Liégeois qui ont réussi partagent volontiers leur expérience. Aux jeunes de prendre le risque de se lancer.

Quelques dizaines de décennies après son déclin industriel, ça bouge à Liège, même s’il est vrai que la ville se cherche encore un vrai tissu de PME à la flamande. Pourtant, entreprendre dans la principauté est, parole de Liégeois, plus facile qu’avant dans une ville qui se veut remplie d’opportunités et à l’identité forte. "Je pense qu’on a la chance d’avoir à Liège un bassin d’ingénieurs. C’est resté une tradition, malgré le fait que l’industrie a décliné. Notre université a créé le plus grand nombre de spin-offs en Belgique, davantage que la KUL", assure ainsi Gaëtan Servais, à la tête de l’invest public Meusinvest.

Esprit d’entreprendre

Autour d’un repas dans un restaurant du centre, trois jeunes entrepreneurs de la ville nous le disent cependant sans détour: l’esprit d’entreprendre doit encore gagner du terrain dans la Cité ardente. "J’ai fait HEC et si on fait le tour, moins de 5% des étudiants de ma promotion sont devenus entrepreneurs", témoigne ainsi Pierre Thomas, à la tête de Jisol/R-Group, une société spécialisée dans l’isolation des bâtiments. L’envie de la plupart de ses camarades de classe, c’était de travailler dans une grosse boîte, dans la consultance par exemple. Moins de créer son entreprise et de prendre les risques qui vont avec.

"L’entrepreneur liégeois qui a réussi va facilement baisser les barrières et faire part de son expérience. C’est la force de Liège."
Boris Salvador
Patron de Diversis

"On n’a pas un impact direct sur la mentalité des jeunes, mais on essaye de créer un environnement propice à l’entrepreneuriat", répond Servais, pour qui ce manque de goût est un mal plus wallon que liégeois. "Avant, tu venais te financer chez nous seulement si tu avais un bon projet. Jamais, il ne serait venu à l’esprit de mes prédécesseurs de mettre de l’argent dans l’accompagnement pour être sûr d’avoir de bons projets, ça, c’est nouveau", se félicite le patron de Meusinvest.

Les incubateurs du Sart Tilman

Liège a en effet multiplié les clusters et autres parcs d’activité. Une bonne partie de ceux-ci gravite principalement autour de l’ULg. Le "Liège Science Park" au Sart Tilman concentre les spin-offs de l’université.

Au cœur des installations de l’ULg, le centre de recherches du cyclotron est par exemple devenu l’un des points chauds de la ville en termes de création d’entreprises. "C’est grâce au centre de recherche que tournent beaucoup de sociétés. General Electric a son centre de recherche ici. IBA et bien d’autres entreprises gravitent autour du cyclotron", témoigne ainsi François Moonen, cofondateur de la startup Elysia, spécialisée dans les produits radiopharmaceutiques. L’homme est un habitué de l’univers des start-ups. Il a notamment géré pendant 7 ans une spin-off de l’Université de Liège, Arlenda.

Connaître les aides

Awex, Liège. ©BELPRESS

"Si vous connaissez tous les outils à disposition c’est génial. Hier, je reçois un designer pour nos nouveaux produits et il me dit, il y a un subside de l’Awex qui finance 75%", témoigne François Moonen. Il y a une mesure qui lui a par exemple bien servi, c’est la mesure CxO. Celle-ci permet une rémunération de remplacement pour les managers des jeunes start-ups. "Ça a été très important pour moi, car je ne pouvais pas me permettre de ne pas travailler pendant 3 mois", dit Moonen.

Les sciences et les autres

"Dans le milieu des sciences, tu as des accompagnements de pures start-ups, mais pour nous qui sommes dans la gestion de projets, on n’a pas spécialement cette dynamique", nuance Boris Salvador, administrateur de la société Diversis, active dans le développement de projets immobiliers. "Une fois que tu te lances, tu dois te débrouiller toi-même de A à Z. Et c’est à toi de trouver les contacts chez Meusinvest, la Sowalfin, Job’in, etc. Quand j’ai créé la société, le tout premier courrier officiel que j’ai reçu, c’est celui des taxes aux enseignes", sourit-il.

"Quand on connaît quelqu’un à Liège, on connaît tout le monde."
Mariano sanfilippo
administrateur délégué de studentandgo

"J’ai travaillé au Luxembourg et à Bruxelles. La grande différence à Liège, c’est l’accessibilité des gens. Ici, les barrières sont beaucoup moins fortes entre le jeune qui veut se lancer et l’entrepreneur qui a réussi", ajoute-t-il. "A contrario, l’échec est très critiqué aussi, car c’est un microcosme", nuance Pierre Thomas.

Avec 266 millions d’euros investis sur les cinq dernières années, Meusinvest, c’est du lourd dans la région de Liège.

L’invest local est présent dans 332 entreprises via ses filiales et revendique d’avoir consolidé des milliers d’emplois grâce à son activité.

"Ils font bien leur boulot d’invest public. Ils sont dans les CA, mais ne cherchent pas à prendre le contrôle. Les termes de sorties sont prédéfinis. On est en train de discuter avec des venture capitalists et ce n’est pas du tout la même chose. Ils cherchent la plus-value, veulent prendre le plus de contrôle possible et le moins cher possible", témoigne Jean-Charles Dwelshauvers, fondateur de la société Koalaboox.

"Meusinvest est assez incontournable à Liège. Quand ils voient un bon projet, ils sont prêts à investir", témoigne le cofondateur de la start-up Elysia, François Moonen. Meusinvest dans le capital, ça veut par exemple dire un accès aux réseaux"On est au cœur d’un écosystème, où l’on sait que quand un projet est bien, on ne le lâchera pas même si on ne sait pas le financer directement", dit Gaëtan Servais, DG de Meusinvest.

Un membre de Meusinvest dans le CA, cela veut aussi dire que le projet est challengé. Une étape indispensable alors qu’un entrepreneur ne se rend pas toujours compte des limites de son projet. De temps en temps, Meusinvest a d’ailleurs le mauvais rôle et la responsabilité de devoir retirer la prise quand un projet est voué à l’échec.

Quid de la formation

En ce qui concerne l’accessibilité de la main-d’œuvre, cela dépend clairement du secteur. Si Boris Salvador se dit agréablement surpris par le Forem, ce n’est pas le cas de Jean-Charles Dwelshauvers, qui dirige Koalaboox, une start-up qui propose un service de facturation et de financement en ligne.

Lui, les informaticiens, il galère pour en trouver. Aussi, il regrette un manque de sens du travail de jeunes diplômés liégeois qui "n’ont aucune pratique". Lors de ses études, il a passé la frontière pour étudier à Maastricht "où l’on te prépare davantage au rythme de la vie active". Un système bien plus enclin à créer des success storys, selon lui.

"Moins de 5% des étudiants de ma promotion de HEC sont devenus entrepreneurs."
Pierre Thomas
Fondateur de Jisol/R-Group

Koalaboox est tournée vers son prochain round d’investissements et son patron décrit une mentalité conservatrice dans la sphère belge des investisseurs. "Il est difficile de trouver un investisseur qui comprenne notre vision et qui serait prêt à investir avant que la société ne présente des résultats financiers. Mais pour présenter ces résultats, il nous faut de l’argent. C’est le serpent qui se mord la queue", regrette-t-il. Liège, comme les autres villes wallonnes, ce n’est en effet pas encore San Francisco.

À Liège, comme ailleurs, la force des réseaux est un atout de choix. Et ça, Mariano Sanfilippo, administrateur délégué de Studentandgo, l’a vite et bien compris. Il a commencé à réseauter lorsqu’il était encore étudiant à HEC. Aujourd’hui, il continue et il affirme pouvoir compter sur plus de 2.000 contacts. Mais il reconnaît avoir quelques difficultés à réseauter à Bruxelles comme il le fait à Liège. Là-bas, en Principauté, on le sent, il est chez lui. "Liège, c’est une famille. Quand on connaît quelqu’un à Liège, on connaît tout le monde. À Liège, il est facile d’entrer dans les entreprises et d’avoir un contact avec qui on veut", explique-t-il, en précisant avoir bénéficié de l’aide du réseau Entreprendre Wallonie. La force des réseaux, comme une constante.

À Liège, une grande activité se fait ressentir dans le sillage de l’ULg. Des start-ups s’installent dans les environs immédiats du Sart Tilman afin de bénéficier de cet environnement universitaire. Le rôle de Meusinvest est loué de façon unanime. Certains, dans le lot, pointent un manque de capital à risque et un manque de volonté d’entreprendre chez les jeunes sortis de l’enseignement supérieur.

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