analyse

La vie culturelle à Charleroi? "On ne peut que se redresser"

L'hôtel de ville et sa "place des jets d'eaux" ©BELGAIMAGE

La culture est son renouveau, les sports sa passion, le tourisme sa faiblesse. Mais la ville en veut, et développe tous azimuts.

A Charleroi, vie culturelle, tourisme, sports et loisirs sont passés à la loupe.

♦ Culture

Le "petit Berlin"

En traversant ses usines rouillées, ses bâtiments noircis par la pollution et ses murs grossièrement tagués, un magazine hollandais avait qualifié la route de Mons à Marchienne de "rue la plus laide du monde". Cette nationale n’est certainement pas la plus accueillante, mais c’est pourtant dans son prolongement que se réunissent tous les fêtards des environs les jeudis soirs. Avec sa façade orange bardée d’un vinyle noir, le Rockerill est devenu le lieu le plus branché de Charleroi. Ses propriétaires ont eu l’idée saugrenue de transformer cette usine désaffectée en salle de concerts et de soirées. Son succès dépasse aujourd’hui largement les frontières du Pays noir.

La culture sort des sentiers battus. La culture contribue au changement, au renouveau.
Romain Voisin
Coordinateur du Vecteur, un espace culturel alternatif

"Ici, on ne fait rien comme personne, sourit Romain Voisin, coordinateur du Vecteur, un espace culturel alternatif. La culture sort des sentiers battus. On traîne un héritage industriel, beaucoup de clichés liés à l’insécurité, au chômage… La culture contribue au changement, au renouveau." Sans doute est-ce pour cela que des journalistes flamands lui ont trouvé des airs de "petit Berlin".

"On est en pleine émulation, reconnaît Fabrice Laurent, directeur du centre culturel régional l’Eden. Comme si on avait soulevé le couvercle et que tout était en ébullition." À côté des "institutions" bien établies comme le Musée de la photographie, le Palais des Beaux-Arts, Charleroi/Danses ou l’Eden, de nouveaux venus se font progressivement une place, comme le Rockerill, le Vecteur, le théâtre de l’Ancre, les "safaris urbains" de Nicolas Buissart, la galerie Incise… La ville ayant décidé de mettre l’accent sur la culture, des lieux fraîchement rénovés sont sur le point d’être inaugurés, comme le BPS22 (musée d’art de la province du Hainaut) et le Quai 10 (pôle dédié à l’image).

On a touché le fond (ou pas loin), on ne peut que se redresser maintenant!
Fabrice Laurent
Directeur du centre culturel régional l’Eden

Bref, longtemps ostracisée, Charleroi est en train de gagner ses galons de ville culturelle qui vaut le détour. "On a touché le fond (ou pas loin), on ne peut que se redresser maintenant!", prédit Fabrice Laurent. Le manque de moyens comparé à Bruxelles ou à Liège est compensé par une énergie débordante. Qui commence à porter ses fruits: les artistes, longtemps exilés vers la capitale, reprennent pied dans leur ville, tandis que le public répond généralement présent. "Il n’y a qu’à voir au Rockerill!, lance Romain Voisin. On y retrouve des gens de 18 à 70 ans. On en prend plein la vue!"

Le Musée de la photo: incontournable. ©BELGAIMAGE

♦ Sports et loisirs

Plus sportive que festive

Si l’actuel bourgmestre Paul Magnette rêve de Charleroi-la-culturelle, son prédécesseur Jean-Claude Van Cauwenberghe et l’échevin Claude Despiegeleer n’avaient en tête que Charleroi-la-sportive. Des moyens publics considérables avaient à l’époque été injectés dans les certains clubs. Un procès s’était même tenu suite à des soupçons de détournements, mais ne remuons pas les mauvais souvenirs. Surtout qu’il s’était soldé par des acquittements.

300
Le nombre de petits clubs à Charleroi.

La ville compte beaucoup de clubs de haut niveau sur son territoire, dans différentes disciplines: le Royal sporting club, le Proximus Spirou Basket, la Villette (tennis de table), les Dauphines (volley)… Certains ont connu des jours financièrement difficiles, mais subsistent malgré tout. Les plus petits clubs sont également très présents: on en dénombre plus de 300! De la pétanque au populaire futsal en passant par les arts martiaux, le tir, la danse, les échecs, le hockey…

Quant aux infrastructures, si elles ne sont pas toujours de première jeunesse, elles ne manquent pas: une quarantaine de terrains de foot, quatre piscines, une vingtaine de centres sportifs, un vélodrome, une piste d’athlétisme, etc.

À Charleroi, passé 18 heures, il n’y a rien à faire, tout le monde reste chez soi.
Patrick Genin
habitant de la ville haute

Si la ville a beaucoup misé sur le sport, elle offre par contre moins de possibilités concernant les loisirs. On y retrouve que deux cinémas, les événements festifs restent restreints, il n’existe pas véritablement de quartiers destinés à la fête, le nombre de plaines de jeux est limité, les parcs d’attraction ne courent pas les rues.

"À Charleroi, passé 18 heures, il n’y a rien à faire, tout le monde reste chez soi", soupire Patrick Genin, habitant de la ville haute. Qui pointe toutefois quatre événements qui apportent chaque année une touche d’animation: le carnaval, la fête de la musique, la brocante des quais, ainsi que les quartiers d’été et d’hiver. "Il y a peut-être moins de lieux de sortie qu’à Liège, concède Matthieu De Geest, jeune habitant de Gilly. Mais je peux vous dire qu’il y a quand même plus de choses à faire qu’à Namur!"

Les Proximus Spirou ont gagné le tournoi en Wallonie. ©BELGAIMAGE

♦ Tourisme

En voie de développement

Il n’y a pas photo: comparé à Liège, le tourisme carolo reste en voie de développement. En 2013, le Commissariat général du tourisme y comptabilisait quelque 153.000 arrivées et 208.300 nuitées, soit respectivement 94.200 et 183.700 de moins qu’en Cité ardente. Mais comme dans d’autres secteurs, le Pays noir vit actuellement une période de renouveau.

208.300
Le nombre de nuitées comptabilisées en 2013.

Selon les chiffres de la Maison du tourisme du pays de Charleroi, les visites individuelles et en groupe ont progressé de 25% entre 2014 et 2015, et même de 61% par rapport à 2012. Charleroi est plus internationale que Liège, attirant moins de visiteurs belges (45% contre 56%), mais plus d’étrangers.

D’abord des Français (15,8%), puis des Hollandais, des Anglais, des Italiens, des Allemands, des Espagnols…

Miser sur les différences

Pour booster sa fréquentation, la ville entend miser sur ses différences, en organisant par exemple des visites des grands chantiers en cours, le "100km Carolo bus tour" pour découvrir les contrastes du paysage, des promenades dans les terrils…

Beaucoup de touristes utilisent aussi Airbnb.
Jérôme Verardo
Chargé de projets à la Maison du tourisme

Douze hôtels sont installés à Charleroi, en grande partie à proximité de l’aéroport de Gosselies, ainsi que 10 gîtes, 14 chambres d’hôtes et un camping. "Mais beaucoup de touristes utilisent aussi Airbnb", note Jérôme Verardo, chargé de projets à la Maison du tourisme. Plus de 670 locations y sont disponibles. Une étude réalisée en 2010 par Deloitte soulignait que l’offre hôtelière la plus qualitative se situait en périphérie et que la clientèle était surtout d’affaires. "Contrairement à ce qui est traditionnellement observé sur les destinations urbaines, les hôtels du centre-ville ne peuvent pas s’appuyer sur un environnement attractif", écrivaient pudiquement les auteurs. Et de recommander malgré tout l’implantation d’un hôtel 4 étoiles dans le centre.

Comparée à Liège, l’offre culturelle et touristique reste moins importante à Charleroi, même si elle est en train de vivre un renouveau prometteur et qu’elle peut sembler un brin plus dynamique. En matière de sport, la ville hennuyère a par contre une longueur d’avance.

Cela devrait bientôt être chose faite, puisque le projet Rive Gauche, en cours de réalisation, prévoit un établissement de standing de 110 chambres, qui devrait être opérationnel à l’automne 2016. Dans un autre style, une nouvelle auberge de jeunesse pourrait être construite. L’implantation n’est pas encore fixée, mais il paraît que la volonté politique y est.

©mediafin

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés