reportage

Liège, princesse sûre d'elle

©Debby Termonia

Liège a déjà fait beaucoup pour se renouveler, elle a mené avec brio des projets qui l’ont dynamisée. Mais flotte un petit sentiment de satisfaction et de confort qui pourrait laisser penser que les années de son déploiement sont derrière elle. Voilà ce qui ressort de notre analyse qui se base sur des statistiques et données objectives, en comparaison avec la moyenne wallonne.

Liège est une princesse. Elle ne porte plus la couronne de sa principauté depuis 1795, mais c’est pourtant sous la crinoline de ses robes vaporeuses que le voyageur émerge en gare des Guillemins. On est en Belgique, le train a donc du retard, et Bruno Venanzi nous attend à quelques pas de sa voiture (électrique). Le patron de Lampiris est un enfant du pays. Il a usé ses semelles dans le quartier de Fragnée, puis ses stylos à l’ULg, avant d’installer ses pénates dans le quartier de Cointe.

"Liège était pertinente car c’est une ville universitaire – c’est important pour le recrutement."
Bruno Venanzi
Patron de Lampiris

C’est dans sa maison que Lampiris démarre. Puis, avec son associé, le Courtraisien Bruno Vanderschueren, se pose la question de savoir où nicher leur luciole (lampyridé, du latin lampyris). "Liège était pertinente car c’est une ville universitaire – c’est important pour le recrutement. Elle est à proximité de la Flandre. Tongres est à 20 km, c’est facile pour recruter des néerlandophones. Et les loyers y sont autrement moins chers qu’à Bruxelles", synthétise Bruno Venanzi. La voiture traverse silencieusement le quartier Saint-Martin. Passant devant le Crowne Plaza, le patron aux faux airs angéliques nous glisse: "Je ne suis pas sûr que Charleroi ait un hôtel cinq étoiles…"

©Debby Termonia

On commence ce tour d’honneur par l’hôtel de ville. "C’est important car le renouveau d’une ville passe par le politique." Le bâtiment classé abrite un trésor que le service du protocole de la ville est ravi de montrer: la Légion d’honneur attribuée par la France en 1914. Pour le centenaire de l’événement, le président français François Hollande a fait le déplacement et la salle des Pas Perdus a été restaurée. Il y a des choses avec lesquelles on ne badine pas. "Nos estans firs di nosse patreye" nous dira un peu plus tard, en wallon liégeois, Bruno Venanzi.

"Ça a été un peu lent pour amorcer le virage du renouveau, mais là, ça fait quelques années que ça bouge."
Bruno Venanzi
Patron de Lampiris

Le renouveau, Liège a mis du temps à l’aborder. "Liège a été dépendante pendant deux siècles de l’industrie métallurgique. La partie lourde est en phase de déclin. Au départ, des soutiens ont été mis en place pour la maintenir. Mais ce n’était pas la bonne option. Il a fallu un temps pour s’en rendre compte, un autre pour porter une réflexion globale. Mais à partir de cette prise de conscience, les métiers satellites de la métallurgie ont été poussés et l’université est mieux exploitée depuis 16 ans via les spin-offs. Ça a été un peu lent pour amorcer le virage du renouveau, mais là, ça fait quelques années que ça bouge. Voyez l’ouverture du Grand Curtius, la nouvelle gare, la rénovation de l’opéra, les start-ups."

©Debby Termonia

Le QG des start-ups

En parlant de start-ups, nous voici arrivés chez Meusinvest, après avoir traversé les galeries commerciales Saint-Lambert. Le fonds d’investissement pour les PME s’est en effet mis en tête, depuis 2-3 ans, d’aborder un secteur qu’il ne touchait pas auparavant, celui de la nouvelle économie, entendez tout ce qui touche à l’innovation, à la créativité et aux nouvelles technologies. "Il faut financer très tôt ces entreprises, sinon elles partent", indique Gaëtan Servais, directeur général. D’où la création de la filiale LeanSquare, début 2014, un fonds d’amorçage accompagnant les start-ups dont le projet, souvent, n’est pas suffisamment mûr pour arriver en phase de financement. LeanSquare partage son "espace créatif" (on ne dit pas "bureaux", bien trop vieille économie) avec ID Campus et Plug-R.

• ID Campus est une plate-forme interdisciplinaire focalisée sur la créativité.
• Plug-R est un hub créatif issu du programme Creative Wallonia.

À côté se trouve un espace de coworking pour indépendants. Et Startup.be a son siège dans le coin aussi. Tous ces acteurs de l’économie créative sont donc rassemblés à deux pas de Meusinvest, dans "un quartier qui se transforme. Avant on n’y passait pas ou alors armé", s’amuse Hugues Danze, responsable de la communication de Meusinvest. "On en sortait avec port d’arme prohibé, un couteau dans le dos", rit Bruno Venanzi, par ailleurs administrateur de Meusinvest. Meusinvest qui n’abandonne évidemment pas les spin-offs avec, en tête de gondole, la belle histoire de Mithra (société pharmaceutique) qui est entrée en Bourse cet été.

Culture et fan-club

©Debby Termonia

Quittant les abords de la Place Saint-étienne, les pas du patron de Lampiris nous amènent face à l’opéra royal de Wallonie. Quand il y va, 3 à 4 fois par an, "la salle est toujours pleine. Et les moyens techniques alloués sont super. Bon, c’est pas Las Vegas non plus, quoique les architectes y sont allés". L’opéra draine des spectateurs du Limbourg et d’Aix-la-Chapelle, d’où le programme quadrilingue et les surtitres en allemand, en néerlandais et en anglais.

"Un orchestre philharmonique, un opéra, un théâtre et un club de foot de division 1: Liège est la seule ville qui les réunit."
Bruno Venanzi
Patron de Lampiris

"Le renouveau d’une ville passe par le secteur économique, mais aussi culturel. On a un nouveau théâtre, l’opéra est rénové, le futur musée Boverie se fera en partenariat avec le Louvre. Tout ça, c’est important, relève Bruno Venanzi. Une salle et un orchestre philharmonique, un opéra, un théâtre: Liège est la seule ville qui les réunit. Plus un club de foot de division 1. Anvers ne peut pas se vanter de ça. Charleroi non plus", ajoute-t-il.

©Debby Termonia

Le Standard de Liège. À l’histoire, à l’économique, à la créativité, au touristique (400.000 nuitées touristiques par an à Liège, contre 210.000 à Charleroi), au culturel, viennent s’ajouter les battements de cœur, les frissons, le souffle retenu, les cris de joie et de rage. Le Standard, pour son jeune président, c’est un produit d’exportation, connu en Belgique, en Europe et même ailleurs. C’est un lieu de rencontres et de brassage social. "Toutes les deux semaines, 25.000 spectateurs viennent voir un match. De 5 à 85 ans, de toutes les religions, de toutes les classes sociales." Pour le monde des affaires, il y a les loges et les business seats. "Des affaires se font là. Quelque part, c’est un cercle d’affaires important, considère Bruno Venanzi. Cela ouvre des portes. On a beau critiquer le foot, c’est un secteur qui permet de créer des liens facilement, même avec le politique."

Cet été, Axel Witsel s’est marié dans l’historique hôtel de ville. Oui, Liège a aussi ses "people". Enfants fiers et fidèles de la patreye.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect