reportage

Namur, le petit poucet aux ambitions de géant

©anthony Dehez

La cité du confluent reste atypique. Et doit peut-être davantage sa prospérité aux fonds européens qu’à… son statut de capitale.

Depuis plus d’un an, c’est le même rituel. Pour monter sur les hauteurs de la Citadelle, les automobilistes sont obligés d’emprunter la route Merveilleuse. "Namur, c’est une des capitales les plus rurales d’Europe. Quand vous sortez de l’autoroute, vous traversez d’abord des champs avec des vaches", explique Patrick Colpé, directeur général du Théâtre de Namur. Depuis, les pelleteuses ont redessiné l’accès à la bute. Nouvelles bordures, nouveaux trottoirs, bientôt, un téléphérique… Namur se trace une nouvelle voie.

Enclavée au point de convergence des vallées de la Meuse et de la Sambre, la troisième ville wallonne n’est en rien comparable à Liège ou à Charleroi. Si la construction d’un "Mall", en cœur de ville, hante encore les débats, la capitale wallonne "est une résistante, un peu conservatrice, qui se modernise avec esprit, glisse Patrick Colpé. Certes, l’urbanisation gagne du terrain, mais le cœur de la ville a toujours été préservé des appétits immobiliers. Quand il fait beau, c’est l’Italie!"

Et "l’italienne", pour ce grand castard, c’est toute une vie, un métier. Jeune, Patrick Colpé a d’abord été directeur du centre Infor-Jeunes Namur avant de présider, plus tard, l’Atelier théâtral de Louvain-la-Neuve. "Ça a été mon seul exil, mais de tout temps, ma famille a vécu à Namur. Mon oncle y a même tenu une boucherie." Adulte, Colpé saute naturellement sur l’occasion de diriger le théâtre, entièrement rénové, de sa propre ville. "On entendait toujours dire qu’il ne s’y passait rien, que la programmation était sans saveur, trop provinciale… Mais même en partie subventionné, un théâtre est une entreprise comme une autre qui ne peut s’inscrire en dehors du contexte économique", commente-t-il. Par chance, la réponse du public est immédiate. Aujourd’hui, l’institution dépasse les 60.000 spectateurs annuels contre 300 abonnés début 1998.

"Namur est une résistante, qui se modernise avec esprit. Le cœur de la ville a toujours été préservé des appétits immobiliers. Quand il fait beau, c’est l’Italie!"
Patrick Colpé
directeur général du Théâtre de Namur

Et, à l’instar de son théâtre, c’est toute une cité – "un petit poucet administratif", illustre Colpé – qui affiche des ambitions de géant: de 111.000 âmes aujourd’hui, Namur a l’ambition d’arriver à 119.000 habitants à l’horizon 2025, soit environ 4.000 ménages de plus. La ville dit en avoir les moyens, d’autant plus qu’elle a décroché pour la toute première fois 29 millions d’euros de subsides européens pour 9 des 11 projets qu’elle a présentés dans le cadre de la programmation Feder 2014-2020.

Cité des arts

De sa grande main droite, Patrick Colpé pointe le quartier de Bomel où les anciens Abattoirs viennent d’être reconvertis en logements et en un fringuant pôle culturel. Si ces 3.000 m² datés des années 1930 appartiennent à la Régie foncière, c’est bien l’énergie d’un quartier "ouvrier et autrefois parsemé de petites entreprises" qui a sauvé de la destruction totale cet exemple d’architecture moderniste. "L’idée est de mélanger les genres comme les publics. Et surtout d’héberger les créateurs", explique Patrick Colpé. Les liaisons de transports publics et les modes de circulation douce y ont déjà été optimalisés à cet effet.

"Avant, la ville manquait d’infrastructures et de diversité. Aujourd’hui, ce sont des millions qu’on investit dans le terreau culturel namurois, avec la restauration du cinéma Caméo, du nouveau conservatoire, du Grand Manège et de l’ancien mess des officiers." Car le grand projet de Namur, c’est de faire de l’îlot Rogier une Cité des arts, capable de redynamiser tout un quartier.

Au générique des bonnes vibrations, le Namurois souligne aussi la fière allure du Kikk Festival, qui prend ses quartiers à Namur depuis 5 ans, et rassemble designers, chercheurs, artistes et entrepreneurs du web, des arts et du design. "Le Kikk, c’est une vraie start-up qui allie l’artistique et le numérique. C’est une vraie fourmilière. En quelques années, le Kikk s’est hissé en tête de pont sur les festivals liés à l’économie créative. Le monde entier est là: des Anglais, des Allemands, même des Américains le visitent", explique Patrick Colpé. Plus fraîchement, le hub créatif namurois Trakk – un laboratoire d’idées et de haute technologie – s’est ouvert à Salzinnes.

Patrick Colpé, directeur général du Théâtre de Namur.

Renouer avec le fleuve

Les yeux rivés sur l’avenir, le Namurois ravive pourtant une blessure du passé: "Le fait d’être la capitale wallonne nous a ramené énormément de fonctionnaires. Mais il n’y a jamais eu un geste architectural majeur pour marquer le coup… Nous manquons réellement d’un bâtiment symbolique, d’une carte de visite pour marquer les esprits." Pour les autorités, pas question, toutefois, de plancher sur un "Botta" bis, un éventuel ersatz du projet d’hémicycle pharaonique et de "maison des parlementaires" en forme de paquebot accroché au fleuve. "Dès les premières esquisses, en 1996, il y a eu une polémique très conservatrice, avec des arrière-fonds politiques… Si rien n’avait barré la route au projet, aujourd’hui, la première chose qu’un Namurois ferait en accueillant un étranger, ce serait de lui montrer ce bateau! Ça aurait changé la ville!", regrette Patrick Colpé. À la pointe du Grognon, ce triangle bétonné où s’embrassent la Meuse et la Sambre, la ville promet la construction d’un parking souterrain, d’un Quai des arts et d’un "port numérique".

Entre-temps, Namur aura renoué avec son fleuve. "Cela fait une dizaine d’années au moins que l’Université de Namur avait l’intention de créer un nouvel amphithéâtre. Et cette fois, l’institution touche enfin au but." Pour la rentrée académique, le nouvel amphithéâtre "Vauban", situé le long de la Sambre, a accueilli ses premiers étudiants. "C’est le plus grand auditoire de Wallonie!", s’exclame Patrick Colpé. Quarante mètres de façade, cinq poutres porteuses, et… 750 places assises, conçues comme salle de spectacle, avec l’aide d’un bureau spécialisé dans l’acoustique. Seule l’"Aula Magna" de l’UCL a une plus grande capacité d’accueil.

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