interview

"L'essence, l'hybride et l'électrique sont l'avenir de Porsche", dit son CEO

Oliver Blume, CEO de Porsche. ©Porsche

À l’heure de présenter sa nouvelle Cayenne, le patron de Porsche, Oliver Blume, revient sur l’impact de la crise du diesel et les défis de la marque de luxe. Le futur de Porsche sera une combinaison de moteurs à combustion, hybrides et électriques.

Devant le musée Porsche à Stuttgart, trois bolides tiennent en équilibre sur une œuvre d’art haute comme un bâtiment d’environ trois étages. Les confrères se questionnent, y a-t-il un moteur dans les engins? Non, vraisemblablement, ce ne sont que les châssis. Pas de moteur diesel Volkswagen donc dans ces bolides en suspension..

Volkswagen, Seat, Audi, Skoda, etc: les marques du groupe Volkswagen se sont trouvées les unes après les autres impliquées dans le scandale des moteurs truqués. Si Porsche semblait épargnée dans un premier temps, il s’est avéré par la suite que la marque a également installé des moteurs diesels VW munis du logiciel tricheur dans ses véhicules. Des milliers de Porsche Cayenne, Panamera et Macan doivent repasser par les garages pour être mises à jour.

Chez Porsche, on regarde néanmoins sereinement vers l’avenir. Chacune de ces voitures qui tiennent en l’air s’oriente vers les trois usines du groupe. Dans celles-ci, la production de pur-sang essence, laisse de plus en plus de place aux véhicules hybrides. Ceci avant que Porsche se lance dans l’électrique. Tout un programme pour Oliver Blume, CEO de Porsche, qui nous accorde une interview rare pour un média belge.

"Depuis 15 ans, la Cayenne est un pilier du succès de Porsche."
Oliver Blume
CEO de Porsche AG

Vous avez repris le rôle de CEO de Porsche il y a deux ans, qu’est-ce qui a changé au sein de la société depuis?
Matthias Müller m’a laissé une très belle place. J’ai repris la structure et nous étions sur le point de développer une nouvelle stratégie. Nous avions rencontré tous nos objectifs 2018 et il fallait en définir de nouveaux pour 2025. Dans cette nouvelle stratégie, nous avons plein de nouveaux sujets comme la digitalisation, le management innovant, le développement d’une nouvelle gamme de produits, on fait beaucoup d’électrification. On est bien occupés.

Vous lancez une nouvelle Cayenne, en pleine tempête, avec un nouveau chapitre du diesel gate qui touche Porsche. Pensez-vous que cela va affecter vos ventes?
Le diesel n’a jamais eu une si grande importance pour Porsche. Nous sommes légèrement au-dessus des 15% de diesel au niveau mondial. Porsche ne développe pas et ne construit pas de moteurs diesel. Notre concentration se focalise sur les moteurs à combustion et nous regardons le plug-in Hybrid pour la nouvelle Cayenne.

Donc la grande question: y aura-t-il un moteur diesel pour cette nouvelle Cayenne?
C’est possible d’un point de vue du concept de la voiture. Nous déciderons dans les prochaines semaines ce que nous ferons. C’est normal pour les nouveaux produits. Vous commencez avec deux ou trois motorisations et puis, petit à petit, vous élargissez la gamme de motorisations possibles.

CV express

Oliver Blume, 49 ans, est ingénieur mécanique de formation et caractérise bien l’ascension verticale à l’allemande. Sa vie professionnelle est 100% liée au groupe VW. Il y rentre via un programme pour stagiaires d’Audi en 94.

Il passe ensuite 28 ans au sein de la marque aux quatre anneaux. En 2001, il devient executive assistant de la production d’Audi avant de diriger une usine pilote. Il passe ensuite 5 ans chez Seat puis 4 ans chez Volkswagen.

En 2013, il prend la tête de la production et de la logistique chez Porsche. Quand Mathias Müller devient CEO du groupe Volkswagen en 2015, il le remplace comme CEO de Porsche.

En 2016, Porsche a livré 238.000 véhicules, réalisant un profit opérationnel de 3,9 milliards d’euros (en hausse de 14% par rapport à 2015). Cela donne un gain net par véhicule de 16.386 euros.

Avec tout ce qui se passe aujourd’hui avec le diesel gate, pourquoi les consommateurs devraient-ils encore avoir confiance dans les marques du groupe Volkswagen comme Porsche?
Bien sûr, ils peuvent avoir confiance. L’important pour Porsche, et je me répète, c’est que nous ne produisons pas et nous ne développons pas de moteurs diesels. Ce que vous voyez, c’est que la marque Volkswagen et la marque Audi avaient déjà payé pour les problèmes du diesel. Tout le monde travaille à résoudre les problèmes.

Si on parle de la qualité, de la performance, etc., le groupe Volkswagen reste l’un des meilleurs groupes du monde. Nous avons beaucoup de clients très contents et ça ne changera pas dans le futur.

À l’avenir, regarderez-vous à deux fois les moteurs que vous achetez au sein du groupe?
Nous avons des règles très claires issues de ce problème. Le monde a changé, aussi dans les marques Volkswagen. Aujourd’hui, c’est systématique, quand on développe des nouveaux composants, tout le monde prend en compte les problèmes du diesel.

Sans le diesel, comment une marque comme Porsche pourrait-elle être capable de rencontrer les moyennes de CO2 imposées par l’Europe?
Il y a beaucoup de possibilités. Vous pouvez le faire avec le plug-in hybrid. Nous arriverons aussi en 2019 avec la première voiture entièrement électrique. À la fin, c’est le mix qui sera important. Dans notre planning, nous avons une vision très claire de ce que l’on doit accomplir aux Etats-Unis, en Chine et en Europe.

L’électrification est la clé donc?
C’est une clé très importante pour Porsche et ça lui correspond bien parce que nous avons transféré de la technologie de notre activité Motorsport vers la production de série. Par exemple, nous avons gagné Le Mans pour la troisième fois d’affilée avec un moteur hybride. Ce moteur, vous le retrouverez dans la Panamera. Nous avons un très bon feedback de nos clients. Nous utiliserons l’hybride pour la Cayenne dans le futur. De l’autre côté, nous irons vers le 100% électrique. La combinaison des moteurs à combustion, des moteurs hybrides et des moteurs électriques sera le futur pour Porsche.

"Nous avons gagné Le Mans pour la troisième fois d’affilée avec un moteur hybride qui équipe la Panamera."

Dans nos pays, on entend un discours qui dit que de nombreux clients ne chargent pas le moteur électrique de leur hybride et que les clients ne choisissent l’hybride que pour les subsides. Vous en pensez quoi?
Ce qui est important, c’est de développer des voitures attrayantes d’un point de vue design, performance, et d’avoir une bonne autonomie pour l’électrique. Il faut un temps de recharge très court de 15 minutes. Alors la voiture devient attrayante pour le client. À la fin, l’infrastructure et les points de recharge sont aussi prépondérants.

Mais spécifiquement pour les hybrides rechargeables: on dit que les clients ne rechargent pas toujours leurs voitures électriques et que certains ne les achètent que pour les subsides.
Nous devons les convaincre avec la technique. Quand on regarde nos plug-in hybrid, on peut conduire 50 km en tout électrique. C’est suffisant pour la vie de tous les jours en ville. Ensuite, vous chargez la nuit. Sur les longs trajets, vous pouvez également charger en utilisant le moteur à combustion sur l’autoroute. Ça va très vite. Cette combinaison technique est plus importante que de simples incitants pour permettre aux clients d’acheter les voitures.

©mediafin

Ici, pour le lancement de la nouvelle Cayenne, vous avez un public fan de voitures. Certains citoyens par contre n’aiment pas spécialement les voitures et pensent que des marques de sport comme Porsche ne seront pas pertinentes dans la lutte contre le changement climatique. Vous leur répondez quoi?
Nos clients pensent autre chose. Nous pouvons montrer nos chiffres de ventes. Nous avons une très forte croissance les dernières années. Cette année, nous faisons 7% de plus que l’année passée, notre résultat opérationnel est très bon. Ce que nous voyons avec notre nouvelle technologie et les innovations, c’est ce que les clients veulent également. Quand vous pensez à l’électromobilité, Porsche était le premier constructeur à proposer des hybrides rechargeables dans trois segments de luxe. Porsche était la première compagnie à avoir un plug-in hybrid. Quand vous délivrez dans l’électromobilité une dynamique sportive de conduite, ça correspond bien à Porsche. Avec ces moteurs et ces voitures, Porsche a un très grand futur devant elle.

Est-ce que la Mission E sera une vraie voiture verte du puits à la route y compris en ce qui concerne le volet production?
Nous prévoyons d’avoir une production neutre en carbone. C’est un impact important, ça correspond à notre compréhension pour réduire les ressources utilisées dans le monde.

Nous évoquions le problème diesel qui touche Porsche. Dans le même temps, tous les chiffres et les résultats sont bons. Cela veut-il dire que le marché de l’auto de luxe ne sera jamais dépassé?
D’un côté, le diesel n’est pas très important pour nous. De l’autre, le succès dépend des produits que vous pouvez proposer. Nous devons rester attractifs. Ce que nous avons décidé dans le passé et aujourd’hui est attractif. Cela n’a rien à voir avec le marché du luxe. Cela dépend seulement des produits et du service que vous apportez aux clients.

Vous avez passé l’essentiel de votre carrière au sein du groupe Volkswagen. Comment vivez-vous cette crise du diesel?
Cela me rend très triste, mais j’ai appris de tout ça. Je pense que le plus important est de dire clairement qu’il y avait quelque chose qui n’était pas correct, mais que nous allons l’effacer et le changer. Je suis quelqu’un d’enthousiaste qui a travaillé toute sa vie au sein du groupe Volkswagen, chez Audi, chez Seat en Espagne 5 ans, etc.

"Le diesel n’a jamais été très important pour Porsche. Porsche ne développe pas et ne construit pas de moteurs diesel."

Le moral est toujours bon dans les équipes, malgré tout?
Nous avons une capacité de nous battre au sein du groupe. De temps en temps, vous avez des bonnes périodes, de temps en temps des mauvaises. La qualité d’une équipe, vous pouvez la voir quand vous avez une crise comme celle-ci.

Vous pouvez voir la détermination et les ventes du groupe. Les clients restent satisfaits des produits Volkswagen. Nous regardons maintenant vers le futur pour développer des voitures très cools dans toutes les marques du groupe.

Quand va s’arrêter l’ère du pétrole pour Porsche pensez-vous? Dans 50 ans? 100 ans? Plus tôt?
C’est très difficile à dire. Nous regardons les 10 à 15 prochaines années. Durant cette période, dans le développement, nous aurons des moteurs à combustion. Nous construirons des voitures pour puristes qui correspondent très bien à Porsche comme la 911, en même temps que des voitures très modernes et électrifiées.

Le SUV sportif, un pari précoce et réussi pour Porsche

Quand en 2002, Porsche a proposé sa première Cayenne, les aficionados de la marque ont été secoués. Comment diable une marque connue pour ses 911 et autres bolides dignes des plus grands circuits pouvait-elle se lancer dans le SUV? 15 ans de succès tant dans les modèles classiques que dans ces nouveaux segments ont mis tout le monde d’accord. À l’heure de présenter la troisième génération du SUV Cayenne, il convient de dire que le pari est plus que réussi. 500.000 Cayenne ont été écoulées pour le deuxième modèle. Aujourd’hui, toutes les marques de luxe et premium ont ou vont avoir des SUV.

"La Cayenne est un best-seller et un moteur de croissance. Elle nous a ouvert les portes de beaucoup de marchés et a contribué à notre internationalisation", a indiqué Oliver Blume devant le parterre d’invités présents au lancement du nouveau modèle. Pour l’occasion, dans le musée de Porsche, vous trouverez la Cayenne dans tous ses états, tantôt hybride de la première heure, tantôt véhicule de chasse ou de rallye. La plupart de ces versions, vous les avez peut-être aperçues sur les routes belges, un pays où la Cayenne a toujours bien fonctionné. Elle y représente 16% des ventes de Porsche en 2017. "Dans une année ‘normale’, comme l’an passé, on est plutôt entre 25 et 30%", précise Bernard Van Bellingen, PR de Porsche Belgique. C’est dire l’importance du modèle pour la marque importée chez nous par le groupe D’Ieteren. Cayenne ne sera dans un premier temps commercialisée qu’en essence puis en hybride. Porsche n’a pas encore arrêté de décision pour le diesel. En 2017, les Cayenne vendues en Belgique étaient à 80% hybrides, 18% diesel et 2% essence.

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