analyse

Mercedes doit-il craindre un scandale à la VW?

©EPA

La maison-mère de Mercedes va engloutir 220 millions d’euros pour limiter les émissions de ses moteurs les plus nocifs.

Mieux vaut prévenir que guérir. Face aux menaces de plusieurs municipalités allemandes d’interdire les voitures diesel dans leurs rues, Mercedes a choisi de rappeler trois millions de véhicules afin d’installer un logiciel qui permettra de réduire leurs émissions d’oxyde d’azote (NOx)  qui sont si nocifs pour la santé. Cette mesure lui coûtera la bagatelle de 220 millions d’euros...

"Le débat public sur les moteurs diesel crée un climat d’incertitude tout particulièrement chez nos clients."
Dieter Zetsche
PDG de Daimler

En invoquant la possibilité de bannir les moteurs diesel dans le centre-ville lors des pics de pollution, la mairie de Stuttgart a provoqué un électrochoc dans l’esprit des dirigeants de Daimler. Voir les autorités municipales de la ville qui abrite son siège social et plusieurs de ses usines proférer de telle menaces a fait comprendre aux patrons de la marque à l’étoile qu’ils devaient agir sans attendre plutôt que d’attendre d’éventuelles mesures de rétorsion. "Le débat public sur les moteurs diesel crée un climat d’incertitude tout particulièrement chez nos clients, reconnaît Dieter Zetsche, le PDG de Daimler. Nous avons en conséquence décidé de prendre des mesures supplémentaires pour rassurer les conducteurs de voitures diesel et renforcer leur confiance dans la technologie diesel."

Mercedes contre-la-montre

En Europe, près d’une automobile sur deux fonctionne au diesel contre à peine 5% aux Etats-Unis. Si ces moteurs consomment moins de carburant que les modèles à essence, ils rejettent davantage de gaz nocifs dans l’atmosphère. Les constructeurs ont fait de gros efforts et investi des centaines de millions d’euros pour trouver de nouvelles technologies permettant de limiter les émissions de dioxyde de carbone et d’oxyde d’azote de leurs véhicules. Mais les législations toujours plus strictes en matière de protection de l’environnement commencent aujourd’hui à représenter de véritables freins pour les marques automobiles.

Stuttgart n’est pas non plus la première municipalité à évoquer la possibilité de prohiber les moteurs diesel dans ses rues. La ville de Hambourg a révélé, le 3 mai, son intention d’interdire aux véhicules antérieurs à la norme Euro 6 de circuler sur certains grands axes routiers. Un juge a, quant à lui, mis en demeure la mairie de Munich pour qu’elle réduise la pollution. Le ministre-président de Bavière, Horst Seehofer, a, en conséquence, annoncé mardi plusieurs mesures visant à limiter la pollution atmosphérique dans les centres-villes sans aller jusqu’à interdire la circulation des véhicules diesel.

Le président du parti conservateur CSU s’est notamment engagé à développer le réseau de transports en commun et à encourager les Bavarois à acheter des véhicules électriques et à utiliser leurs vélos. La mise à niveau gratuite des voitures diesel de norme Euro 5, qui ont été homologuées entre 2009 et 2014, et des incitations financières à l'achat de véhicules diesel plus récents (norme Euro 6) ont aussi été prévues par le gouvernement bavarois. Les constructeurs locaux comme Audi et BMW ont, pour leur part, promis de réduire drastiquement les émissions de NOx sur au moins la moitié de leurs voitures diesel Euro 5 en circulation, en mettant à jour un logiciel gérant la filtration de ces gaz. Daimler se contente ainsi de suivre l’exemple de ses rivaux bavarois dans son "fief" de Stuttgart qui est la ville la plus polluée d’Allemagne.

En choisissant d’être proactifs plutôt que réactifs, les constructeurs semblent avoir tiré des enseignements du Dieselgate. Pendant des années, les grandes marques automobiles ont cherché à nier l’impact écologique de leurs moteurs diesel. VW a été encore plus loin en introduisant sur plus de onze millions de ses véhicules un logiciel destiné à dissimuler les émissions de gaz nocifs de ses moteurs. Suite à ce scandale, le géant aux douze marques a dû payer 22 milliards d’euros d’amendes aux autorités américaines.

La France pourrait, de son côté, exiger le versement d’une pénalité de 19,7 milliards d’euros, si l’on en croît les conclusions d’un rapport de la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) révélé par Le Monde. Cette affaire a fait comprendre aux autres constructeurs qu’ils devaient collaborer avec les autorités pour empêcher la disparition du diesel sur les routes européennes. Mieux vaut tard que jamais…

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