Moody's abaisse la note de VW après de nouveaux mensonges

©EPA

Volkswagen a détecté des "incohérences" dans la détermination des niveaux d'émissions de dioxyde de carbone sur environ 800.000 de ses véhicules dont 98.000 ont un moteur à essence. L'agence de notation a sanctionné le constructeur automobile.

Le scandale de tricherie sur les émissions polluantes de Volkswagen s'est étendu avec la découverte d'"irrégularités" sur le niveau de CO2 de 800.000 véhicules. "Parmi les voitures concernées, 98.000 sont des moteurs à essence", a indiqué le ministre allemand des Transports Alexander Dobrindt. Le scandale VW prend donc une ampleur inédite en touchant aussi l'essence, et non plus seulement le diesel, et le CO2, déterminant dans le réchauffement climatique. L'agence de notation Moody's a abaissé la note de VW après cet aveu, de A2 à A3.

"Ces nouvelles accusations posent des défis supplémentaires sur la flexibilité financière et la compétitivité de Volkswagen et accroît les inquiétudes de Moody's sur les problèmes de contrôle interne et de gouvernance."
Moody's

Le problème. Le niveau d'émissions mentionné s'est révélé trop bas par rapport à ce qu'il aurait dû être. Concrètement, les émissions de CO2 d'environ 800.000 véhicules de marque VW, Skoda, Audi et Seat et avec des moteurs diesel et essence, sont plus élevées que ce que Volkswagen promet à ses clients.

Le groupe a décidé de passer en revue toutes ses différentes procédures sur les moteurs diesel, après l'éclatement fin septembre d'un scandale portant sur l'installation d'un logiciel faussant les résultats des tests anti-pollution sur onze millions de véhicules. Ce logiciel servait à masquer le niveau réel d'émission d'oxydes d'azote (NOx), polluants atmosphériques toxiques, et non de dioxyde de carbone comme c'est aussi désormais le cas.

La Belgique est-elle concernée? On n'en sait encore rien. D’Ieteren dit n'avoir pas encore reçu d’informations complémentaires du groupe Volkswagen. Le groupe "n’est donc pas en mesure de confirmer si des véhicules circulant en Belgique sont concernés par ces nouvelles irrégularités".

En Bourse. L'action Volkswagen a clôturé la journée sur une chute de 9,5% à 100,45 euros, forçant le Dax à un net recul de 0,97%. Le titre a perdu plus du tiers de sa valeur depuis mi-septembre.

Les ventes de Porsche et d'Audi suspendues

©EPA

La filiale nord-américaine de Porsche a annoncé mardi soir qu'elle cessait de vendre les Cayenne diesel des années modèle 2014 à 2016 "jusqu'à nouvel ordre". Pareil chez Audi. C'est le cas des Audi A6, Audi A7 et Audi A8 et A8L années modèles 2014 et 2016, ainsi que des 4X4 Q5 et Q7. Volkswagen de son côté arrête de vendre le SUV Touareg années modèles 2014-2016 contruits sur la même plateforme que les Porsche Cayenne.

Cette déclaration intervient au lendemain d'accusations "inattendues" de l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA). Celle-ci estime que des voitures des marques haut de gamme Audi et Porsche avec un moteur diesel 3 litres auraient également été équipées de logiciels truqueurs. "Nous travaillons intensément à résoudre ce problème dès que possible", a-t-elle ajouté, sans commentaire sur le fond des accusations.

"Il s'agit évidemment d'une mauvaise nouvelle pour Volkswagen dans la mesure où cette dernière accusation inclut également Porsche."
Holger Schmidt
Analyste d'Equinet

Le groupe allemand avait aussitôt rejeté ces nouvelles accusations, tout en se disant prêt à "coopérer pleinement" avec les autorités américaines. Jusqu'alors la tricherie initiale sur le niveau d'émission d'oxydes d'azote n'était avérée que pour de plus petits moteurs, de 1,2, 1,6 et 2 litres, et ne concernait aux Etats-Unis que les marques VW et Audi. "Nous avons décidé d'inclure des modèles non mis en cause par l'EPA parce qu'ils sont équipés d'un moteur identique à celui installé dans les véhicules montrés du doigt", a déclaré Bradley Sterz, le porte-parole d'Audi.

Risques financiers en hausse

Pour l'heure, les risques financiers de ces nouvelles irrégularités pour le constructeur sont évalués "à environ deux milliards d'euros". Cela vient s'ajouter aux 6,7 milliards d'euros de provisions pour faire face aux premières conséquences et engager le gigantesque rappel des véhicules équipés du logiciel truqueur incriminé.

©AFP

"Depuis le début, je me suis engagé à ce que nous expliquions les événements complètement et sans ménagement. Rien ni personne ne nous arrêtera. C'est un processus douloureux, mais il n'y a pas d'autre alternative", a déclaré dans un communiqué Matthias Müller, qui a pris les rênes du groupe en septembre après l'éviction de Martin Winterkorn quand l'affaire des moteurs truqués a émergé.

La direction de Volkswagen a promis de "commencer immédiatement à discuter avec les autorités concernées des conséquences" du volet CO2 du scandale, tandis que son conseil de surveillance a exprimé son "inquiétude" suite aux nouvelles révélations.

Matthias Müller savait-il?

©EPA

Le nouveau patron de Volkswagen, Matthias Müller, était précédemment à la tête de Porsche et "a dû avoir connaissance de ce problème, même si cela reste encore à prouver", avance Holger Schmidt, analyste d'Equinet.

Selon l'EPA, au moins 10.000 véhicules seraient concernés aux Etats-Unis par les nouveaux soupçons.

En Allemagne, "les moteurs diesel en question sont déjà soumis à des tests supplémentaires conduits par l'agence fédérale des transports. (...) Dès que cet examen sera terminé seront alors présentés les résultats complets", a promis le ministère des Transports.

Face aux accusations en provenance des Etats-Unis, Volkswagen a affirmé qu'aucun programme n'avait été installé sur ces moteurs pour modifier de "manière inappropriée" les tests antipollution. Les moteurs sont "conformes à la loi", a renchéri mardi sa filiale Audi.

Quid des ventes?

Dans ce contexte, les derniers chiffres d'immatriculations de nouvelles voitures en octobre n'ont guère été réjouissants pour Volkswagen: recul de 0,7% sur un an en Allemagne, baisse de 3% pour la France, et aux Etats-Unis, une faible progression (+0,2%) de ses ventes alors que ses principaux concurrents ont connu des progressions de l'ordre de 10%.

©REUTERS

En Belgique, les chiffres d’immatriculations de Volkswagen d’octobre ne diffèrent pas vraiment de leur tendance annuelle. La marque Volkswagen a enregistré 73 voitures de moins en octobre (-1,85% contre une tendance sur 10 mois de -1,67%). Une baisse contrebalancée par Audi et ses 350 véhicules supplémentaires vendus qui font progresser la marque de près de 15% au mois d’octobre, soit trois fois meilleure que sur l’année. Parmi les autres marques du groupe VW, Skoda (+7,17%) enregistre 110 immatriculations de mieux en octobre et Seat (-31,95%) en perd 185. Seat est l'autre marque du groupe à connaitre une grande différence de tendance au mois d’octobre.

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