"Sprechen Sie Englisch für VW?"

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Le constructeur allemand, Volkswagen, va faire de l’anglais sa "langue officielle". Une décision qui ne plaît pas à tout le monde en république fédérale.

Goethe et Schiller doivent se retourner dans leur tombe. Les cadres de Volkswagen devront désormais parler anglais et non plus allemand sur leur lieu de travail. "A l’avenir, l'anglais deviendra la langue du groupe", a prévenu Karlheinz Blessing, le directeur des ressources humaines du géant aux douze marques. "Nous avons besoin des meilleurs profils du monde."

Utiliser la langue de Shakespeare viserait donc à faciliter le recrutements de dirigeants internationaux qui n’ont pas le courage d’apprendre les subtilités des trois genres ou les "beautés" de l’accusatif et du datif.

L’association Deutsche Sprache, qui lutte pour protéger l'allemand d'une marginalisation dans les médias et l'entreprise, ne l'entend pas de cette oreille. Pour protester contre cette décision, elle a revendu les 200 actions VW qu’elle possédait. Elle a ainsi empoché un joli bénéfice de 7000 euros.

Jugeant cette mesure "totalement inutile", son porte-parole, Watler Krämer, s'est déclaré "consterné par la désinvolture avec laquelle nos élites abandonnent leurs propres langue et culture". Le constructeur automobile n’est en effet pas le premier groupe allemand à se résoudre à recruter des non-germanophones pour étoffer ses équipes de spécialistes qui sont difficiles à trouver dans un pays où le taux de chômage ne dépasse pas 4%.

BMW, Infineon, BSH, Allianz, Bosch et Daimler utilisent fréquemment la Toile pour passer des petites annonces. Elles visent l'embauche de cadres et de techniciens expérimentés qui parlent exclusivement anglais.

"Das Auto" a pâle couleur

VW est, lui aussi, un géant très présent à l’international. Il possède plusieurs marques étrangères comme la britannique Bentley, l’italienne Lamborghini, l’ibérique SEAT, la tchèque Skoda ou la… française Bugatti. Le "père de la Coccinelle" avait pourtant pris l’habitude de mettre en avant ses racines allemandes. Le slogan qui clôturait ses spots télévisés aux quatre coins du monde était toujours le même : "Das Auto". Mais "L’Auto" ne tourne plus sur tous ses cylindres depuis quelques mois. La belle mécanique huilée de VW s’est sérieusement grippée.

Il y a tout juste quinze mois, le groupe a reconnu avoir trafiqué les moteurs diesel de onze millions de ses véhicules afin de dissimuler leurs émissions de gaz nocifs. Le "dieselgate" a porté un rude coup à la réputation et aux finances du constructeur. Ses dirigeants semblaient pourtant avoir fait preuve de prudence en passant 18,2 milliards d’euros de provisions afin de payer les frais et les amendes liés à ce scandale. Mais il semble que cette cagnotte ne sera pas suffisante pour permettre au groupe de Wolfsburg d’honorer l’ensemble de ses factures. Un analyste de la banque NordLB estime que la note globale de cet " incident " pourrait atteindre un montant compris entre 25 et 35 milliards d’euros.

Pour supporter cette crise sans précédent, Volkswagen a lancé, au mois de novembre, un plan d’économie baptisé "Pacte d’avenir" qui prévoit, d’ici à 2020, 4 milliards d’euros d’économies annuelles.

Pour remplir cet objectif, le fabricant, qui a déjà vendu plus de 30 millions de Golf depuis son lancement en 1974, va supprimer 30.000 emplois, dont les deux-tiers en Allemagne. Cette sévère cure d’amaigrissement ne l’empêchera pas de recruter des spécialistes dans les mois à venir. Rejoindre un groupe en plein chamboulement et des équipes inquiètes pour ne pas révoltées de devoir payer les pots cassés des décisions prises par certains de leurs patrons peut toutefois décourager des cadres prometteurs. VW doit donc revoir ses prétentions à la baisse et accepter les non-germanophones…

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