Publicité

Waterloo en ordre de bataille

©Tim Dirven

Quelque 5.000 fantassins et 300 cavaliers feront la reconstitution d’une bataille qui a permis de stabiliser l’Europe jusqu’en 1914.

Comment résumer, en deux pages, un événement aussi important dans l’histoire européenne que la bataille de Waterloo? Cet ultime affrontement a marqué la fin d’une époque troublée et le début d’une ère de relative stabilité en Europe, chose totalement inédite pour l’époque. Cette stabilité a permis l’avènement de la révolution industrielle — déjà en marche en Angleterre — qui a permis à l’Europe de prendre un ascendant décisif sur le reste du monde.

©wikipedia

Pour analyser cette période charnière, nous nous sommes adressés à Thierry Lentz, directeur de la prestigieuse Fondation Napoléon, basée à Paris. Une institution qui s’est assigné une double mission: l’étude historique (publications, octroi de bourses universitaires, etc.) et l’entretien du patrimoine napoléonien.

C’est ainsi que les sites de Sainte-Hélène rappelant le séjour de Napoléon viennent d’être restaurés. Une entreprise qui a mobilisé un budget de 2,4 millions d’euros, financé en partie par l’État français (700.000 euros), mais surtout par le biais de souscriptions. "La Belgique figure en tête parmi les souscripteurs étrangers", se félicite Thierry Lentz. Il vient par ailleurs de publier un ouvrage remarquablement didactique sur la bataille de Waterloo.

Faut-il attribuer à Napoléon la responsabilité de la défaite de Waterloo ou celle-ci incombe-t-elle d’abord à ses lieutenants?
La thèse qui attribue la défaite de Waterloo aux généraux, principalement Ney et Grouchy, a toujours pignon sur rue. Elle provient des mémoires de Napoléon, parus en 1819, où il passe en revue les responsabilités des uns et des autres. Sauf la sienne bien entendu. Napoléon a certes eu un coup de génie au début de la bataille, lorsqu’il a décidé de passer entre ses adversaires prussiens et anglais, afin de les battre séparément. Il pensait que chacun allait ensuite se rabattre sur ses propres lignes de communication. Cependant, il ne se doutait pas que les Prussiens, après la défaite essuyée à Ligny, reviendraient sur leur pas. Anglais et Prussiens s’étaient, en effet, dès le début, mis d’accord pour ne pas se séparer. À cette erreur stratégique de Napoléon s’ajoute une erreur tactique. Il avait prévu de fixer ses ennemis sur la ferme d’Hougoumont. Face à la résistance des Anglais, il s’est ravisé, pour lancer une attaque frontale sur les lignes anglaises, attaque qui s’est avérée infructueuse. Dernier élément enfin, Napoléon avait probablement des problèmes de santé ce jour-là: maux d’estomac et/ou hémorroïdes. Aurait-il dès lors dû céder le commandement à quelqu’un d’autre? Ney était un maréchal mythique, mais c’était avant tout un meneur d’hommes, pas un tacticien. Conclusion: Napoléon est très largement responsable de la défaite de Waterloo.

Napoléon disposait de 71.000 soldats dont 12.600 cavaliers et 260 canons.

Le champ de bataille s’étend sur 24 hectares, soit 22 stades de football.

La bataille débuta à 11 h 30 et se termina à la tombée de la nuit.

Côté français, on dénombre 7.000 tués et 20.000 blessés. Côté allié, 3.000 tués et 13.000 blessés. A cela s’ajoutent 3.000 disparus.

Wellington commandait 68.000 hommes, comprenant 12.000 cavaliers et 160 canons.

Le site de Waterloo accueille 300.000 visiteurs par an. Avec le nouveau Mémorial, on espère passer à 500.000 visiteurs.

L’armée de Blücher, forte de 33.000 hommes, arriva au soir du 18 juin et fit pencher la balance du côté allié.

Quel fut le mérite de Wellington dans la victoire alliée?
L’historiographie française s’est beaucoup concentrée sur Napoléon, au point d’oublier que Wellington a très bien fait son travail ce jour-là. Il a tout simplement adapté sa tactique aux moyens dont il disposait. Il savait qu’une bataille de mouvements était perdue d’avance. D’où son choix en faveur d’une posture défensive. D’autant qu’il savait que Blücher devait arriver, à la tête de ses Prussiens. On a par ailleurs tendance à oublier le rôle de Gneisenau, qui a organisé le retour de l’armée prussienne. Il fait partie des grands vainqueurs de Waterloo. À la fin de la bataille, les trois quarts du front allié étaient tenus par les Prussiens.

©Tim Dirven

Si Napoléon avait gagné à Waterloo, comment aurait-il exploité sa victoire?
Son objectif n’était pas de défaire toutes les armées alliées, ce qui était du reste impossible vu l’énorme ascendant numérique dont disposait la coalition. Mais, comme les alliés refusaient tout contact depuis les Cent jours, il voulait frapper un grand coup pour forcer la négociation.

Pourquoi avoir choisi la Belgique comme théâtre d’opérations?
Il a choisi de marcher vers la Belgique parce qu’une armée anglaise y était stationnée. Or l’Angleterre finançait la coalition. D’autre part, l’Angleterre ne disposait que d’une seule armée de terre. Celle-ci détruite, elle aurait dû abandonner toute velléité militaire offensive sur le continent européen. Il ne faut pas oublier que l’armée de Wellington ne comportait que 15% d’effectifs britanniques. Les autres étaient principalement des Hollandais, qu’il avait dotés d’uniformes rouges.

Napoléon fut-il un dictateur éclairé ou un dangereux tyran?
En 1815, on est au pire moment de la politique napoléonienne, puisque toute l’Europe est entraînée dans la guerre. Mais ce serait oublier que, durant 15 ans, Napoléon a mené une politique de réformes. C’est le début de l’État de droit. Son régime était autoritaire certes, mais pas dictatorial. Il subsistait en France des contre-pouvoirs. De même, Napoléon a administré les territoires conquis de manière autoritaire, mais pas de manière sanglante. Il est certain qu’il aimait se faire respecter, mais ce n’était en aucun cas un personnage sanguinaire.

©perrin

En France, le mythe de Napoléon n’est-il pas en train de s’effriter?
Il y a, chez certaines élites intellectuelles françaises, une critique de Napoléon au nom du politiquement correct. Mais lorsqu’on interroge l’homme de la rue, Napoléon revient invariablement dans le top 3 des plus grands personnages de l’histoire de France. Les livres sur Napoléon se vendent toujours comme des petits pains dans les librairies et les études universitaires à son sujet sont en augmentation. Napoléon restera une grande passion française, avec ceux qui sont passionnément pour et ceux qui sont passionnément contre. C’est un personnage qui ne laisse pas indifférent.

"Waterloo 1815", Thierry Lentz, éditions Perrin, 250 pages, 24,90 euros.

Saviez-vous qu’à Waterloo, à l’endroit de la bataille décisive de 1815, a eu lieu, 21 ans plus tôt, une autre bataille?

Celle-ci s’est déroulée les 6 et 7 juillet 1794, opposant les troupes révolutionnaires françaises à une armée austro-hollandaise qui s’était repliée sur le plateau de Mont-Saint-Jean, après la bataille de Fleurus, le 26 juin 1794. Sur les deux théâtres d’opérations, ce sont les troupes révolutionnaires qui l’ont emporté.

Trois historiens, Lucien Cécille, Philippe Charlet et Jean-Jacques Pattyn viennent de publier, aux éditions Historic’One (dans la série "Les batailles oubliées"), un ouvrage sur cette bataille passée aux oubliettes de l’histoire. Pour ce faire, ils se sont plongés dans les archives françaises et hollandaises. Ironie de l’histoire, un certain nombre de grandes figures françaises de 1815 étaient déjà présentes sur le champ de bataille de 1794. On peut citer, en particulier, les futurs maréchaux Soult (il deviendra chef d’état-major de Napoléon) et Ney (auteur des fameuses charges de cavalerie à Waterloo). Quant au futur duc de Wellington, il était, en 1794, en poste à Anvers, où il fit son baptême du feu contre les Français en tant que lieutenant-colonel du 33e régiment de ligne.

Enfin, on notera que les Austro-Hollandais comptaient, dans leurs rangs, un certain nombre de militaires français, exilés après la Révolution. Ce sont eux qui aménagèrent les meurtrières dans la ferme d’Hougoumont et non les Anglais, comme on a coutume d’affirmer. Sans atteindre les proportions de la bataille de 1815, ce premier affrontement laissera néanmoins plusieurs milliers de soldats sur le terrain.

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés