Réseaux au plus haut niveau mode d'emploi

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Des réseaux au plus haut niveau: ceux qui en font partie ont de l’or dans les mains. Mode d’emploi pour les jeunes loups belges: des cartes de vœux manuscrites à la fondue au fromage entre Belges à Davos, en passant par la magie des rencontres fortuites.

Le Forum Économique Mondial de Davos fait partie des grand-messes où les Belges peuvent "réseauter" au plus haut niveau. Chaque année en janvier, le petit village suisse devient l’épicentre du monde de la politique et des affaires internationales.

La dernière édition fut le baptême du feu pour Olivier Van Horenbeeck, associé de Growth Inc., un spécialiste en stratégie de communication des entreprises. "Grâce à un ‘vent favorable’, en d’autres termes une invitation d’un des partenaires de Davos, j’ai pu participer au circuit parallèle officieux. Sur le plan du contenu, c’est vraiment unique, car vous pouvez assister à des conférences sur des thèmes actuels, comme l’intelligence artificielle ou l’écologie. C’est particulièrement utile, car Growth Inc. est spécialisé en conseils stratégiques aux entreprises."

C’est précisément pour ce contenu que Davos est la retraite préférée d’Herman Daems, le président de la banque BNP Paribas Fortis. Daems, qui y est allé pour la dernière fois il y a trois ans, s’y est rendu tellement souvent qu’il a arrêté de compter. "Je pense que j’y suis allé 14 ou 15 fois, lorsque j’étais président de Barco (la société courtraisienne spécialisée en traitement d’images, ndlr)."

"Le principal intérêt de Davos, c’est que les conférences sont données par des leaders d’opinion. S’il y a une discussion sur la politique monétaire américaine, vous n’entendrez pas l’un ou l’autre professeur, mais le président de la Réserve fédérale himself. De plus, vous pouvez tirer de nombreuses conclusions sur base de leur ‘langage corporel’: sont-ils sûrs d’eux ou non? Cela en dit parfois long."

Mais pour ceux qui veulent se construire un réseau haut de gamme, Davos exige beaucoup d’efforts, explique Olivier Van Horenbeeck. "En fait, il s’agit de quatre jours de ‘réseautage’intensif, des premières lueurs du jour jusque tard le soir. J’avais une dizaine de réunions par jour." Ces réunions ne sont pas le fait du hasard. Olivier Van Horenbeeck avait tout planifié deux mois et demi à l’avance.

"En réalité, c’était un peu juste, mais je n’ai reçu mon invitation qu’assez tard. La prochaine fois, j’aimerais me préparer plus tôt. J’ai contacté les personnes intéressantes de mon réseau. J’ai bien préparé mes rencontres sur place. La plupart du temps, je ne disposais que d’une dizaine de minutes. C’est suffisant pour une petite discussion rapide autour d’une tasse de café. Quand vous avez fini de boire votre café, la rencontre est terminée."

Patron d’Uber

La question qui se pose d’emblée est de savoir si à Davos on conclut autant de contrats que le mythe le laisse penser. "Sans entrer dans les détails, je peux dire que j’ai pu avancer sur un dossier avec un client", confie Olivier Van Horenbeeck, qui pour des raisons évidentes n’en dira pas plus. "Mais en réalité, il ne faut pas voir Davos en termes utilitaires. Vous pouvez surtout y nouer des contacts utiles qui aboutiront peut-être plus tard sur un dossier concret."

Si vous pouvez rassembler un groupe de personnes de qualité dès le début de votre carrière, vous serez statistiquement certain de faire partie d’un réseau de haut niveau.
Herman Daems
Président de BNP Paribas Fortis

"En réalité, Davos n’a aucun impact direct sur le plan des affaires, explique Herman Daems. Je me souviens encore d’une rencontre à Davos au moment où Barco était en train de négocier un important contrat de fourniture de projecteurs au Mexique. J’ai rencontré par hasard le CEO et propriétaire du groupe mexicain. Tout comme moi, il n’était pas à la manœuvre pour le contrat. Mais notre rencontre a créé un lien personnel. En effet, quand ceux qui négocient les contrats se rencontrent ensuite, l’ambiance est différente puisqu’ils savent que leurs CEO et président respectifs se connaissent. Cela crée de la confiance. Les réseaux apportent souvent plus de profondeur, à différents niveaux."

Pour Herman Daems, certains vont à Davos avec des attentes exagérées. "Certaines personnes pensent après quelques jours que c’est fichu, parce qu’ils croyaient pouvoir conclure tous leurs contrats. Mais en réalité, cela n’arrive pas souvent à Davos. Ce n’est pas une foire avec des stands où vous essayez de finaliser des contrats. Si vous espérez vendre quelques mètres carrés de tapis, vous vous trompez."

"Un CEO qui voit les choses de manière pratique et qui pense constamment à son temps et à ses résultats à court terme y sera très malheureux. C’est surtout un endroit pour ceux qui souhaitent apprendre et qui veulent comprendre ce qui se passe dans le monde. Mon conseil: soyez ouvert à des rencontres fortuites. Ce sont souvent les plus intéressantes."

Olivier Van Horenbeeck est bien placé pour en parler. Il y a rencontré par hasard le nouveau patron d’Uber. "C’est arrivé au cours d’un dîner. Je l’ai félicité pour sa nomination, qui était encore assez récente. Il m’a parlé entre autres de ses projets en Belgique. Très intéressant."

Le village suisse de Davos semble aussi être le lieu de prédilection pour les réseaux entre Belges. Par exemple, Herman Daems a lancé à l’époque un dîner le vendredi soir, qui est devenu la célèbre et très courue "fondue au fromage des Belges".

"Au début, certains ont réagi négativement, se souvient Herman Daems. Ils trouvaient bizarre de se retrouver entre Belges lors d’une rencontre par nature internationale. Mais il ne faut pas être naïf: les Néerlandais et les Français le pratiquaient depuis longtemps."

La fondue au fromage s’est révélée un coup dans le mille. "Les grands patrons belges qui vivent et travaillent depuis longtemps à l’étranger, comme le président de Nestlé, Paul Bulcke, et le CEO de Heineken, Jean-François Van Boxmeer, font tout pour y participer et parfois même annulent d’autres rendez-vous. Cette soirée s’est forgée une telle réputation que même des Français y participent. À ce moment-là, vous pouvez vous dire que l’objectif est atteint."

C’est précisément parce qu’il n’est pas évident de se retrouver à Davos, que même les petites rencontres valent de l’or, explique Olivier Van Horenbeeck. "Tout le monde va droit au but. Il y a peu de mots creux. Une petite discussion avec un Belge au cours de ces rencontres informelles est souvent plus intéressante qu’une longue réunion formelle dans notre pays."

Mythique Bilderberg

Ce même principe s’applique aux rencontres informelles dans le cadre de la très fermée conférence Bilderberg, explique la parlementaire flamande Yasmine Kherbache (sp.a). Elle a fait partie il y a deux ans de la délégation belge, avec le Premier ministre Charles Michel (MR) et Thomas Leysen (président de KBC, Umicore et Mediahuis) lors de la conférence mythique, qui a lieu en alternance en Europe et aux États-Unis.

La conférence doit son nom à l’hôtel "Bilderberg", où s’est tenue la première rencontre en 1954 aux Pays-Bas, dans la ville d’Oosterbeek. Depuis lors, ce club restreint de près de 130 leaders mondiaux, CEO et politiciens, mais aussi universitaires et représentants de la société civile, se rencontre chaque année dans le giron de la conférence sur les défis mondiaux.

"La conférence Bilderberg est beaucoup plus petite que celle de Davos, mais supérieure sur le plan du contenu, explique Yasmine Kherbache, qui a participé à un des sommets suisses lorsqu’elle était chef de cabinet de Di Rupo. Au Bilderberg, personne ne parle au nom de son organisation ou de son entreprise. Les règles de Chatham House (les participants à une réunion peuvent utiliser les informations collectées mais ne peuvent révéler l’identité des personnes à l’origine des informations, ndlr), et le fait qu’il n’y ait aucun protocole facilitent les discussions informelles."

"Pendant les repas, vous allez vous asseoir où bon vous semble. Si les anciens voient que vous êtes nouveau, ils entament une discussion pour vous mettre à l’aise. Les Belges n’ont pas cette habitude, mais j’essaie d’instaurer cette culture ici aussi. Être généreux dans ses interactions, sortir de sa zone de confort."

Au cours de sa participation au Bilderberg à Dresden, Yasmine Kherbache a eu la chance de s’asseoir pendant trois jours à côté du célèbre politicien américain Henry Kissinger. "Un homme fascinant, avec des montagnes de connaissances en géopolitique. Même si nous ne partagions pas toujours la même vision, nous avons développé beaucoup de respect mutuel. Quelques mois plus tard, il m’a envoyé une lettre manuscrite où il me disait que je serais toujours la bienvenue à New York. Je l’y ai rencontré la veille des élections américaines. Sa vision des élections était très enrichissante."

Yasmine Kherbache – dont le réseau couvre l’Europe, l’Amérique, l’Asie et l’Afrique du nord – s’intéresse entre autres à la politique en matière de sécurité et au marché de l’emploi. Lorsque nous l’avons eue au téléphone, elle venait de rentrer de Singapour où elle participait à la réunion annuelle de la prestigieuse Commission Trilatérale, un réseau non gouvernemental créé en 1973 à l’initiative de David Rockefeller.

"J’y étais avec des politiciens, entrepreneurs, universitaires et représentants de la société civile asiatiques, américains et européens. Nous avons discuté pendant une semaine de thèmes comme la menace terroriste, mais aussi de l’impact de l’intelligence artificielle sur l’économie et la démocratie. L’objectif de la Commission Trilatérale est de favoriser la collaboration politique et économique entre l’Europe, l’Asie et l’Amérique."

"Ces rencontres sont très enrichissantes, parce que vous pouvez avoir des discussions de haut niveau. En général, vos interlocuteurs apprécient quand vous avez un avis différent. En comparaison, les débats au Parlement flamand semblent très superficiels et se limitent à des platitudes."

Cartes de vœux

Ceux qui souhaitent se construire un vaste réseau ne doivent pas se limiter à un échange de cartes de visite lors de conférences comme Davos ou le Bilderberg, estime Herman Daems. "Un réseau ne se construit pas en une fois. Vous devez y investir toute votre vie. Au fil des années, vous devrez parfois pouvoir compter sur des personnes que vous avez rencontrées cinq, dix, voire même vingt ans plus tôt."

Les rencontres sont de très haut niveau. En comparaison, les débats au parlement flamand semblent très superficiels et se limitent à des platitudes.
Yasmine Kherbache
Membre du Parlement flamand

C’est pourquoi Herman Daems envoie chaque année une carte de vœux manuscrite à chaque personne de son réseau. "Je leur demande toujours ce qui les occupe en ce moment. Souvent, je reçois une réponse. Parfois, cela conduit à de nouvelles rencontres."

Même son de cloche chez Olivier Van Horenbeeck. "Par exemple, lorsque je me rends à Londres – où j’ai habité et travaillé plusieurs années – pour une réunion, j’essaie toujours de rencontrer une personne de mon réseau. Idem quand je participe à des missions internationales à Dubaï ou à New York. Vous devez entretenir votre réseau de manière systématique, et pas seulement au moment où vous avez besoin de l’autre."

"Par exemple, j’ai suivi en août dernier une formation en ‘public affairs’à Stanford, avec une trentaine de participants venus d’Europe, d’Amérique (du sud) et d’Asie. Un des participants péruviens était par hasard aussi un des ‘young global leaders’à Davos. Je l’ai revu là-bas pour maintenir le contact. Les réseaux sont une route à deux voies, il faut des échanges intéressants et mutuellement inspirants. Si cela vient d’un seul côté, cela ne durera pas."

Contemporains

Herman Daems conseille surtout de créer un réseau avec des gens de son âge. "Parce que vous évoluerez dans votre carrière en même temps qu’eux. Si vous pouvez rassembler un groupe de personnes de qualité dès le début de votre carrière, vous serez statistiquement certain de faire partie d’un réseau de haut niveau."

"J’ai reçu le même conseil, approuve Olivier Van Horenbeeck. Vous créez un lien de confiance si vous apprenez à connaître très tôt des politiciens, des journalistes ou des entrepreneurs. Ces entrepreneurs vous respecteront davantage que si vous cherchez à les contacter après qu’ils aient réussi leur carrière. Sinon, ils auront tendance à se méfier."

De son côté, la politicienne Yasmine Kherbache défend l’intérêt de se construire un réseau diversifié. "J’accorde beaucoup d’importance aux discussions avec des personnes qui ne partagent pas la même opinion. Aujourd’hui, à cause des réseaux sociaux, nous avons de plus en plus tendance à nous retrouver dans des groupes qui partagent les mêmes convictions. C’est à éviter absolument. J’aime autant discuter avec des personnes de tous bords dans un café à Anvers qu’avec de hautes personnalités lors des conférences internationales."

Le "réseauteur" intelligent essaiera d’exclure un minimum de personnes, conclut Herman Daems. "Il faut rester ouvert. C’est pourquoi j’ai toujours essayé de rencontrer ceux qui m’écrivaient ou me téléphonaient, si cela me semblait intéressant. Si je peux encore donner un conseil: évitez de vous mettre quelqu’un à dos. Car il est toujours possible que vous rencontriez cette personne à d’autres occasions. Votre carrière est un film qui est sans cesse rembobiné, et qui met en scène les mêmes acteurs."

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