Le centre de Charleroi, c'est tout moi !

<span style="font-family: 'Trebuchet MS',Arial,Helvetica,sans-serif; font-weight: normal; font-size:12px;"><strong style="color: #0095DA;">Clara Jates</strong><br/> Etudiante en 2ième master d'économie, faculté de Sciences économiques (ESL) - Université Catholique de Louvain</span>

" Sortez de votre coquille. C’est maintenant ou jamais !" C’est décidé, je prends la plume après cette exhortation de Frederik Delaplace à oser donner son opinion. Je ne veux pas laisser passer la chance de parler de la région qui m’est chère.

Dans quelques mois, je serai officiellement économiste. Ça sonne bien, vous ne trouvez pas ? Chic et choc. Que puis-je faire de ce titre et des modèles assimilés pendant ces cinq années d’université ? Vais-je me limiter aux mots-clés froids et sans vie si souvent répétés : maximiser, optimiser ? A la fin de ma rhéto, j’ai choisi d’étudier l’économie car elle me semblait être une possibilité merveilleuse pour comprendre le monde et le changer. Une croyance certainement utopiste malgré le fait que l’économiste Riccardo Petrella reste pour moi un modèle du genre.

En septembre, je regagne ma région pour effectuer mon stage de fin d’études : Charleroi. Une mise en situation au centre de l’action, j’habite pour quelques mois au cœur de la ville basse. Fini l’époque de la bulle douce, intellectuelle et festive qu’est Louvain-la-Neuve. Je partage pour un temps mon appartement avec un vieil ouvrier polonais. Je prends le bus tous les matins. Je croise quotidiennement des SDF, des étrangers et des personnes étonnantes. Je suis au contact du monde, le vrai, le brut. J’arrive avec ma tête remplie de projets pour relancer cette ville basse plongée dans la léthargie avant le début et surtout l’aboutissement du projet Rive Gauche. Les évènements des premières semaines me démotivent rapidement : bris de vitre, feux aux poubelles la nuit précédant le ramassage mensuel des cartons et cette cohabitation culturelle et générationnelle pas simple à gérer. Pourtant, je retrouve rapidement ce désir de repeupler la ville basse de jeunes dynamiques car ces événements étaient uniques! Un soir, je décide de ne plus avoir peur en rentrant chez moi car l’insécurité, est une sensation que l’on se crée. Je ne vais pas chercher à me mettre en danger mais je vais simplement essayer de regarder les choses autrement.

Dernièrement, je me rends compte qu’un SDF passe ses nuits sous ma fenêtre. Cette situation m’indigne car presque l’ensemble du quartier est déserté, tous ces bâtiments sont disponibles. D’ailleurs, je loge dans un grand appartement alors que cet homme vit là, sous ma fenêtre, à même le sol.

Ce monde là, je ne l’ai trouvé dans aucun des modèles économiques enseignés. L’université nous apprend l’objectivité, à savoir prendre du recul. Ok, ça je suis capable de le faire. Cependant, j’aimerais trouver dans mes notes de cours, un petit chapitre sur comment réagir face à la misère qui hante mon quartier. Je rêverais de donner une vie même courte à l’ensemble de ses bâtiments vides, de ses magasins fermés, de tout cet espace mis en pause avant d’atteindre le quartier BCBG que les promoteurs nous promettent. Franchement, je me demande parfois comment ce quartier attirera à nouveau une population de classe moyenne si personne ne se sent concerné par la réduction de cette pauvreté et de ce sentiment d’insécurité. Je me demande également comment faire revenir la jeunesse carolo en ses murs avant qu’elle n’aille développer d’autres régions plus attrayantes. Lors de quelques discussions avec des amis, presque aucun n’avait le désir de venir vivre au cœur de la cité ou dans sa périphérie alors qu’ils n’hésiteraient pas à Bruxelles, Louvain-la-Neuve ou Namur. Comment donner le goût à tout un chacun si même l’autochtone ne désire pas au départ y vivre ?

Je me tourne alors vers ma casquette étudiante. Je suis une économiste et l’économiste trouve toujours une solution grâce à l’un de ses modèles. Malgré les critiques qui fusent sur notre profession par les erreurs de prospectives économiques, nous restons les devins de demain. Au départ, l’économiste travaille selon un modèle généraliste et met de côté un ensemble de détails pour simplifier son analyse. A partir de là, j’essaye de trouver une solution à proposer au département pour lequel je travaille. Si je suis les préceptes précédents, je dois fixer un modèle pur. Que fais-je alors de l’aspect social, humain ? Comment est-ce que je prends en compte le SDF sous ma fenêtre, les étrangers en situation irrégulière? Si je me base sur les projets actuels de développement économique, je mets cet aspect social entre parenthèses sous prétexte que dans quelques années ce quartier sera un des plus beaux et des plus vivants de Charleroi. Dans ce cas, je ne dois pas me soucier d’aujourd’hui vu que demain sera prospère. Que fait-on des prostituées qui s’y promenaient, des autochtones, des personnes démunies, de la petite délinquance ? Laisser les choses se faire d’elles-mêmes, je ne suis pas certaine que ce soit la bonne solution. Cette population se déplacera vers la périphérie ou vers le haut de la ville mais leur situation s’améliorera-t-elle ? Je suis sûre que l’image de Charleroi ne se trouvera que meilleure si nous arrêtons de cacher cette vie urbaine souterraine. Nous devons guérir les blessures sociales et économiques en profondeur. Il n’y a aucun projet de développement économique à long terme si nous ne ciblons qu’une partie de la ville. C’est certainement vendeur de rendre le bas attractif mais que fait-on du haut de la ville ? Ne pourrait-on pas mettre en veilleuse le projet de la place Albert 1er et la destruction des colonnades, qui est d’ailleurs fort critiqué par la population locale, pour mettre cet argent à une redynamisation de la rue neuve et même du quartier Nord ?

Une autre interpellation me vient à l’esprit. S’il y a un désir profond chez les autorités à relancer le commerce en centre ville, l’agrandissement du centre commercial Ville2 devient paradoxal. Sans oublier que, au-delà des projets de croissance, la population directement concernée est-elle prête à nourrir économiquement ces infrastructures ? Il ne faut pas creuser bien loin pour savoir que cette région est habitée par une population avec des revenus faibles. Vise-t-on alors la minorité du Sud de la ville qui vit bien ?  Je ne possède pas le remède miracle mais j’aimerais interpeller le lecteur sur ces paradoxes.

J’aimerais attirer l’attention sur ces espaces vides habitables qui pullulent dans les centres villes. La ville devient fantôme la nuit. Cette problématique de logement vide ne se limite pourtant pas à Charleroi.

Il me semble important de mettre en valeur tous les avantages de la vie en centre ville et surtout à Charleroi. Vous avez toutes les facilités à portée de la main : magasins, transports en commun pour vous déplacer de toutes les manières qu’il soit : bus, train, tram, taxi et même avion. Charleroi est une ville que chacun peut apprendre à aimer à travers sa diversité, son histoire et sa multiculturalité. Nous, les jeunes de la région, sommes les mieux placés pour faire revivre cette ville en ébullition. Les médias n’en parlent pas assez mais des milliers de projets voient le jour. Comme des petites fourmis, ils œuvrent dans l’ombre pour redonner vie à notre ville. Oui, il y a un avenir pour les jeunes au centre ville et la vie culturelle y est cosmopolite : Le Vecteur, Charleroi danse, PBA-Eden, le Coliseum, etc. sont autant de lieux culturels. Un peu à l’écart du centre vous trouverez par exemple le Rockrill, le musée de la photographie. Si une envie d’aventure vous prend, le Brussels South Charleroi Airport vous permettra de vous envoler vers l’ensemble de l’Europe. De plus, l’avenir de notre cité est en pleine expansion grâce aux différents projets tels que le projet Phénix, Couleurs Carolo et tant d’autres.

Alors OUI, soyons fiers de notre ville, de sa prospérité industrielle passée, de son essor culturel présent et de sa prospérité future. Et chers économistes, soyons des scientifiques de la redistribution des ressources pour le bien-être de tous et non pas pour le bénéfice d’une minorité. Restons surtout des passionnés mais des passionnés responsables. Pourquoi ne pas utiliser ces espaces commerciaux pour des activités culturelles, des soirées privées à thème, des ASBL qui aimeraient partager leurs projets dans des lieux facilement accessibles.

En clair, mettre en place une utilisation efficace et rentable de ces espaces durant la période des travaux. En général, le propriétaire n’utilise pas sa surface commerciale car elle ne lui rapporte pas assez actuellement. Cependant, si son état le permet, ce même propriétaire pourrait rentabiliser son bien immobilier à travers cet ensemble de logements potentiels. Par un principe simple, les louer à un prix en dessous du marché rapporte plus que de ne rien faire et permettrait d’engranger les bénéfices nécessaires à leur modernisation lorsque la Rive Gauche aura retrouvé tout son cachet. Une segmentation des prix peut être un moyen pour y arriver. Cette période soldée serait l’occasion pour les futurs locataires de tester les lieux et d’y prendre goût.

De même, la ville pourrait y trouver une source de revenus en incitant les propriétaires à louer ou à rénover leur bien sous peine d’astreintes supplémentaires s’ils ne répondent pas aux conditions. Ces taxes pourraient dès lors renflouer les caisses de la ville pour développer de nouveaux logements sociaux. En ce qui concerne les bâtiments vétustes, il est important de réagir rapidement pour ne pas aggraver la situation. Cette réhabilitation des lieux est une des manières pour lutter contre l’insécurité et la petite délinquance en rendant le quartier vivant même de nuit. Un centre ville fantôme n’attire personne et nourrit l’existence des bandes, de la délinquance. Les petits trafics peuvent de la sorte se dérouler en toute discrétion et donc en toute impunité.  Nous pouvons nous inspirer du livre Freakonomics de Steven Levitt pour trouver des solutions originales et quitter les doctrines d’économie pure.

Dans notre cas, nous pourrions donc mettre en place d’une part des mesures purement économiques sous forme de taxes et d’autre part intégrer activement la vie associative. De cette manière, le projet allierait le développement économique et le développement socioculturel. De sorte que cette mise en valeur du parc immobilier et du patrimoine architectural serait une mise en bouche du potentiel de ce quartier. Il ne faut pas sous estimer son effet tremplin pour la réussite de l’ensemble des projets de reconversion du quartier.

Si malheureusement ces projets ne peuvent pas prendre corps, pourquoi de pas utiliser les différentes vitrines disponibles pour mettre en valeur plus visiblement les projets futurs du quartier, sensibiliser les citoyens aux objectifs de la ville. De plus, nous rentrons bientôt dans une période de campagne électorale et nous pourrions établir des forfaits pour utiliser ces vitrines pour la promotion des différents partis.

Nous sommes en présence d’un espace polyvalent source de revenus qui est sous-exploité pour le moment.  Il est important de ne pas laisser en veille ce quartier proche de la gare SNCB, de la gare des Bus ainsi que du centre commerçant. N’oublions pas que le futur commence aujourd’hui.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect