Bonus et Israël à l'AG de Dexia

Alors qu’on s’attendait à une assemblée sous haute tension suite à la politique des bonus du management, c’est d’abord la filiale de Dexia en Israël qui a focalisé les critiques des actionnaires.

À l’assemblée générale de Dexia, hier, Pierre Mariani, le CEO de Dexia, a bien pris soin d’expliquer que le processus de cession de la filiale de Dexia en Israël avait été engagé, que Dexia avait reçu plusieurs offres et que des discussions avancées étaient en cours avec un des candidats. Cela n’a pas empêché plus de 25 actionnaires, souvent actifs dans des ONG, mais aussi des représentants de la Région bruxelloise, de la province du Hainaut ou de la FGTB, de se succéder au micro près de deux heures durant pour dénoncer le financement par Dexia Israël Bank des colonies en Palestine. "Ce n’est pas cohérent avec la politique de développement durable que vous prônez", reprochaient certains. "Allez-vous consacrer le produit de la vente au dédommagement des Palestiniens spoliés par les colonies israéliennes?" interrogeait un autre. "Dexia pourrait être poursuivie pour complicité de crime de guerre", affirmait un professeur de l’ULB.

Dexia Israël vendu avant l’été?

Le président de Dexia, Jean-Luc Dehaene, a répondu que l’équipe actuelle avait hérité de ces activités. "Suite aux critiques des actionnaires, il a été décidé de ne plus investir dans des projets non conformes à la politique que nous voulons mener. Et je pense que cette filiale sera vendue avant l’été. Mais je vais décevoir ceux qui s’attendent à une plus-value: à la prochaine assemblée, vous devrez acter une perte sur cette vente."

Les actionnaires ont été moins nombreux à intervenir sur la question des bonus du management, qui ont suscité de vives critiques ces dernières semaines. Ils étaient tout de même une dizaine, dont un syndicaliste s’exprimant au nom de la quasi-totalité des syndicats du groupe, et des représentants des trois Régions du pays, qui détiennent ensemble 5,7 % du capital de Dexia. Plus de 72 % du capital était représenté, mais les autres grands actionnaires ne sont pas intervenus.

"Étant donné les économies imposées au personnel et l’impact de ces bonus sur l’image de la banque, le CEO serait-il prêt à renoncer spontanément à une part significative de ces primes?" a réclamé un syndicaliste. Un autre a souligné que le package salarial de Pierre Mariani correspondait à 36 années de salaire d’un collaborateur moyen. Le porte-parole de la Région wallonne, lui, voulait un moratoire sur le paiement de toutes les primes tant que les actionnaires ne recevraient pas un dividende en cash, tandis que celui de la Région de Bruxelles-Capitale a demandé au management de Dexia "plus de modération salariale".

Jean-Luc Dehaene a répété les arguments de l’an dernier, rappelant qu’en 2008, la nouvelle direction avait quitté d’autres entreprises pour venir redresser la banque, et qu’elle devait être rémunérée pour le défi et les risques que cela impliquait. Il a souligné que le plan de restructuration de Dexia était en avance, que la politique salariale n’avait pas été adoptée à la légère, et qu’elle respectait strictement les directives européennes et belges. Il a ajouté qu’elle avait été adoptée par le conseil d’administration à l’unanimité, avec un "feedback des représentants des autorités publiques". Et Jean-Luc Dehaene a indiqué avoir pris contact non seulement avec le gouvernement flamand, mais aussi avec le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque Nationale, qui ont décidé d’en rester là. "Je remarque que les réactions sont seulement venues après la pluie à Amsterdam", a lâché le président de Dexia faisant, allusion à la polémique déclenchée aux Pays-Bas autour des bonus d’ING.

Les résolutions qui figuraient à l’agenda de cette double AG, ordinaire et extraordinaire, ont ensuite été votées au pas de charge, et ont toutes été adoptées avec plus de 90 % des voix représentées, en ce compris les dispositions qui vont permettre à Dexia d’augmenter son capital pour verser un dividende en actions.

Publicité
Publicité

Echo Connect