Dispute française, enjeu belge

Vus de Belgique, les soubresauts de la fusion programmée entre les groupes Suez et Gaz de France peuvent passer pour d'aimables querelles politiciennes franco-françaises, de celles dont nos voisins du sud sont si friands.

Ballottés entre la crainte d'un été social chaud - les blessures du contrat première embauche sont encore à vif - et le désir de soustraire le groupe Suez aux avances de l'Italien Enel, les députés du parti majoritaire à l'Assemblée nationale, l'UMP, sont en train de réveiller les vieux démons hexagonaux. Les Français ont en effet toujours autant de mal à accepter l'idée que leur gouvernement puisse perdre la haute main sur le secteur hautement stratégique de l'énergie, qui est aussi une véritable vache à lait pour un Etat.

La crainte officielle - que la privatisation rende impossible tout contrôle des prix - est en effet de pure forme. Dans les pays anglo-saxons ou en Belgique, les entreprises énergétiques ont été privatisées (chez nous, certaines ont même toujours été privées) et les Etats ont installé, parallèlement, un contrôle des prix permettant de veiller sur le bon fonctionnement du marché.

L'objectif initial de la libéralisation, faire baisser les prix, est en effet pure théorie. Le marché de l'énergie est particulièrement peu concurrentiel, notamment en France ou en Belgique où il est tout simplement impossible pour un nouvel entrant de se mesurer à l'électricité tirée du nucléaire, largement amortie et donc produite à un prix défiant toute concurrence. Que va-t-il donc advenir de la fusion Suez-Gaz de France, qui «faisait tellement de sens» en février et que certains jetteraient bien aux oubliettes quatre mois plus tard? Les deux groupes continuent à l'appeler de leurs voeux, pourtant. Mais en coulisse, on évoque qui un échange de participations, qui un accord à trois avec Enel, et pourquoi pas un maintien à 50% de l'Etat français dans le nouvel ensemble.

Il y a une chose que l'on oublie dans cette affaire, et cette fois Guy Verhofstadt a été très clair: c'est que l'enjeu premier de cet affrontement ne se situe absolument pas sur le territoire français. La cible d'Enel, c'est Electrabel, l'activité la plus rentable du groupe Suez, précisément grâce à la «rente nucléaire». Suez n'est pas d'un autre avis, lui qui a mis près de 20 ans à mettre la main sur 100% d'Electrabel. Notre Premier ministre n'a pas tout à fait tort de craindre qu'on lui fasse un enfant dans le dos.

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