Guerre et paix dans l'acier

Russophobie? A peine l'annonce de la paix des braves entre Arcelor et Mittal était-elle connue que des voix s'élevaient, à Moscou, pour regretter que l'accord avec Severstal ait fait les frais de l'opération et pour s'inquiéter des motivations réelles de cette volteface.

Ce n'est pourtant pas très compliqué à comprendre. Et la russophobie n'a pas grand-chose à voir là-dedans. Emporté, sans doute au-delà du raisonnable, dans un processus de résistance à Mittal, Arcelor a tout fait pour dénicher un éventuel chevalier blanc. Quand l'option Severstal s'est présentée, on n'en n'était plus vraiment au stade de la réflexion saine et posée à Luxembourg. Pour s'en convaincre, on se rappellera les erreurs de communication de l'opération, les règles imposées à l'assemblée générale au mépris du plus élémentaire droit des sociétés, et l'empressement à ne pas voir qu'en termes de corporate governance, Severstal, aux structures opaques et fort proches du Kremlin, n'en remontrait certainement pas à Mittal. La réaction de l'opinion publique fut aussi immédiate qu'unanime: quelle mouche avait piqué Arcelor pour rééditer ainsi la fable de la paille et de la poutrelle (d'acier, évidemment)?

Or, les marchés financiers ont une sainte horreur du risque, et l'immense Russie compte encore quelques inconnues... Autant, en tout cas, que les marchés émergents dont Mittal s'est fait une spécialité.

Mais russophobie ? On peine à le croire, à voir les courbettes que l'Europe occidentale tout entière continue à faire à Vladimir Poutine et à ses jeunes oligarques. Ainsi, la mission princière n'est pas peu fière de revenir en Belgique avec, en poche, une promesse d'accord entre le tout-puissant Gazprom et le gazier belge Fluxys, filiale de Suez. Gazprom, qui ne demande pas mieux que d'étendre son pouvoir - déjà immense, compte tenu de ses réserves gazières et des besoins énergétiques européens - vers l'ouest de l'Europe, se voit courtisé de toutes parts, Allemagne et Italie en tête.

Alors, russophobie, vous voulez rire ? Energétiquement parlant, ce n'est vraiment pas le moment de faire la fine bouche devant la première chapka venue.

Editorial par Martine Maelschalck, rédactrice en chef

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