Le refus du bon sens

À en croire les ministres Vandenbroucke et Arena, devenir bilingue à Bruxelles restera un parcours de combattant. Alors que de nombreux Bruxellois souhaitent offrir à leurs enfants un enseignement leur permettant de maîtriser tant la langue de Molière que celle de Vondel, les ministres ne peuvent répondre à cette demande.

(l'écho) Pour l'instant, la seule option pour les Bruxellois francophones, c'est la submersion: envoyer les enfants dans des écoles flamandes. Tous les Bruxellois n'y parviennent pas car la demande excède l'offre. Et bientôt, l'accès sera verrouillé. On comprend, en effet, qu'au nom de la qualité de l'enseignement, Frank Vandenbroucke veuille lier l'inscription en première primaire au suivi préalable d'une 3e maternelle en néerlandais. Mais s'il limite l'accès à l'enseignement flamand, pourquoi exclut-il Bruxelles de son premier projet pilote d'écoles d'immersion? Et surtout, pourquoi s'oppose-t-il à la création d'écoles bilingues à Bruxelles? Le ministre invoque une marche arrière institutionnelle et craint le "zérolinguisme". Ces raisons sont-elles fondées au point que l'on puisse priver toute une population d'un accès à un enseignement bilingue? La capitale n'a-t-elle pas droit à un régime particulier en la matière? Les Bruxellois ne devraient-ils pas avoir le droit de faire ce choix eux-mêmes? Ne serait-ce pas rendre service aux familles défavorisées qui redoutent la submersion? Regardons les faits: le chômage à Bruxelles grimpe jusqu'à 20%, notamment parce que 9 chômeurs sur 10 sont unilingues et le plus souvent sousqualifiés. Alors qu'à Bruxelles, les employeurs demandent des bilingues, même pour les plus petits métiers. La logique économique coule de source. Cela fait d'ailleurs huit ans que l'UE implore les États membres de stimuler le multilinguisme au nom du processus de Lisbonne. Certes, la Communauté française pourrait faire plus d'efforts en encourageant les pouvoirs organisateurs bruxellois à multiplier les écoles d'immersion et en renforçant l'apprentissage des langues. Notamment à travers les médias; car si les Flamands disposent d'un atout linguistique, c'est parce qu'ils accèdent aux médias en version originale dès l'enfance. Soyons honnêtes: les écoles unilingues ne produisent que rarement des bilingues, tant au nord qu'au sud du pays. Dès lors, pour quelle raison valable la Flandre pourrait-elle refuser l'enseignement bilingue à Bruxelles?

Par Magali Uytterhaeghe

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