Les rois du climat

Les dirigeants européens ne cachaient pas leur satisfaction vendredi. Imaginez, ils vont pouvoir désormais toiser leurs collègues des autres pays industrialisés en se targuant de s'être fixé les objectifs les plus ambitieux au monde en matière de lutte contre le réchauffement climatique.Ils pourront damer le pion aux Américains en leur rappelant à quel point leur retard en la matière les stigmatise.

Enfin, voilà pour la théorie. Car, concrètement, rien n'est fait. L'accord obtenu vendredi est politiquement important, certes. Depuis la naissance du projet européen, c'est la première fois que les pays de l'Union s'engagent sur une voie énergétique commune, même si l'on est encore loin d'une politique commune. Les pays européens ont toujours refusé de laisser la main à Bruxelles sur une question stratégiquement aussi sensible que leur approvisionnement en énergie. Aujourd'hui, la donne a changé et parler d'une même voix en matière de sécurité d'approvisionnement et de climat était devenu incontournable. Voilà qui est fait donc.

Mais dans les faits, le plus gros reste à faire. Les décisions prises vendredi ne s'inscrivent pas dans un cadre juridique clair. Aucun des traités ayant jalonné l'histoire de la construction européenne ne donne en effet de mandat à l'Union pour les matières énergétiques. Et c'est pour contourner cet obstacle que jusqu'à présent on a souvent oeuvré dans le domaine de l'énergie en passant par les réglementations en matière de marché intérieur et de concurrence. Mais cela ne pourra pas durer éternellement.

Puis, au-delà des belles promesses, il faut encore que chacun s'assoie à la table de la Commission pour négocier avec elle ses efforts dans le cadre de l'objectif global. Et c'est probablement là que l'on entendra le plus de grincements de dents. Une fois ce travail douloureux réalisé, les Européens pourront réellement se targuer d'être les "rois du climat".

Catherine Mommaerts

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