Méthode Coué

On accuse souvent les hommes politiques européens de pratiquer la méthode Coué lorsqu'il s'agit de cerner l'horizon conjoncturel. On peut les excuser...

On accuse souvent les hommes politiques européens de pratiquer la méthode Coué lorsqu'il s'agit de cerner l'horizon conjoncturel. "Tout va bien et tout ira bien l'an prochain ", entend-on en substance comme rengaine. On peut les excuser: en obscurcissant le tableau, ils prendraient le risque de freiner la consommation et d'obtenir de la sorte ce qu'ils redoutent précisément, un ralentissement substantiel de l'activité. Et puis, les faucons de la Banque centrale européenne sont là pour tenir le rôle de Cassandre. Ce rôle de Cassandre traditionnellement dévolu aux banquiers centraux, Ben Bernanke semble ne pas vouloir le tenir. Le successeur d'Alan Greenspan à la tête de la Réserve fédérale américaine pourrait même être accusé de pécher par excès d'optimisme, tant le diagnostic qu'il pose, ou a posé, en ce qui concerne la conjoncture outre- Atlantique paraît aujourd'hui en contradiction avec les faits. Hier encore, le communiqué diffusé à l'issue de la réunion du comité monétaire de la Fed évoque avec un certain optimisme la poursuite de la croissance à un rythme modéré dans les mois à venir et, surtout, une "poursuite de l'ajustement dans le secteur immobilier". Le 31 janvier dernier, à l'issue de la réunion précédente qui s'était également soldée par un statu quo, Bernanke et ses collègues évoquaient des "signes de stabilisation du secteur". Lorsque l'on sait qu'entretemps, une douzaine d'institutions financières offrant des crédits immobiliers dits "risqués " sont tombées au bord de la faillite, et que les autres semblent n'avoir à leur disposition que les hedge funds comme dernier recours pour leur refinancement (lire en page 15), on se dit tout de même que la situation mérite un traitement moins "langue de bois" de la part de la banque centrale US. Peut-être Bernanke a-t-il lui aussi opté pour la méthode Coué afin de prévenir tout atterrissage brutal de l'économie américaine. Ce faisant, il prendrait toutefois le risque de décrédibiliser son institution.

par Denis Laloy

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