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Un devoir de mémoire

Jean-Luc Dehaene le disait il y a longtemps déjà: "La Sabena, c'est comme le football; tout le monde a un avis sur la question. " Ce qui signifie en quelque sorte que cet avis n'est pas le plus éclairé. Et force est de constater qu'avec le temps, la mémoire s'estompe et que les esprits se figent.

En 2001, si la Sabena devait disparaître, c'eût été à cause des syndicats et des pilotes; quand elle a disparu, c'était parce que l'État ne l'a "jamais supportée" et ne l'a jamais capitalisée comme il convenait; puis ce furent des erreurs de gestion, dont la fameuse commande massive d'Airbus, avalisée par des administrateurs "incompétents ". Enfin - et c'est sans doute ce qui reste aujourd'hui -, c'était "la faute des Suisses", malgré toutes les pertes du passé. Ceci montre que le dossier a toujours été complexe, ce qu'a révélé au passage la commission parlementaire qui avait été créée en 2002. Maintenant, on commence à glisser vers une autre forme de vindicte, celle à l'encontre des "patrons". Les Suisses, d'abord, qui au procès qui s'est ouvert lundi près de Zurich ont l' "arrogance " de ne pas s'auto-flageller; les membres du conseil de direction de la Sabena, ensuite. Lesquels, déjà avant l'arrivée de Swissair, se sont constitué de petits pactoles au Luxembourg, via les Bermudes, juste le petit montage exotique qu'il faut pour prouver qu'il y avait quelque chose à cacher et, en premier, au fisc, c'est-à-dire à nous les contribuables. Qu'un bon gestionnaire soit bien payé pour favoriser l'emploi et l'économie du pays n'a rien de répréhensible; qu'il fraude est condamnable et il est normal que justice se fasse. Mais il ne faudrait pas que l'opinion des Belges dans le dossier de la faillite de la Sabena se sclérose une fois de plus sur quelques points précis. Et qu'une fois de plus certains responsables prennent avantage d'un poujadisme ambiant pour faire oublier qu'eux aussi étaient des acteurs dans un dossier de faillite. Pour progresser dans l'éthique industrielle, un devoir de mémoire est indispensable. Patrick Anspach

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