Du bordel à la maison de retraite, la possible reconversion des prostituées

Le soin aux personnes âgées, "une évolution logique" pour une prostituée désireuse de quitter le bordel? C'est en tout cas ce que pense Gisela Zohren, ancienne "domina" devenue l'une des coordonnatrices d'un projet original de reconversion des professionnelles du sexe en Allemagne.

(afp) "Pour prendre soin des personnes âgées, il faut être doué avec les gens, savoir comment se comporter avec des corps nus, être attentif aux besoins des clients - c'est une étape logique" pour une prostituée, estime Mme Zohren, 57 ans dont 20 d'expérience comme prostituée.A ses côtés dans un local de la "Mission Minuit", un centre d'aide aux prostituées de Dortmund (ouest), Melanie, 34 ans, raconte son histoire autour d'un café et de petits gâteaux.Les yeux bleus fatigués de cette jeune mère de deux enfants, qui a travaillé sept ans comme prostituée, s'éclairent lorsqu'elle parle de ses nouveaux "clients": "Trois vieux messieurs que nous allons voir à domicile pour faire leur toilette et les habiller. Ils font preuve d'un respect très différent de ce que j'ai connu. Et cette fois, je suis payée mais c'est moi qui leur dit quoi faire", plaisante-telle."Mon patron est très content, il veut me garder", assure-t-elle.Melanie est l'une des 74 bénéficiaires du programme ProFridA.Ce projet, financé pour 1,1 million d'euros par les autorités locales et le Fonds social européenne, a été lancé dans l'Etat régional industriel de Rhénanie du Nord-Westphalie, le plus peuplé d'Allemagne. Il vise à aider des prostituées ou des victimes de violences en les réorientant professionnellement.Si Melanie s'attendrit en parlant de son nouveau travail, sa voix se durcit au contraire quand elle évoque le métier de prostituée, et surtout l'arrivée massive de "concurrentes" venues de l'Est après les élargissements successifs de l'Union européenne.

Pour autant, la reconversion n'est pas chose facile: "les femmes sont accompagnées, conseillées et dirigées constamment", lorsqu'elles prennent part au programme ProFridA, assure Rita Kuehn, coordinatrice en chef et membre de l'organisation protestante Diakonie Westphalie.Selon elle, cet accompagnement de chaque instant, qui s'applique aussi aux bénéficiaires victimes de mauvais traitements, a permis d'obtenir un taux d'abandon nul.Le programme ProFridA, qui dure environ dix mois, n'exige pas des prostituées qu'elles abandonnent leur profession: "C'est un élément très important", juge Renate Noebe, de l'association Madonna, basée dans le quartier rouge de Bochum (ouest).La prochaine édition de ce projet doit démarrer en janvier 2008, à condition toutefois que les financements de l'Europe et du Land soient reconduits.

Photo belga

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