Eric Tazé-Bernard, Directeur de la multigestion INVESCO Asset Management

L'économie mondiale : inflation ou ralentissement de la croissance économique?

Les deux ! En tout cas à court terme. En revanche, à l'horizon de la fin 2006, le ralentissement de l'économie américaine devrait être indiscutable, sous l'effet du resserrement passé de la politique monétaire, notamment sur le secteur immobilier particulièrement sensible aux taux, et de la hausse des prix des matières premières. Ceci devrait entraîner un ralentissement de l'économie mondiale, d'autant que les autorités chinoises ont affiché leur volonté de freiner la croissance de leur économie. La poussée inflationniste actuelle devrait donc rester très circonscrite. La progression très modérée des salaires, même aux Etats-Unis malgré une croissance très dynamique depuis 3 ans, constitue pour nous un élément très rassurant dans ce domaine.

L'euro: au-dessus ou en-dessous de 1,30 dollar pour 1 euro?

Nous ne souscrivons pas à la thèse largement répandue d'un affaiblissement inexorable du dollar. La devise américaine devrait rester soutenue par de très bonnes performances économiques, notamment en matière de gains de productivité et de capacité d'innovation, et par un afflux de capitaux attirés par le potentiel de l'économie et des marchés financiers américains. En termes plus conjoncturels, le ralentissement de l'activité devrait conduire à une amélioration des comptes extérieurs. Si en outre le dollar doit s'ajuster, ce n'est pas contre l'Euro, déjà surévalué, mais contre les devises asiatiques dont nous anticipons une appréciation au cours des prochaines années. Nous prévoyons donc un dollar/Euro toujours au-dessous de 1,30 à la fin 2006.

Le CAC 40: Vers les 4.000 ou les 5.000 points ?

Plutôt vers les 5000. Les bourses européennes sont soutenues par des fondamentaux favorables : forte amélioration de la rentabilité des entreprises, faible niveau des taux d'intérêt, et risque limité de voir les taux longs rebondir alors que la croissance intérieure est modeste et que l'appétit des institutionnels européens pour les titres obligataires demeure vif. Enfin, les facteurs positifs que constituent la multiplication des opérations de fusions et d'acquisitions et les flux de souscriptions de la part des investisseurs privés, sont toujours au rendez-vous. La phase de consolidation pourrait encore durer quelques mois, puis laisser finalement place à un redressement lorsque les craintes actuelles des investisseurs se seront dissipées.

L'or: vers les 500 ou vers les 750 dollars l'once?

L'or se situe vraisemblablement sur une tendance haussière de long terme, en raison de la vigueur de la demande des nouvelles économies émergentes pour les matières premières en général. Des craintes récurrentes d'inflation, et des tensions politiques, pourraient également pousser les cours à la hausse. Toutefois, la progression des cours a été tellement vive en peu de temps, que nous ne serions pas surpris d'assister à une consolidation de plusieurs mois, voire d'un an ou deux. Les cours pourraient ainsi refluer vers les 500 $/once en ligne avec le ralentissement de l'économie mondiale et la stabilisation des politiques monétaires.

Le Pétrole: vers 50 ou 90 USD/le baril?

De la même façon, les prévisions d'une inévitable envolée des cours de l'or noir me semblent exagérées. Conjoncturellement, l'assagissement de l'économie américaine, et, espérons-le, une certaine stabilisation de la situation politique en Irak, devraient peser sur les cours. Structurellement également, la phase de prix élevés du pétrole que nous connaissons depuis maintenant deux ans a entraîné la mise en ?uvre de politiques d'économies d'énergie et le développement d'énergies de substitution, dont on devrait commencer à observer les effets sur le marché dès l'année 2007. Nous croyons donc plutôt à l'hypothèse de 50 que de 90$/baril.

Les taux à 10 ans : plus haut ou plus bas?

On peut s'attendre à de nouvelles tensions sur les taux d'intérêt à long terme au cours des prochains mois, suite à la poursuite attendue du resserrement des politiques monétaires de la part de toutes les grandes banques centrales. La hausse des taux courts devrait se répercuter sur la partie longue des courbes, à moins d'envisager un scénario de récession auquel nous ne croyons pas : les retournements conjoncturels brutaux sont généralement dus à des excès d'investissement et d'endettement du secteur privé, que nous n'avons pas connus cette fois-ci. Les taux longs pourraient donc se tendre encore d'ici à la fin de l'année, vers un niveau proche de 4,5% dans la zone Euro, avant de refluer en 2007.

La stratégie d'investissement à adopter: défensive ou dynamique?

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