France/présidentielle: les jeunes, cible de poids et courtisée

Décidés à voter en masse à la prochaine présidentielle française malgré leur rejet de la classe politique, les jeunes sont devenus une cible électorale particulièrement importante et courtisée.Traditionnellement, l'abstention est plus forte chez les jeunes que dans la moyenne de la population française.

(afp) Mais, selon un récent un sondage, 81% des 18-35 ans se disent certains d'aller voter le 22 avril, au premier tour, alors qu'ils n'étaient que 63% il y a cinq ans. En outre, les jeunes se sont inscrits nombreux sur les listes électorales, constituant le principal contingent des 3,3 millions d'électeurs supplémentaires par rapport à 2002 (sur 44,5 millions). Cette mobilisation peut surprendre quand les quatre cinquièmes des 18-25 ans disent avoir une piètre image des responsables politiques, que 9 jeunes sur 10 jugent "sourds" à leurs préoccupations (sondage Ipsos de décembre 2006).

Selon les politologues, le "traumatisme" du 21 avril 2002, où le leader d'extrême droite Jean-Marie Le Pen était arrivé en seconde position derrière Jacques Chirac, éliminant le socialiste Lionel Jospin, explique en partie l'intérêt de la jeunesse pour la prochaine élection. Les manifestations monstres de l'an dernier, qui ont obligé le gouvernement de Dominique de Villepin à reculer sur le projet de Contrat de Première Embauche (CPE) réservé aux jeunes, l'ont aussi convaincue de son poids politique. La crise sans précédent des banlieues de l'automne 2005 a en outre suscité des inscriptions record dans les zones à forte population d'origine immigrée, encouragées par des figures emblématiques comme le comédien Jamel Debbouze.

Comme leurs aînés, les jeunes Français veulent que soit traité en priorité le dossier de l'emploi dans un pays où le chômage touche 20% des moins de 25 ans sur le marché du travail. Viennent ensuite la précarité et le pouvoir d'achat, puis les questions de logement et d'éducation, devant l'environnement. Les candidats ne s'y sont pas trompés, en ciblant sur les jeunes certaines de leurs propositions: prêts à taux zéro, allocations spécifiques (de formation, "d'autonomie", etc.) ou avantages particuliers en matière de santé. "Au-delà de l'enjeu électoral direct, il y une symbolique forte: si vous êtes du côté de la jeunesse, vous êtes du côté du mouvement", souligne Jérôme Fourquet, de l'institut Ifop. S'adressant le mois dernier à plusieurs milliers de jeunes réunis à Paris, Nicolas Sarkozy (UMP, droite) les a appelés à voir "la France en grand".

Il leur a promis un "grand plan Marshall de la formation de tous les jeunes de nos quartiers, pour qu'aucun ne soit laissé de côté". Jusque-là plutôt mieux placée auprès des jeunes que M. Sarkozy, selon les sondages, la socialiste Ségolène Royal vient de semer le trouble en proposant un Contrat première chance (CPC), dont le nom fait étrangement penser au CPE de M. de Villepin. Ce dispositif "anti-chômage" prévoit la prise en charge, pendant un an, par les régions, "de la totalité des salaires et des charges" d'un jeune embauché dans une entreprise artisanale ou dans un commerce.

Suscitant de nouvelles accusations de "flottements", Mme Royal a dû multiplier les mises au point pour calmer critiques venues de sa gauche et railleries de la droite. L'électorat jeune, hétérogène, est très volatil et très sensible à la conjoncture, rappellent de leur côté les politologues. Selon une enquête d'OpinionWay, les penchants politiques des 18-29 ans diffèrent selon qu'ils travaillent (plus enclins à voter Sarkozy) ou étudient (alors plus favorables à Royal).

Mais, chez eux comme dans le reste de la population, "le jeu est ouvert", assure Bruno Jeanbart, directeur des études politiques d'OpinionWay.

Photo Belga

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