Frank Lierman, Economiste en chef Dexia

L'économie mondiale : inflation ou ralentissement de la croissance économique?

Sans vouloir minimaliser l'inflation, le niveau actuel est encore toujours relativement bas. Nous ne prévoyons pas de flambée, mais un repli graduel au cours des prochains mois. L'effet déflatoire de la globalisation compense pour une grande partie les prix élevés du pétrole et des matières premières. 2006 sera la meilleure année économique depuis 2000 pour la zone euro et depuis 1976 pour le monde, sans surchauffe. Le ralentissement en douceur attendu pour 2007 diminue aussi la pression sur les prix. Le taux d'intérêt à long terme européen qui fluctue aux alentours de 4 % depuis 2 mois reflète le danger inflatoire limité.

L'euro: au-dessus ou en-dessous de 1,30 dollar pour 1 euro?

L'euro fluctuera entre 1,20 et 1,25 USD au cours des prochains mois. Un euro à 1,30 USD ou plus facilite le combat inflatoire pour la BCE mais est un danger réel pour l'économie européenne, vulnérable. L'USD continue de profiter d'un différentiel attrayant de taux à court et à long terme et d'une dynamique plus grande de l'économie américaine. L'USD ne souffre pas du déficit public du fait que celui-ci est comparable à celui de la zone euro. Le déficit énorme du compte courant des Etats-Unis est financé sans problèmes par les excédents des pays asiatiques et de l'OPEP. Nous nous attendons à une diminution progressive des déséquilibres sans à-coups . Une appréciation des devises asiatiques s'impose par rapport à l'USD. L'euro est déjà suffisamment cher.

Le BEL20: vers les 3.000 ou vers les 4.000 points?

La correction actuelle des bourses est saine après une montée quasi continue depuis mars 2003. Le profil de risques des actions est rétabli. Comme nous ne croyons ni à une flambée inflatoire, ni à la nécessité d'un durcissement monétaire important, ni à une hausse continue des taux obligataires, le Bel20 devrait regagner du terrain et évoluer vers les 3.800 points. Le marché n'est pas cher. Les bénéfices des entreprises restent attrayants et la situation financière de la plupart des entreprises s'est fortement améliorée. Le taux d'inflation a atteint un maximum. Les valeurs financières qui pèsent lourdement dans le Bel20 seront moins menacées si la hausse des taux reste maîtrisée.

L'or: vers les 500 ou vers les 750 dollars l'once?

Le prix de l'or, baromètre de l'inflation par excellence selon certains analystes, a perdu plus de 20 % depuis le début de la correction boursière. Vu notre anticipation de l'inflation, nous nous attendons à un repli continu du prix de l'or.

Le pétrole: vers 50 ou 90 USD/le baril?

Le prix du pétrole contenait une prime de spéculation de 10 à 15 USD quand le sommet à été atteint, il y a quelques semaines. La baisse récente est une correction partielle qui se poursuivra vu la détente de la conjoncture attendue pour 2007. L'offre de pétrole est en ligne avec la demande. Les réserves stratégiques aux Etats-Unis sont plus que satisfaisantes. La conviction qu'un prix de pétrole trop élevé pourrait provoquer un ralentissement conjoncturel important commence à dominer les débats. Un prix entre 55 et 60 USD est un objectif réaliste. Mais ce niveau est six fois plus élevé que celui de fin 1998. Des pompages de pétrole plus difficiles deviendront rentables et des sources d'énergie alternatives acquerront un niveau de marché plus élevé.

Les taux à 10 ans : plus haut ou plus bas?

Le taux des obligations d'Etat a connu une hausse accélérée en mars et avril, mais se consolide depuis lors aux alentours de 4 % dans la zone euro. Au cours des prochains mois, nous nous attendons à un taux des obligations d'Etat qui fluctuera entre 3,90 et 4,10 %. La crainte d'un manque de liquidités est actuellement moins prononcée. Les déficits publics des Etats-Unis et des pays européens sont encore toujours financés sans problèmes par des excédents élevés de l'Asie et de l'OPEP. L'inflation n'augmentera plus, mais le repli prévu se déroulera plus lentement. Les investisseurs institutionnels sont encore des acheteurs nets d'obligations à long terme dans le cadre du rééchelonnement de leur portefeuille suite aux dispositions de l'IFRS.

La stratégie d'investissement à adopter: défensive ou dynamique?

Dans un portefeuille type medium, les actions sont toujours surpondérées au détriment des obligations et de l'immobilier. Répartition: actions 52 %, 45 % obligations et 3 % immobilier. Parmi les actions, les européennes sont préférées aux américaines. Les actions de croissance reçoivent un poids modéré (3 %) dans un portefeuille medium. Même si les marchés de croissance ont subi un repli important, nous maintenons notre attitude positive à long terme. L'investisseur dynamique peut éventuellement utiliser la correction afin de reconstituer une position. En ce qui concerne les secteurs, nous avons une préférence pour les secteurs défensifs, par exemple la pharmacie. Ce secteur possède plusieurs atouts: le vieillissement de la population, plusieurs possibilités de fusions, un rendement de dividende attrayant et beaucoup de nouvelles découvertes en vue. Enfin, les actions sont des investissements à long terme et leur pourcentage dans les portefeuilles dépend du profil de risque des investisseurs.

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