Jean-Marie Caucheteux, ING

L'économie mondiale : inflation ou ralentissement de la croissance économique?

Je sais qu'il est de plus en plus fréquent d'opposer inflation à croissance économique. C'est en grande partie vrai, mais pas aussi simple que cela. Pensons au Japon dont le retour à un peu d'inflation est un signe de regain de santé économique, ou à l'inverse au spectre de déflation qui nous a hantés il n'y a pas si longtemps. Contentons-nous donc de retenir que l'inflation gagne à être canalisée dans les limites que sont la déflation et la stagflation, et ce à un rythme pas trop contrasté. Pour revenir au sens premier de la question, on ne touche aujourd'hui à aucune de limites que je viens d'évoquer et nous n'anticipons pas qu'il en sera ainsi à l'horizon de 6 à 12 mois. L'inflation est souvent en retard par rapport à la conjoncture économique, et le ralentissement à venir (principalement aux Etats-Unis au second semestre mais à partir d'un haut niveau) pourra nous donner l'impression d'un regain d'inflation qui entre en conflit avec la croissance économique, alors que nous ne serons qu'au milieu du gué. En clair, c'est au moment où on pourrait avoir l'impression que l'inflation revit que les facteurs qui l'alimentent s'essouffleront. Ceci dit, la perception négative qui pourrait en découler pourrait avoir un impact négatif sur les bourses mais il devrait être limité car touchant peut-être plus les valeurs dont le cours est moins déterminé par des acteurs professionnels (soit les petites et moyennes capitalisations). Rappelons-nous la bonne prestation des bourses en 1995, une année de " soft landing ".

L'euro: au-dessus ou en-dessous de 1,30 dollar pour 1 euro?

Cela fait déjà tellement longtemps qu'il est question de l'affaiblissement tendanciel de l'USD par rapport à l'euro qu'on en viendrait à oublier cette lame de fond. C'est sans compter sur la disparition graduelle de ses facteurs de soutien tels que la réduction graduelle du différentiel d'intérêt, qui pèsera sur le financement de ce déficit, ou encore la fin des incitants à l'embauche. Je m'attends à un USD quelque peu supérieur à 1.30 pour 1 euro d'ici la fin de l'année.

Le BEL20: vers les 3.000 ou vers les 4.000 points?

A l'horizon de 6 à 12 mois, je m'attends à un niveau proche de 4000 points mais guère plus grâce au potentiel d'appréciation tangible des banques ( la correction des marchés les a plus particulièrement marquées ) et d'autres quelques grands représentants de l'indice ( Solvay, Suez, Umicore par exemple ) qui sans être les valeurs défensives par excellence en présentent néanmoins de solides caractéristiques. Notons que si l'aversion au risque croissante ( il faut du temps pour réapprendre que le marché des actions s'associe à la prise de risque ) est un facteur favorisant les valeurs défensives ( bien représentées dans le marché belge ), les cours boursiers pourraient tendre vers une " juste " valeur inférieure à leur " vraie " valeur. Finalement, rappelons que le BEL20 ne présente plus les caractéristiques de moindre cherté et de rendement de dividende supérieur à ses pairs européens. Il est cependant proche de la moyenne pour un risque et une croissance quelque peu inférieur, soit à un niveau de valorisation relative devenu correct.

L'or: vers les 500 ou vers les 750 dollars l'once?

Je ne suis pas un spécialiste de l'or, et je tiens d'autant moins à être qualifié comme tel que les prévisions entourant ce sujet sont empreintes d'incertitudes. Celles-ci sont d'autant moins contrôlables qu'elles s'exercent au niveau mondial, et qu'elles concernent tant l'offre et la demande du bien physique que le substitut monétaire qu'il représente. Ainsi l'or a, ces dernières années, pu profiter d'une vigueur de la demande, d'une réduction des taux d'intérêt réels et d'une grande liquidité sur les marchés. Ces facteurs devraient devenir moins vigoureux dans le futur et avoir un impact d'autant plus fort que les cours de l'or ont fortement progressé. Ainsi la demande en provenance de la bijouterie semble s'essouffler, un facteur qui peut être mis en parallèle avec une diminution de la production dans certaines régions du monde. Par contraste, la faiblesse du USD par rapport à l'euro et le regain du risque lié aux placements boursiers sont des facteurs de soutien pour l'or. S'il faut donc se lancer à faire une estimation, je penche vers une stabilisation autour des cours actuels, soit un niveau plus proche de 500 que de 750 dollars l'once.

Le pétrole: vers 50 ou 90 USD/le baril?

Il est bien connu que l'environnement économique qui sous-tend l'évolution des prix du pétrole est plus que pour d'autres secteurs dicté par des facteurs géopolitiques. Aujourd'hui, c'est l'Iran qui tient la corde raide. En partant de l'hypothèse que les relations avec l'Iran ne se détérioreront pas à l'horizon imparti et que d'autres facteurs d'ordre géopolitique ne verront pas le jour, le ralentissement conjoncturel à venir aux Etats-Unis devrait permettre une baisse des prix du pétrole. C'est d'autant plus vrai que les stocks sont revenus à un meilleur niveau. Ceci étant dit, il est difficile d'imaginer une forte baisse, tel que le niveau de 50 USD le sous-entend.

Les taux à 10 ans : plus haut ou plus bas?

L'évolution des taux à long terme va de pair avec les attentes d'environnement conjoncturel qui comme il fut dit plus avant, montrent plutôt un ralentissement en particulier aux Etats-Unis au second semestre, voire en Europe plus tard. En sus, l'aversion croissante au risque amène à anticiper une baisse des taux longs, à l'encontre des taux courts, d'ici la fin de l'année. Nous tablons sur 4.4% aux Etats-Unis et 3.7% pour le Bund, même si dans l'entre-temps ces deux taux pourraient s'afficher à la hausse.

La stratégie d'investissement à adopter: défensive ou dynamique?

Nous avons pour l'instant une position balancée puisque 50% de notre allocation d'actifs est consacrée aux actions. La réduction de la liquidité globale, les risques de ralentissement économique et l'aversion au risque qui l'accompagne se sont traduits par une correction boursière. Comme nous ne nous attendons pas à un revirement flagrant de ces facteurs négatifs au cours de l'été, la valorisation attractive des actions n'est pas un argument jugé suffisant pour justifier une pondération action aujourd'hui plus forte.

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