Publicité

L'abbé Pierre est décédé

L'abbé Pierre, figure emblématique de la lutte contre la pauvreté et longtemps personnalité préférée des Français, est décédé lundi à l'âge de 94 ans, suscitant une vive émotion dans le pays et de très nombreux hommages.

(afp) Fondateur des compagnons d'Emmaüs, une communauté de soutien aux plus pauvres qui a essaimé dans une quarantaine de pays, l'abbé Pierre est mort lundi à l'aube à l'hôpital parisien du Val de Grâce entouré de quelques proches, a annoncé à l'AFP le président d'Emmaüs France, Martin Hirsch.

L'infection pulmonaire, pour laquelle il avait été hospitalisé le 14 janvier, "l'a finalement emporté", a-t-il précisé.Parmi les premiers hommages qui ont immédiatement afflué, le président français Jacques Chirac a salué la mémoire l'abbé Pierre, se disant "bouleversé"."C'est toute la France qui est touchée au coeur", a-t-il résumé, en faisant part d'"un immense respect et une profonde affection".L'abbé Pierre "nous a montré la voie de la générosité individuelle et collective", "il manquera à tous les Français", a renchéri le Premier ministre Dominique de Villepin.

Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman, a salué de son côté un "homme de Dieu" qui a consacré sa vie "à la défense des humbles et des droits des plus pauvres à vivre dignement". Drapée dans sa soutane ou un long manteau noir, portant béret, canne et godillots, sa silhouette était connue de tous les Français. L'abbé Pierre, de son nom Henri Grouès, ancien résistant et ex-député, avait fondé après la seconde guerre mondiale la communauté d'Emmaüs. En février 1954, il lança un appel resté célèbre sur les ondes de Radio-Luxembourg en faveur des sans-abri."Mes amis, au secours! Une femme vient de mourir gelée cette nuit à 3 heures": c'est ainsi que commençait cet appel devenu le symbole de son combat pour le droit au logement.

Un combat qu'il n'avait cessé de mener tout au long de son existence, "révolté" que des gens puissent être contraints de dormir dans la rue dans un pays aussi riche que la France.Quarante ans plus tard, sur les mêmes ondes de RTL, c'est un vieil homme à la barbe blanche, mais le regard toujours aussi vif, qui demandait une fois de plus aux Français de "se réveiller" et de "faire la guerre contre la misère".Il s'en prenait cette fois directement aux municipalités : "vous les élus, il est temps d'agir pour que tout le monde ait un logement (...) La France doit bâtir, elle en a les moyens". Il avait longtemps été classé comme la personnalité préférée des Français, succédant au commandant Cousteau avant de céder la palme au footballeur Zinedine Zidane.

Arrivé dix-sept fois en tête entre 1989 et 2003 de ce sondage annuel réalisé par Le Journal du Dimanche, le fondateur d'Emmaüs avait demandé en 2004 de ne plus figurer dans le panel, souhaitant que "des plus jeunes occupent cette première place".

"Maintenant je suis vieux et fatigué, j'arrive au bout de la route et je dis à tous ceux qui me placent là-haut : c'est à vous d'être formidables, moi j'ai fini".Le religieux n'a pas toujours été tendre envers ceux qui l'idolâtraient, et notamment à l'égard des politiques: "c'est souvent leur façon inconsciente de se dérober à leur véritable devoir".Sa popularité avait à peine faibli en 1996, lors de l'un de ses rares faux pas, lorsqu'il avait apporté un soutien public à son ami Roger Garaudy, un ancien intellectuel communiste poursuivi en justice pour des écrits négationnistes.

Photo Belga

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés