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L'Europe traîne les pieds pour aller se battre en Afghanistan

Le commandement militaire de l'Otan a réclamé, jeudi à Séville (sud), aux alliés, plus de troupes et de matériel pour l'Afghanistan afin d'écraser les talibans, mais il s'est heurté au scepticisme de plusieurs pays européens quant au bien fondé de ces demandes.

(afp) Le nouveau commandant en chef allié en Europe, le général Bantz Craddock, a demandé aux 26 pays membres d'envoyer deux bataillons de plus avec les moyens opérationnels correspondants, soit 2.000 hommes, ont indiqué à l'AFP des sources diplomatiques à l'Otan.

L'officier américain a expliqué aux ministres de la Défense réunis à Séville jusqu'à vendredi qu'il souhaiterait "disposer de plus de troupes à la frontière avec le Pakistan, ainsi que dans le sud et l'est" de l'Afghanistan.

La ministre française Michèle Alliot-Marie a cependant appelé l'Alliance à débattre des objectifs et savoir ce qui justifie le renforcement des moyens militaires, selon son entourage.

Deux jours avant la réunion ministérielle, les Alliés ont reçu un courrier du général Craddock demandant des hélicoptères, des forces spéciales et des avions d'attaque supplémentaires.

Face à la multiplication des attaques des talibans en 2006, les effectifs de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) sous commandement Otan ont déjà été portés à 35.000 hommes et devraient passer à 37.000 dans quelques mois.

La Pologne a commencé à acheminer un millier d'hommes, qui devraient être opérationnels en avril. Parallèlement les Etats-Unis viennent d'annoncer des renforts supplémentaires de quelque 3.000 soldats.

Le Royaume-Uni, tout en retirant 500 militaires occupés à des tâches d'état-major, doit envoyer dans le sud des troupes de combat fortes de 800 hommes d'ici à l'été, faisant passer son contingent à près de 6.000 hommes.

"Les alliés doivent se joindre au mouvement", a déclaré le secrétaire américain à la Défense Robert Gates à l'issue des travaux de jeudi.

Mais, outre la France, des participants ont émis des doutes sur le besoin d'augmenter les effectifs militaires de l'Otan.

Devant la presse, le ministre allemand Franz Josef Jung, a rappelé que dans les années 80 "les Russes ont engagé 100.000 hommes en Afghanistan et ils n'ont pas gagné".

Les pays les plus engagés dans les durs combats dans le sud afghan, comme le Royaume-Uni, le Canada, les Pays-Bas et le Danemark plaident pour un effort accru des pays chargés de zones plus calmes, comme l'Allemagne au nord, l'Italie à l'ouest ou la France à Kaboul.

Le ministre danois Soren Gade s'est fait leur interprète en déclarant qu'"il n'incombe pas seulement à quelques pays de fournir des soldats dans le sud".

Depuis le sommet de l'Otan à Riga, fin novembre, certains des pays visés ont promis d'intervenir en cas de situation grave pour les alliés dans les zones de combat, mais refusé d'aller plus loin.

Encore jeudi, le pays hôte, l'Espagne, a annoncé qu'il allait former des unités militaires afghanes et envoyer des drones pour appuyer les troupes de l'Otan, mais qu'il n'augmenterait pas son contingent actuel de 700 soldats.

L'Allemagne devrait confirmer l'envoi -sous réserve de l'approbation du Bundestag en mars- de six avions Tornado de reconnaissance, nécessitant 500 hommes de plus en soutien technique de l'opération.

La France, qui depuis des années a basé des chasseurs-bombardiers Mirage 2000 à Douchanbé (Tadjikistan) pour intervenir en Afghanistan, a annoncé à Riga l'envoi de deux hélicoptères Caracal et un "durcissement" de son dispositif, autrement dit davantage de troupes prêtes au combat mais "à effectifs constants". Elle doit aussi envoyer trois Rafale à Douchanbé et le groupe naval du Charles de Gaulle doit contribuer aux opérations en Afghanistan de la mi-mars à la mi-avril.

Photo Belga

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