L'heure de vérité

Les investisseurs vont enfin savoir dans quelle mesure les facteurs qui pèsent sur les marchés (soft landing US, crise immobilière, fragilité du dollar, inflation…) vont affecter la rentabilité des entreprises. Car comme à chaque fois que les marchés d'actions redoutent le hors-jeu, ce sont les entreprises qui sont appelées à jouer les arbitres.

La saison des résultats des entreprises américaines a débuté hier soir. Comme d'habitude, le géant de l'aluminium Alcoa ouvrait le bal, en attendant le gros des troupes la semaine prochaine. L'optimisme n'est pas de mise. Pour la première fois depuis 2003, c'est-à-dire pour la première fois depuis 14 trimestres consécutifs (!), la croissance des bénéfices des entreprises devrait être inférieure à deux chiffres. À l'automne dernier, les analystes prévoyaient encore une progression des profits voisine de 10%. Depuis lors, ils ont nettement revu à la baisse leurs estimations. Aujourd'hui, le consensus s'établit à un peu moins de... 4% pour le premier trimestre et à 6,5% pour l'ensemble de 2007. On est loin des 8,7% anticipés début de l'année et des 11,7% du trimestre précédent. Pour encore plomber un peu plus l'atmosphère, AMD, le fabricant de microprocesseurs, vient d'émettre un profit warning. Paradoxalement, malgré la récente correction, le retour de la volatilité et l'angoisse schizophrénique d'une possible récession aux États-Unis, les performances boursières sont plutôt de bonne facture depuis le début de l'année. C'est que, depuis des mois, les analystes nous prédisent le pire. Depuis des mois, ce même consensus prépare les marchés à une déception sur les bénéfices. Depuis des mois, ils sont contredits dans les faits. Si bien qu'aujourd'hui, les attentes sont tellement basses qu'il sera forcément plus facile de publier des résultats supérieurs aux attentes. Au jeu idiot du "fais-moi peur", ce seront alors plutôt les prévisions bénéficiaires que livreront les entreprises qu'il faudra scruter.

Serge Vandaele

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