L'uranium du Congo, objet de convoitises et de polémiques depuis 1939

L'uranium de République démocratique du Congo (RDC), qui a servi à la fabrication de la première bombe atomique, est resté un enjeu pour les puissances qui craignent de voir le précieux minerai tomber entre les mains de groupes mafieux ou terroristes.

(belga/afp) - Depuis les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington, les Etats-Unis sont particulièrement attentifs à la situation en RDC, qui sort de deux guerres successives (1996-1997, 1998-2003) et n'est pas en mesure de contrôler ses 9.000 km de frontières avec neuf Etats. Officiellement, la seule mine d'uranium du pays, à Shinkolobwe (Katanga, sud-est), est fermée depuis 1960. Mais le site est régulièrement investi par des "creuseurs" artisanaux, attirés par la riche teneur des minerais de la zone uranifère: or, cobalt, cuivre. La flambée des cours mondiaux du cuivre et du cobalt au début des années 2000 a réveillé les appétits de négociants essentiellement chinois, coréens, indiens, qui achètent à bas prix des sacs d'hétérogénite (minerais mélangés) à des intermédiaires locaux et qu'ils exportent ensuite pour raffinage. Les experts du secteur minier estiment que plus de 90% des exportations minières échappent au contrôle douanier en RDC, malgré certains efforts récents, comme la saisie d'une centaine de camions surchargés de minerais qui s'apprêtaient la semaine dernière à quitter le pays pour la Zambie au poste-frontière de Kasumbalesa, par le gouveneur du Katanga, Moïse Katumbi. Régulièrement, le Congo est accusé de vendre ou d'être incapable de contrôler l'évasion de son uranium naturellement enrichi. La seule livraison connue d'uranium à une puissance étrangère a été celle de quelque 1.200 tonnes, vendues en 1943 aux Etats-Unis par la Belgique, puissance coloniale au Congo, et qui ont servi à la fabrication de la bombe atomique larguée en 1945 sur Hiroshima.

Dernier épisode de cette saga, la brève arrestation en mars de deux responsables du Centre régional d'études nucléaires de Kinshasa (Cern-K) - qui abrite un réacteur nucléaire - dans le cadre d'une enquête sur un projet d'exploitation d'uranium avec la société britannique Brinkley Mining. "L'enquête se poursuit", a indiqué à l'AFP un magistrat, qui a précisé que la loi congolaise ne permettait, en l'absence d'un décret présidentiel attendu depuis 2002, aucune exploitation ou vente d'uranium. Les autorités ont par ailleurs démenti le vol de barres d'uranium au Cren, récemment visité par l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA), qui surveille attentivement l'état de son réacteur. "Le seul vol de barres d'uranium, deux barres, remonte aux années 1970. Tous les stocks (moins d'une centaine de barres) sont là", a déclaré le ministre de la Recherche scientifique, Sylvanus Mushi. Une des deux barres disparues avait été retrouvée en 1998 aux mains de la mafia italienne. Mais les rumeurs et suspicions de vente illicite n'ont pas cessé.

En décembre 2000, deux Congolais proches de l'ex-dictateur zaïrois Mobutu ont été assassinés dans la banlieue de Lyon, en France. Trois ans plus tard, le quotidien 'Le Progrès de Lyon' révélait qu'un proche des victimes avait affirmé que les deux hommes avaient vendu en mars 2000 à Hambourg (Allemagne) deux barres d'uranium à un émissaire du groupe terroriste Al-Qaïda. L'argent de la vente aurait dû servir à financer un coup d'Etat en RDC, selon ce témoin. Enfin en août 2006, le journal britannique 'Sunday Times' a fait état de la saisie en Tanzanie, en octobre 2005, d'une cargaison d'uranium 238 provenant de RDC et à destination de l'Iran. La nouvelle avait été démentie par les autorités congolaises et iraniennes, mais l'AIEA aurait ouvert une enquête sur ce dossier, selon un ancien ministre congolais.

"Il y a beaucoup de rumeurs et d'inquiétudes, a indiqué à l'AFP un diplomate à Kinshasa. Mais pour le moment, les Américains qui suivent attentivement le dossier de l'uranium n'ont pris aucune mesure particulière, notamment concernant une protection renforcée du site de Shinkolobwe". Une dizaine de spécialistes de l'AIEA a effectué en 2004 une mission d'évaluation de cette mine.

Photo Belga

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés