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La peine de mort vacille aux USA, mais n'est pas encore abolie

Les exécutions sont suspendues dans une dizaine d'Etats américains et les condamnations à mort sont au plus bas dans tout le pays, mais la peine capitale garde le soutien de deux-tiers des Américains. Au mois de janvier, neuf condamnés devaient être exécutés dans le pays. Leur sort résume l'état du débat: quatre sont morts, dont trois au Texas (sud), et cinq ont obtenu un sursis, chacun pour une raison différente illustrant les nouveaux obstacles placés sur le chemin des bourreaux.

(afp) Dans l'Indiana (nord), un condamné souffrant de délires schizophrènes a obtenu un sursis parce qu'une décision de la Cour suprême interdit d'exécuter ceux qui ne comprennent pas ce qui leur arrive. Le nouveau gouverneur démocrate de l'Ohio (nord), Ted Strickland, ancien psychologue de prison et opposé à la peine de mort, a accordé deux mois de plus à un autre condamné, afin de pouvoir étudier son dossier. Au Texas, un condamné a obtenu de présenter de nouvelles expertises susceptibles de prouver son innocence, et un autre a lui aussi gagné un sursis le temps que la Cour suprême se prononce sur une affaire similaire à la sienne, portant sur les instructions données aux jurés lors du procès. Et en Caroline du Nord (sud-est), un cinquième condamné a bénéficié du débat sur l'injection mortelle, à l'origine de la suspension des exécutions dans une dizaine d'Etats. Dans le même temps, une commission indépendante a recommandé l'abolition de la peine capitale dans le New Jersey (est), qui ne compte que 9 des quelque 3.300 condamnés à mort du pays, estimant qu'elle était "incompatible avec l'évolution des normes de la décence".

"Il se passe beaucoup de choses ici, et tout cela prouve foncièrement que notre expérience nationale de la peine de mort a échoué", estime David Elliot, porte-parole de la Coalition nationale pour abolir la peine de mort, qui place beaucoup d'espoirs dans la polémique sur l'injection mortelle. Conçue pour infliger une mort rapide, indolore et sans effusion de sang, l'injection mortelle consiste en l'administration de trois produits: le premier endort, le deuxième paralyse et le dernier arrête le coeur.

Mais si le premier est mal administré, les deux suivants sont très douloureux. En Californie, un juge fédéral a dénoncé en décembre la désinvolture des services pénitentiaires de l'Etat, et interdit toute exécution avant d'avoir reçu l'assurance que la méthode serait appliquée de manière conforme à la Constitution, qui interdit les traitements "cruels et inhabituels". En Floride, une commission a été chargée d'une mission similaire, après l'interminable agonie d'un condamné en décembre: Angel Diaz a grimacé et cherché son souffle pendant 34 minutes parce que les aiguilles étaient trop enfoncées et que les poisons ont été injectés dans ses muscles.

"Cela va être difficile pour eux de réparer la procédure sans un médecin dans la salle d'exécution", assure M. Elliot, alors que les associations professionnelles médicales affirment de plus en plus clairement leur refus de prendre part aux exécutions. En 2006, les Etats-Unis ont exécuté 53 condamnés, dont 24 au Texas, un plus bas depuis 10 ans. Surtout, les tribunaux du pays ont prononcé 114 condamnations à mort, selon le centre d'information sur la peine de mort, un plus bas depuis le rétablissement de la peine capitale en 1976. Les nombreux exemples d'erreurs judiciaires dans les années 1990 ont rendu les jurés hésitants, et la plupart des Etats permettent désormais la perpétuité réelle, une alternative plus consensuelle.

Photo Belga

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