LECTURE: First Ladies ou l'idéal féminin américain (Editions Racine)

Candidate aux prochaines présidentielles américaines, la sénatrice Hillary Clinton (notre photo) incarne le stade ultime de l'évolution de ces femmes de présidents américains qui ont tenté (et bien souvent réussi) de laisser une empreinte durable dans l'histoire en n'étant pas uniquement l'épouse fidèle et silencieuse.

(l'écho) Il est désormais bien terminé le temps où l'épouse du chef de l'Etat se bornait à accompagner son mari pour illustrer l'image rassurante de la stabilité et incarner le modèle idéal. Rédigé par Régine Torrent, "First Ladies" retrace le parcours et le destin de onze femmes de présidents américains. D'Eleanor Roosevelt à Hillary Clinton en passant par Mamie Eisenhower, la fidèle épouse courageuse restée aux Etats-Unis pendant que son général de mari commandait les forces alliées face aux hordes nazies.

Point de Laura Bush dans la galerie de portraits. Non pas par choix délibéré mais plutôt par absence de recul nécessaire, puisque le président est toujours en fonction jusqu'en 2008. Il sera d'ailleurs amusant de lire après ce mandat présidentiel les biographies qui sortiront alors. Voir comment l'ex-bibliothécaire a su gérer personnellement les deux mandats difficiles aux côtés de son mari tant décrié.

Utilisée pour la première fois en juillet 1849 lors des obsèques de Dolley madison, la femme du président James Madison (en fonction de 1809 à 1817), la dénomination de First Lady est restée dans l'histoire pour désigner les épouses des présidents américains. Un rôle sans statut, sans contrat, non rémunéré et initialement dédié au rôle d'hôtesse à la Maison Blanche.

Le récit de Régine Torrent montre que la réalité était bien différente, chaque First Lady ayant essayé de laisser une empreinte durable et d'incarner le mieux possible l'idéal féminin américain.

A l'instar de Jackie Kennedy, la première dame née au XXe siècle à être devenue une véritable icône, magicienne de l'image pour camoufler les trucages d'une présidence tourmentée; première femme de président à avoir été reçue en audience par le pape, à poser en maillot sur la plage ou surprise nue par les paparazzi. Formant avec Jack Kennedy l'exemple type du couple jeune et dynamique, à cent lieues des précédents présidents américains vieux jeu, Jackie a laissé l'empreinte d'une femme dynamique, rayonnante, cultivée et à l'origine de nombreux projets de restauration de la Maison Blanche. Ambassadrice de charme pour des Etats-Unis encore insouciants, Jackie charmait les hotes du couple présidentiel. A commencer par le général de Gaulle qui, à chaque vite des Kennedy à Paris, prenait plaisir à parader en sa compagnie.

Plus proche de nous, Hillary Clinton symbolise l'évolution ultime du rôle de femme de président en collectionnant les "premières": première Fist Lady élue au Sénat puis réélue, première avocate élue dans l'Etat de New York. Son apport à l'amélioration des femmes, du statut des enfants et de la recherche médicale lui a permis de passer du stade de faire-valoir à celui de président en second avec comme leitmotiv, une volonté de faire bouger les choses. "Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est pratiquer la politique comme l'art de rendre possible ce qui paraît impossible" déclarait-elle lors de son discours d'introduction à l'université de Yale.

Jackie, Hillary et les autres First Ladies racontées dans le volume peuvent toutes être fières d'avoir fait mentir les propos misogynes de Richelieu qui affirmait en son temps que "l'intelligence est chose peu séante chez une femme".

Et si les méandres de la politique conduisent Hillary Clinton aux portes de la présidence américaine en 2008, encore une première dans l'histoire, faudra-t-il parler de William "Bill" Clinton comme du premier First gentleman?

Philippe Degouy

First Ladies. Par Régine Torrent. Editions Racine. 320 pages

Photo Belga

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