LECTURE: Putain de guerre ou le récit d'un déserteur (Editions Albin Michel)

"Je n'aurais jamais cru que j'allais perdre mon pays ni imaginé qu'il m'abandonnerait". Ainsi commence le récit poignant d'un déserteur américain devenu fugitif malgré lui.

(l'écho) Parmi l'abondante littérature qui a déjà été publiée sur le conflit en Irak, bien peu d'ouvrages donnent la parole aux témoins directs, aux "acteurs" de la tragédie. Notamment ces jeunes soldats mal préparés au choc psychologique avec la culture orientale, et envoyés sur le front, sans guère de préparation.

"Putain de guerre", qui ironie du sort est également le titre d'un pamphlet sorti lors de la guerre du Vietnam, retrace l'expérience vécue par un simple soldat, Joshua Key. Le premier G.I. à publier sa vie sur le terrain irakien et surtout sa désertion, passible du peloton d'exécution en temps de guerre.

Quand on a grandi dans la pauvreté au sein d'un bled paumé, l'armée constitue souvent la seule issue pour bon nombre de jeunes pour quitter cet environnement miséreux. Mais quand on a la malchance, comme l'auteur, de s'engager avant le déclenchement d'une guerre, là, le cauchemar commence.

Dès le début de la guerre du Golfe II, Key débarque en Irak. Si les premières semaines se passent relativement bien, la suite se révélera autrement plus traumatisante avec son lot de pillages, de bavures et de comportements irrationnels générés par la peur ou le sentiment de vengeance à l'égard de copains de bataillon décédés. Une expérience de combat faite surtout de frustration face à un ennemi invisible, qui ne se bat pas à la régulière, exposant ainsi les civils innocents au feu.

Profitant d'une permission de 15 jours, Key organise sa fuite , avec femme et enfants, vers le Canada à l'instar des déserteurs de la guerre du Vietnam quelque 35 ans plus tôt. Sauf qu'en 2007, les autorités canadiennes se montrent bien moins conciliantes envers les déserteurs américains. Passible de la cour martiale aux Etats-Unis, Key doit endosser le rôle guère plus enviable de fugitif dans ce pays où il tente d'oublier la perte de sa famille, de son honneur et surtout de son pays pour lequel il s'était notamment engagé.

"Je n'ai pas encore trente ans (...). Sans ma femme, je n'aurais jamais pu endurer l'enfer qu'est la vie d'un fugitif. Se glisser d'un hôtel miteux à un autre, dans l'obscurité. Autour de moi, j'imaginais toujours qu'on lançait des grenades, j'entendais ricocher les balles contre le béton."

Un récit poignant, écrit sans concessions et qui offre à lire une vision nettement différente de celle présentée par les autorités militaires et les médias.

Philippe Degouy

Putain de guerre. Par Joshua Key, Lawrence Hill. Editions Albin Michel. 264 pages.

Photo belga

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