Les Belges gardent une pomme de terre dans le ventre

Les Belges mangent moins de pommes de terre que jadis. Ils comptent néanmoins toujours parmi les plus importants producteurs de ce tubercule en Europe, voire dans le monde. Comme pour la bière. ..

La pomme de terre. C'est un peu notre mine d'or à nous, en Belgique. Parcourez nos campagnes et vous observerez, si ce n'est déjà fait, que sa culture squatte d'infinies surperficies de terres. Il n'est dès lors pas étonnant que nous les Belges figurions parmi les plus importants producteurs de pommes de terre. Quelque 65.000 hectares - 60% en Flandre et 40% au sud du pays - lui sont dédiées chaque année, contre 75.000 ha aux Pays-Bas et 100.000 ha en France. Sachant qu'un hectare peut produire jusqu'à 50 tonnes de pommes de terre brutes, faites le compte...

Globalement, l'Europe des 25 aurait récolté autour de 60,5 millions de tonnes lors de la campagne 2005-2006.

En chiffres bruts, nous ne sommes donc pas les plus gros producteurs. En revanche, ramenés par habitant, ces chiffres font bien du Belge le roi de la pomme de terre. Et comme il est plus aisé de se nourrir de ce qui se cultive près de chez soi plutôt que de courir aux quatre coins du globe, on peut comprendre que l'on nous affuble dans les pays voisins du titre de champion de la frite. «Et encore, fait remarquer Pierre Lebrun, du Centre pilote pour l'agriculture de la pomme de terre basé à Gembloux, on a constaté ces dernières années une baisse de la consommation de ce tubercule au profit du riz ou des pâtes entre autres.» Actuellement, la baisse semble être enrayée. Chaque Belge consomme à peu près 95 kilos de pommes de terre. On ose à peine le croire. Le chiffre est pourtant correct. Il n'y a donc pas que la bière chez nous.

Et ne nous mettons pas à regarder dans l'assiette des voisins pour découvrir qui mange autant. Car ces chiffres comprennent bien évidemment la pomme de terre qui atterrit dans l'assiette, sous toutes ses formes. Donc aussi celle que vous savourez sous forme de purée, de frites ou... de chips.

Il n'y a pas que chez nous que la consommation a baissé. La tendance est générale sur le Vieux Continent. Le Français, pour ne citer que lui, qui en engloutissait encore 100 kilos en 1960, n'en consomme plus que 69 kilos selon l'institut national de la statistique, l' Insee.

Et à l'allure où les prix filent en ce moment, il faut craindre que la consommation ne subisse un nouveau recul dans les mois à venir.

Libre circulation en Europe

La Belgique a beau être un des principaux producteurs, elle n'aura que peu de prise sur l'évolution des prix.

«Le marché, explique Pierre Lebrun, est fort variable d'une année à l'autre pour la pomme de terre; parfois même au cours d'une saison, et cela beaucoup plus que pour d'autres produits. Il faut savoir que le prix de la pomme de terre n'est pas établi sur notre seule production. Alors que la pomme de terre circule librement dans l'Union européenne, c'est ce qu'on produit en Europe qui détermine l'offre, et donc le prix. Et chaque année, on est contraint de repartir à zéro, du fait que ce produit ne se conserve pas.» «Ce qui explique, dit encore Pierre Lebrun, que son prix varie parfois sensiblement. Lors de la campagne 2004-2005, il était de 30 euros la tonne. Et aujourd'hui, il approche la barre des 300 euros.» Soit, si l'on calcule bien, 0,30 euro le kilo.

Ce prix reste à des niveaux ridiculement bas par rapport à ceux que nous relevons dans la distribution (environ 1 euro le kg). Et il faut préciser que ces chiffres concernent exclusivement l'industrie de la transformation (surgelés, chips), et portent en outre sur une variété que l'on ne retrouve presque plus dans nos boutiques d'alimentation: la bintje.

Cette variété est la plus cultivée en Belgique, avec un taux de pénétration proche de 70%. Si on sait qu'elle est principalement «dévorée» pas l'industrie de la transformation, on devine que nos agriculteurs travaillent principalement pour elle. 70% de ce qu'ils produisent termine ainsi en frites industrielles ou autres produits. Et la grande majorité des produits transformés prend la route de l'exportation, en particulier vers la France, la Grande-Bretagne, l'Espagne et l'Italie. La distribution, la vente à la ferme ou encore aux collectivités, comme les hôpitaux n'absorbent pour leur part qu'à peine 30% de ce qui est cultivé chez nous.

Marc Collet

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés