Lutter contre Al-Qaïda sur le net passe par l'exploitation de ses faiblesses

Lutter contre le réseau terroriste Al-Qaïda sur le net passe par l'exploitation de ses points faibles et non par la fermeture de sites webs, selon des responsables et experts américains.

(afp) Affaibli militairement, Al-Qaïda résiste depuis des années grâce à l'internet, qui facilite non seulement la diffusion de l'idéologie extrémiste mais aussi le recrutement, la collecte d'argent, la formation des membres.Al-Qaïda "ne serait pas possible sans la facilité d'accès de l'internet et la capacité qu'il offre aux dirigeants d'Al-Qaïda de définir la façon de penser d'une jeunesse désenchantée", a estimé le lieutenant-colonel Joseph Felter, expert en terrorisme à l'Académie militaire de West Point, lors d'une audition jeudi devant la commission du Sénat sur la sécurité intérieure."Les forums de discussion sur l'internet complètent et remplacent les mosquées, les centres communautaires et les cafés comme lieux de recrutement et de radicalisation pour des groupes terroristes comme Al-Qaïda", a renchéri lors de cette audition Frank Cilluffo, de l'Université George Washington.

"Il n'y avait qu'une poignée de sites web terroristes en 2000, aujourd'hui il y en a des milliers, et chaque semaine de nouveaux apparaissent", a souligné pour sa part Michael Doran, sous-secrétaire adjoint américain à la Défense, dont les services cherchent à améliorer la lutte contre les campagnes de communication d'Al-Qaïda.Face à l'aisance des extrémistes islamistes sur le net, experts et responsables américains mettent toutefois en garde contre les méthodes expéditives."Les tentatives de fermer des sites web ont montré qu'elles étaient stériles. Une société ouverte dans l'ère de l'information offre des opportunités de guerre asymétrique qu'on ne peut pas faire disparaître, mais qu'on peut seulement contrecarrer", a affirmé le lieutenant-colonel Felter."Il n'est pas possible de capturer, tuer ou incarcérer des idées" qui circulent sur le net, a-t-il prévenu.Un avis partagé par Michael Doran : "Notre profond engagement envers une société libre et la nature même du web rendent virtuellement impossible la capacité à empêcher l'utilisation de l'internet par les terroristes".Selon le lieutenant-colonel Felter, il n'est pas possible d'empêcher la formation de liens entre extrémistes islamistes à travers le monde ni d'arrêter l'émergence de leurs idées.

En revanche, les Etats-Unis doivent améliorer la compréhension de l'usage de l'internet pour "surveiller et contrecarrer ceux qui rejoignent le mouvement jihadiste", a-t-il dit.D'après lui, il faut lire ce qu'écrivent les extrémistes islamistes sur le web et exploiter leurs faiblesses liées à cette utilisation de l'internet: "Une des façons les plus efficaces de nuire aux jihadistes est d'utiliser contre eux leurs propres écrits, discours et publications sur le web".Sur le net, "nous pouvons surveiller les réseaux et évaluer leurs capacités opérationnelles. Nous pouvons mener des opérations de sabotage en infiltrant leurs réseaux et inonder le web d'informations bidons.

Et nous pouvons anticiper leurs attaques en lisant leur littérature stratégique et suivre les tendances sur leur forums et groupes de discussion", a-t-il ajouté.Frank Cilluffo conseille d'augmenter le nombre d'agents du renseignement chargés de surveiller les sites webs extrémistes.Pour lui, il faut aussi offrir un message qui touche les gens séduits par le discours extrémiste. Ce message "doit offrir un +rêve+" et "ne pas être confondu avec les efforts pour améliorer l'image de l'Amérique", a-t-il estimé.

Selon lui, il faut faire appel à des musulmans pour faire passer ce message et si possible à d'anciens extrémistes islamistes ayant renoncé à suivre Al-Qaïda.

Photo belga

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