René Havaux, Administrateur délégué Banque Delen

L'économie mondiale : inflation ou ralentissement de la croissance économique?

Depuis quelques années, l'inflation est clairement orientée à la hausse, et ce, pour deux raisons : d'une part le prix des matières premières ne cesse d'augmenter et d'autre part, la politique monétaire extrêmement souple menée par les banques centrales dans les années 2001-2003 a fait affluer énormément de liquidités vers le système financier mondial. La crainte actuelle d'une résurgence de l'inflation nous paraît cependant exagérée. L'inflation de base demeure réduite, ce qui signifie concrètement que les entreprises ne parviennent pas à répercuter complètement la hausse des prix des matières premières sur leurs prix de vente. En outre, l'économie mondiale est influencée par un certain nombre de forces déflationnistes à caractère structurel, telles que la concurrence de la Chine et de l'Inde qui exerce une pression sur les salaires occidentaux, la productivité élevée, la mise en ?uvre de politiques monétaires agressives destinées à juguler l'inflation et la surcapacité de production encore bien présente dans de nombreux secteurs économiques. Dans un tel contexte, un ralentissement de la croissance économique nous paraît bien plus tangible que la hausse de l'inflation, surtout si les banques centrales continuent à resserrer les boulons monétaires.

L'euro: au-dessus ou en-dessous de 1,30 dollar pour 1 euro?

Ces dernières années, la politique monétaire attrayante de la Réserve fédérale fut tout bénéfice pour le billet vert. Tandis que cette dernière relevait ses taux directeurs à de multiples reprises, la BCE ne lui emboîtait quasiment jamais le pas. Depuis le début de l'année, nous avons cependant assisté à un renversement de tendance alors que les observateurs financiers commençaient à s'inquiéter du déficit croissant de la balance des comptes courants aux Etats-Unis. Il n'en fallut pas plus pour que le dollar ne reparte à la baisse. Tôt ou tard, les nombreux déséquilibres de l'économie américaine déboucheront sur un ralentissement considérable de la croissance ; cela fragilise donc énormément le dollar par rapport à l'euro. Nous prévoyons donc une parité eurodollar de 1,30 pour cette année et de 1,40 pour l'année prochaine.

Le BEL20: vers les 3.000 ou vers les 4.000 points?

Ces dernières années, la Bourse de Bruxelles fut sans conteste la championne des Bourses européennes. Cette performance, elle la doit principalement à sa sous-évaluation traditionnelle qui a complètement disparue. La prévisibilité du Bel-20 souffre actuellement d'un impondérable de taille : son indice est composé pour 60% de quatre valeurs seulement : Suez, Fortis, KBC et Dexia. Ainsi, une fusion, une reprise ou un avertissement imprévu sur les bénéfices dans le chef d'une de ces quatre sociétés peut avoir un effet exponentiel sur l'évolution de l'indice.

L'or: vers les 500 ou vers les 750 dollars l'once?

L'or est généralement considéré comme une protection contre l'inflation ou comme une valeur refuge lorsque les monnaies de référence se fragilisent. C'est pourquoi son prix a fort augmenté ces dernières années. Nous sommes cependant d'avis que cette tendance pourrait s'inverser en un rien de temps. L'inflation devrait demeurer plus limitée que ce que l'on pense généralement et la vulnérabilité du billet vert pourrait être combattue notamment par la réallocation partielle en devises asiatiques, ce qui devrait permettre de profiter de la croissance économique structurelle dans cette région du globe.

Le pétrole: vers 50 ou 90 USD/le baril?

Notre vision de l'évolution du prix des matières premières demeure orientée à la hausse. L'importante croissance économique de l'Asie a grand besoin de matières premières et soutiendra la demande. Par ailleurs, l'offre est fragilisée notamment par les incertitudes du climat géopolitique et par le manque d'investissements consentis par les compagnies pétrolières dans la dernière décennie. Certes, le secteur pétrolier y travaille, mais il faudra encore plusieurs années avant que les investissements d'aujourd'hui n'aient une influence sur l'offre. Le décalage entre l'offre et la demande de pétrole continuera dès lors à peser sur le prix du baril.

Les taux à 10 ans : plus haut ou plus bas?

Les taux d'intérêts sont largement déterminés par l'inflation, la croissance économique et la politique monétaire des banques centrales. Depuis plusieurs trimestres, ces différents facteurs ont généré une hausse des taux d'intérêts à 10 ans, tant en Europe qu'aux Etats-Unis. Par ailleurs, les obligations, généralement considérées comme trop chères par les investisseurs, ont été partiellement délaissées au profit du capital à risque. Cette situation ne devrait cependant pas perdurer. L'inflation et la croissance économique devraient connaître un certain ralentissement qui obligera les banques centrales à stopper net le cycle de hausse des taux, voire à inverser le mouvement. La tendance pluriannuelle des taux d'intérêts demeure par ailleurs orientée à la baisse.

La stratégie d'investissement à adopter: défensive ou dynamique?

Dès la mi-avril, dans le but de nous protéger d'une éventuelle correction des marchés, nous avons décidé de réduire de manière sensible la pondération des actions dans les portefeuilles d'investissement. En effet, il nous semblait que l'optimisme boursier de l'époque ne prêtait qu'une oreille trop distraite aux différents risques de marché. Les taux d'intérêts et le pétrole grimpaient plus que prévu alors que le dollar connaissait de nouveaux revers ; les déséquilibres de l'économie mondiale persistaient et les banques centrales risquaient de réagir de manière exacerbée. Tous cela ne cadrait pas avec de nouveaux records boursiers.

Deux mois plus tard, les Bourses ont enregistré un recul de 15%. Cela signifie que bon nombre des risques que nous avons énumérés sont aujourd'hui incorporés dans les cours de Bourse. Le moment semble donc être venu de repartir à la chasse aux bonnes affaires pour regonfler la part des actions dans les portefeuilles. Gardons cependant une prudence de Sioux ! Les Bourses ne cessent aujourd'hui de faire de véritables sauts de carpe et semblent se laisser entraîner par le sentiment du marché. Ne perdons pas non plus de vue que les risques de marché ne transparaissent qu'avec retardement dans les prévisions de croissance économique et des bénéfices des entreprises.

Nous continuons de préférer la région asiatique dont la puissance économique ira croissant. D'un point de vue sectoriel, notre prédilection va au secteur pétrolier - alors que les investisseurs tablent erronément sur une baisse du prix du brut - et au secteur financier où la crainte de l'inflation est pour le moins exagérée. Notre sélection de valeurs individuelles demeure basée sur des critères de sélection défensifs tels qu'une valorisation boursière et une politique de dividende attrayantes, un bilan solide et la création d'une importante valeur ajoutée pour l'actionnaire.

Enfin, nous restons convaincus que les Bourses demeureront encore très volatiles. Une stratégie de placement réfléchie, dans laquelle les règles que l'on s'est assignées sont rigoureusement respectées, nous paraît aujourd'hui indispensable pour être en mesure de présenter des rendements satisfaisants à l'avenir.

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