Stress, dépression, suicide au travail: les entreprises tardent à agir

Les risques "psycho-sociaux", stress ou dépression, qui conduisent parfois au suicide, sont insuffisamment pris en compte par les entreprises, ont estimé des professionnels de santé.

(afp) Les suicides de trois salariés du technocentre de Renault à Guyancourt (Yvelines) en quatre mois, ceux de quatre agents de la centrale EDF de Chinon en deux ans, ou encore plus récemment celui d'un ouvrier de PSA Peugeot-Citroën sur son lieu de travail à Mulhouse, ont mis sur le devant de la scène un phénomène qui existe depuis longtemps, souligne Dominique Chouanière, médecin épidémiologiste et chef du projet "stress au travail" à l'INRS (Institut national de Recherche et de Sécurité).

"Avant, les médias en parlaient moins, mais nous avions déjà ce type d'information, évoquant des cas de suicides répétitifs au sein d'entreprises", souligne-t-elle.

Le suicide d'un salarié, mais aussi l'absentéisme, un turn-over important, un mal-être ambiant, ou des cas de violences, sont pourtant des signaux d'alerte d'une situation de travail très dégradée, qui demande une réponse d'urgence, souligne la chef de projet de l'INRS.

Il doit aussi y avoir une réponse de prévention, avec dans l'entreprise de véritables engagements pour agir sur les sources du problème : organisation du travail, modes de relation, gestion des ressources humaines, explique-t-elle.

Selon l'OMS, la France est le troisième pays, derrière l'Ukraine et les Etats-Unis, où les dépressions liées au travail sont les plus nombreuses, souligne l'Union nationale des cliniques psychiatres privées (UNCPSY, 160 cliniques privées). Selon elle, "la prévention de la santé mentale au travail est encore balbutiante".

"On a de plus en plus de patients en état d'épuisement professionnel, qui viennent consulter tardivement, pour des raisons d'anxiété par rapport à leur travail, d'angoisse de perdre leur emploi", souligne Olivier Drevon, médecin psychiatre et vice-président de l'UNCPSY.

"Ils arrivent souvent après un passage à l'acte", qui peut être une tentative de suicide, ou un débordement du comportement, des violences, des conduites addictives (alcool, drogue, médicaments), explique-t-il.

Ces cas sont "en augmentation", souligne-t-il, et touche toutes les catégories : cadres, mais aussi caissières, ingénieurs, chauffeurs de bus...

A l'occasion de la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, samedi, le Bureau international du travail (BIT) à Genève a estimé dans un rapport publié vendredi que deux millions deux cent mille personnes meurent chaque année dans le monde de maladies ou d'accidents liés au travail.

Photo Belga

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