Surveiller Mona Lisa? "C'est loin d'être un travail reposant"

Garder la plus belle fille du monde n'est pas un job de tout repos: une partie des gardiens du musée du Louvre à Paris et de sa vedette Monna Lisa sont en grève pour obtenir une augmentation censée compenser le stress croissant de leur métier. "Le stress est clairement lié au nombre de visiteurs", explique un gardien, sous couvert de l'anonymat puisque ce fonctionnaire n'a en principe pas le droit de s'exprimer.

(afp) "Ce qui est pénible, c'est le brouhaha de la foule, surtout dans les salles les plus visitées, celles de la Joconde, la Vénus de Milo, ou Michel Ange. Et le pire, ce sont les dimanches gratuits: 65.000 visiteurs en un jour, c'est insupportable et peut-être même dangereux", souligne-t-il dans la Grande galerie qui mène à la salle de la Joconde. Dans le sanctuaire, la foule se presse autour des barrières de bois entourant le plus célèbre portrait du monde. Deux agents de sécurité sont postés près de cette barrière. "Dans ce pavillon du musée, Denon, les flash sont interdits mais permis dans les autres. Alors on passe la journée à expliquer que c'est interdit, et à la fin de la journée, on pète les plombs, parfois", explique une gardienne. D'autant que les visiteurs, frustrés de ne pas pouvoir mitrailler au flash l'implacable sourire, peuvent devenir agressifs, d'après elle. Sans compter les incidents parfois violents --même s'ils sont rares: "Un type a essayé de fracasser la vitre qui protège la Joconde avec un poteau et a agressé la gardienne qui essayait de l'en empêcher", raconte le gardien de la Grande galerie.

Mais tout n'est pas noir dans la vie des agents du Louvre.

"J'ai étudié aux Beaux Arts. Gardien ici, je suis fonctionnaire, c'est la sécurité de l'emploi. Et puis, on change souvent de district (regroupement de plusieurs salles, ndlr), ça donne le temps de découvrir les oeuvres", explique cet esthète. "Le bon côté, c'est aussi les contacts avec les gens, ils posent beaucoup de questions. Et ils sont rarement agressifs", assure-t-il. Les deux agents comprennent la grève, qui mobilise selon les syndicats un tiers des quelque 180 agents postés du Louvre. Certaines catégories ont en effet eu droit à une augmentation de prime, mais pas les agents postés dans les salles, faisant naître un sentiment d'injustice. "D'autant qu'il y a plus de stress dans les salles", soulignent-ils.

"Quand le nombre de visiteurs devient si important --il est passé de 7,5 millions en 2005 à 8,3 en 2006-- sans augmentation du nombre de gardiens, avec de plus en plus de salles ouvertes, l'accueil et la surveillance deviennent seulement une gestion de flux", déplore Christelle Guyader, du syndicat Sud Solidarités.

Les grévistes avaient semé ces jours derniers des affiches dans le musée pour rendre public leur mouvement: elles montraient une Monna Lisa baillonnée et proclamaient: "Mes gardiens sont en colère. Donnez leur ce qu'on leur doit! 150 euros", montant de la prime qu'ils réclament.

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