Assurance auto: à chaque compagnie son bonus malus...

Le bonus de l'assurance auto est officiellement mort depuis 2004 mais a resurgi sous de nombreuses autres formes. Depuis janvier 2004, le «bonus malus» a disparu. «Pas du tout», s'exclame Yvan, conducteur chevronné, «ma compagnie d'assurance utilise encore une échelle...»

Essayons de comprendre: le «bonus malus» a disparu mais il existe toujours, c'est bien ça? A priori, oui. Quand on gratte, on se rend compte que c'est le système belge du «bonus malus» appliqué à tous, toutes les compagnies et tous les assurés, qui a disparu. La Commission européenne a estimé qu'il constituait une entrave à la libre concurrence en ce sens qu'il rigidifiait les tarifs, qu'il les lissait. Depuis deux ans, c'est une autre forme de «bonus malus» qui est d'application, une échelle que les compagnies d'assurances ont en propre et qui constitue donc un élément de concurrence puisque chacune a, si l'on peut dire, «son truc à elle». Certaines octroient des réductions aux conducteurs qui n'ont pas d'accidents (en tort), d'autres n'appliquent pas de hausse de prime pour le premier, voire le deuxième accident (en tort) mais toutes ont un point commun: la célébration du conducteur paisible qui vit dans un coin paisible et qui donc ne provoque pas d'accidents.

Conducteur paisible? Coin paisible? Oui, parce qu'Yvan, 52 ans, qui vit à Houffalize, représente un risque nettement moins élevé que Kevin, 27 ans, qui vit à Liège. C'est une question de statistiques: il y a des Yvan qui représentent un danger public, mais ils sont minoritaires; et il y a des Kevin qui ne font pas d'accidents mais hélas ils ne sont pas majoritaires. Les chiffres ne mentent pas: la «segmentation» du marché, cette technique que les compagnies d'assurances pratiquent avec assiduité depuis une bonne décennie environ, fait remonter à la surface des constats qui n'ont rien à voir avec la prudence, la maturité ou la raison des conducteurs individuels, ce sont des relvés collectifs, voilà tout. Il y a effectivement plus d'accidents provoqués à Liège par de jeunes conducteurs qu'à Houffalize par des quinquas. C'est sur cette base que les compagnies d'assurances calculent leurs primes. Sur cette base viennent s'ajouter deux choses principales qui permettent de calculer la prime définitive: le comportement du conducteur, c'est-à-dire l'échelle que les compagnies pratiquent en remplacement de l'ancien «bonus malus», et le type de voiture que l'on assure.

On entend souvent dire: «moi, je vais chez mon courtier; ça ne sert à rien de changer de compagnie, elles pratiquent toutes le même tarif! » C'est faux évidemment, mais il y a du vrai là-dedans en ce sens qu'un courtier qui en est vraiment un, c'est-à-dire qui est indépendant, cherche sur le marché le contrat d'assurance qui offre le meilleur rapport qualité-prix pour son client. Pourquoi changer si le contrat que vous avez est celui qui vous convient? Par contre, il est faux de dire que toutes les compagnies pratiquent les mêmes tarifs.

Evidemment, si Yvan d'Houffalize, qui roule en Opel Astra modèle 1994, compare sa prime à celle de Pierre de Liège qui roule en Seat Ibiza, il y a une différence. Mais ce n'est pas le sujet: il faut comparer des choses comparables évidemment. Et là, on est étonné. Il n'est pas rare, cela dépend des régions, pour un conducteur moyen, la quarantaine disons, qui roule dans une voiture moyenne, Audi A4 ou BMW série 3 par exemple, que l'écart dépasse les 50%. Sur une prime annuelle, responsabilité civile et omnium, qui va chercher dans les 1.700 euros, cela peut faire une fameuse différence. Pour les conducteurs présentant davantage de risques, les jeunes par exemple (ou les plus âgés), la différence est moindre. Mais il n'est pas rare non plus que l'écart atteigne 20 ou 30%. Pour un conducteur de 25 ans, qui vient de terminer ses études et qui en est à son premier boulot, payer une prime annuelle de 1.500 ou de 2.000 euros (responsabilité civile plus omnium pour une Renault Clio), cela fait une différence, non?

Jean Blavier

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