Le bon de caisse? Un placement d'une autre époque...

Taux bas et suppression des titres au porteur mettent les bons au ban. Le Belge a longtemps dormi sur des oreillers rembourrés de bons de caisse. Aujourd'hui, la mode est passée. La faute aux taux d'intérêt et à la disparition programmée des titres au porteur.

Prenez un bout de papier, inscrivez-y une reconnaissance de dette de la part d'un banquier. Ajoutez-y une échéance, le taux du coupon annuel qui doit être payé et vous avez un bon de caisse. Ce n'est pas sorcier! Le problème, c'est que plus personne n'en veut. Le Belge, si friand de bons de caisse à l'époque où les taux d'intérêt étaient élevés, renâcle devant les tarifs actuels qui, au mieux, vont de 3,25 à 4 % selon la durée (1 à 5 ans). D'autant qu'il faut encore en retirer 15 % de précompte mobilier sur les intérêts perçus.

Disparition programmée

Un autre phénomène joue en défaveur du bon de caisse: la disparition programmée des titres au porteur. Or tout Belge qui se respecte avait autrefois dans son coffre des bons de caisse qu'il transmettait à ses enfants, ses neveux et nièces ou l'héritier de son choix sans le moindre sentiment de culpabilité au nom de cette loi d'airain qui veut que " possession vaut titre". Très bien quand le titre est au porteur. Mais une fois qu'il sera dématérialisé et inscrit sur un comptetitres, impossible d'échapper aux droits de succession. Or, même s'il n'en connaît généralement pas le tarif exact, le Belge sait à quel point ces droits sont gourmands, surtout en Wallonie, lorsque la transmission ne se fait pas en ligne directe.

A ces deux désavantages majeurs s'en ajoute un troisième: l'absence de liquidités. Imaginons que monsieur X investisse en bons de caisse d'une durée de cinq ans et que deux ans plus tard, pour n'importe quelle bonne raison qui peut intervenir dans un ménage, il ait besoin de cet argent. Il n'a pas d'autre choix que de retourner auprès de la banque qui a émis ses bons de caisse pour en demander le remboursement. On dit beaucoup de choses et leur contraire à ce propos mais dans la majorité des cas, la banque acceptera de rembourser. Mais - car il y a un " mais" -, les conditions seront imposées par la banque. Notamment les frais. Il n'y a pas de tarif officiel. Et - car il y a un " et" - il faut espérer qu'entre le moment où monsieur X a acheté ses bons de caisse et le moment où il veut récupérer son argent, les taux d'intérêt n'auront pas augmenté! Si c'est le cas, la banque remboursera avec une moins-value qui, là aussi, fera l'objet d'une négociation - et il s'agit d'un euphémisme. Si par contre les taux d'intérêt ont baissé dans l'intervalle, monsieur X bénéficiera d'une plus-value. Et si rien n'a changé, il récupérera sa mise nominale. Plus, dans tous les cas de figure, les intérêts échus. Moins le précompte de 15 % évidemment.

Monsieur X peut aussi se dire: "Et si quelqu'un voulait acheter mes bons de caisse?" Il peut trouver un ami, un parent. Mais ce n'est pas évident. Il peut aussi aller en Bourse, sur le marché des ventes publiques. L'opération sera plus ou moins rentable selon que les taux d'intérêt auront ou non baissé dans l'intervalle. Mais le plus important n'est pas là : il faut trouver une contrepartie. Quant aux frais, ils sont minimes (1 %). Les angoissés se posent souvent une autre question: "J'ai acheté des bons de caisse émis par la banque Machin. Et si elle devait faire faillite?" C'est fort rare mais comme on n'est jamais sûr de rien, il faut savoir que les bons de caisse sont couverts par le Fonds de garantie du secteur. Seule limite : ne pas investir plus de 20.000 euros en bons de caisse (ou autres actifs financiers) auprès de la même banque. Le hic: cette garantie ne vaut que pour les titres nominatifs; les titres au porteur n'en bénéficient pas. Soyons réalistes, le risque de faillite irrécupérable est à peu près nul. Mais il en est des placements de ce type comme des voyages en avion : certains trouvent que c'est d'une banalité complète, d'autres que le risque est insupportable? La solution pour qui veut absolument investir en bons de caisse? Opter pour une petite banque - les conditions sont souvent meilleures -, passer tout de suite aux titres au porteur - ce sera obligatoire dans un an et demi - et ne pas dépasser un investissement de 20.000 euros - question d'être protégé par le Fonds de garantie.

Comme aucun produit financier n'est jamais tout à fait mauvais, le bon de caisse a tout de même quelques avantages. Il est émis "au robinet", c'est-à-dire tout le temps. Autrement dit, on peut en acheter quand on veut. Et il ne présente strictement aucun risque, sauf celui de faillite de la banque qui l'émet. On a vu à quel point il est limité. En fait, on peut assimiler le bon de caisse à ce que les professionnels appellent "le placement sans risque", c'est-à-dire les obligations d'Etat.

Jean Blavier

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