Le produit de placement phare des Belges campe sous les feux de la rampe...

Le compte d'épargne, produit de placement préféré des Belges, est peu rémunérateur et complexe. La situation commence à évoluer. Le compte d'épargne? La bouteille à l'encre. Le produit financier de base, le mode d'épargne le plus populaire, la poire pour la soif, les réserves familiales... Il y a autant de définitions pour le compte d'épargne qu'il y a d'épargnants. Et s'il était plus transparent?

Obsolète, le livret?

Certains disent encore "le livret d'épargne" . Quelle expression désuète ! On l'utilise encore, et pas seulement chez les vieux de la vieille, alors qu'il y a belle lurette que tous les livrets d'épargne (et leurs jumeaux les carnets de dépôt!) sont devenus des comptes d'épargne. Le compte d'épargne, puisqu'il faut l'appeler par son nom, c'est le fondement de l'épargne du Belge. Un fondement bien grassouillet puisque nous y avons tous ensemble accumulé la bagatelle de 160 milliards d'euros. C'est énorme, plus que cela même, pour deux raisons essentiellement:

  • La propension du Belge à épargner est en baisse. Alors que la propension à l'épargne se chiffrait encore à 20% des revenus disponibles il y a 15 ans, ce taux est retombé à 12% aujourd'hui environ. Cela ne fait que mettre davantage en lumière le côté colossal du montant déposé sur des comptes d'épargne;
  • Les taux d'intérêt étant ce qu'ils sont, les comptes d'épargne ne rapportent quasiment rien lorsqu'on tient compte d'un taux d'inflation de 2%. Comme les taux d'intérêt, même récemment relevés (de 0,25%), ne dépassent pas le plus souvent 2% en termes réels et que l'inflation avoisine les 2,4%, l'épargnant perd même virtuellement de l'argent!

Ce qui amène à se poser cette question stratégique: pourquoi ? Pourquoi vous, moi et tant d'autres avons-nous déposé tant d'argent sur un compte d'épargne (16.000 euros en moyenne par personne en Belgique)? La réponse est à la fois simple et complexe. Simple parce que le compte d'épargne, c'est le bas de laine, la réserve en cas de coup dur, l'argent des vacances, etc. Toutes choses que l'on peut ranger sous l'appellation très peu contrôlée d'épargne de précaution. Mais la réponse est complexe aussi parce qu'on est en droit de se demander, tout bien réfléchi, pourquoi nous misons tant d'argent sur un produit financier qui est très belge dans le sens le plus détestable du terme: il faut être du cru pour comprendre. Le compte d'épargne a des allures de "petit machin facile à décortiquer" alors qu'il est en fait d'une complexité inattendue. Un banquier n'hésite pas à le dire: "Je mets quiconque au défi de calculer avec précision ce qu'il va toucher en fin d'année, taux de base, prime de fidélité et prime d'accroissement comprises." Pour montrer à quel point les choses sont complexes, Cécile Berthaud a écrit fin juin dernier dans "L'Echo", à propos du compte d'épargne, que " si les pubs sont appétissantes, il faut les consommer avec modération ". Pourquoi ? Parce qu'elles peuvent induire en erreur. Un comble pour le produit financier le plus populaire qui soit. D'une manière plus générale, poursuivait notre collègue, "la pub pour les produits financiers demande souvent un décryptage en profondeur". Rebelote: un comble! Un décryptage "en profondeur" de surcroît !

Cas pratiques

Prenons quelques exemples. Traditionnellement, la pub pour les comptes d'épargne se présente sous la forme "x% de taux de base + y% de prime". C'est la valse des chiffres. Et il ne faut surtout pas croire que x + y soit égal à z. Ce serait trop simple. En effet, les primes se calculent selon des modalités qui n'ont pas grand-chose de transparent, qui sont correctes arithmétiquement bien sûr mais avec des détours qui donnent la migraine. D'abord, il y a deux sortes de primes, la prime de fidélité et la prime d'accroissement. Cette dernière ne prend effet que si l'accroissement d'épargne qu'elle est censée rémunérer reste six mois sur le compte. Or un taux d'intérêt se calcule sur une base annuelle. La prime de fidélité, elle, récompense? les fidèles, c'est-à-dire les capitaux restant sur le compte pendant un an, parfois plus. Et en aucun cas on ne peut cumuler les deux primes, du moins les cumuler sur les mêmes capitaux. Voilà pourquoi, par exemple, 1,50% de taux de base plus 0,50% de prime d'accroissement ne font pas 2%. Voilà pourquoi, aussi, 1,50% de taux de base plus 0,50 % de prime d'accroissement et 0,50 % de prime de fidélité ne peuvent en aucun faire 2,50%. Certaines banques pourtant jouent la carte de la transparence. ABN Amro par exemple, avec 3% de taux de base et une prime pour la forme (entendez réduite à portion congrue). Mais 3 % de taux de base, c'est clair au moins.

A la Deutsche Bank, on dit haut et fort que le compte d'épargne est d'abord un produit intéressant à court terme. Ce qui est exact. Il suffit de comparer son rendement - pour autant que ce soit possible? - avec celui d'un compte à terme à trois ou à six mois dont il faut de surcroît retirer le précompte. Alors que le compte d'épargne, lui, est exonéré de tout précompte sur son taux de base et sur ses primes pour autant que les intérêts accumulés au terme de l'année ne dépassent pas 1.600 euros par personne.

Double exonération

Et là, bonne nouvelle. Alors qu'autrefois ce plafond s'appliquait aux ménages, le gouvernement a décidé de l'appliquer désormais par tête de pipe. Il faut déjà mettre beaucoup d'argent sur un compte d'épargne avant de payer un seul centime de précompte?

Jean Blavier

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