Bilan «emploi» mitigé pour Verhofstadt

Deux cent mille. C'est le chiffre magique du gouvernement Verhofstadt II. L'objectif que s'était assigné le Premier ministre lui-même en matière de créations d'emploi. Le juge de paix de l'efficacité de l'attelage libéral-socialiste.

(l'écho) Mais à l'heure du bilan, ce chiffre est surtout source de polémique. 200.000 emplois créés? Oui, répond Verhofstadt. Faux, rétorque l'opposition. La dernière étude statistique du SPF économie parle de 193.600 créations d'emploi. Une projection du Bureau du plan évoque pour sa part 135.900 emplois créés. «Les indicateurs publiés, y compris par des institutions publiques, sont effectivement très différents. Ce qui montre la difficulté de mesurer de manière claire et précise», commente Jean Faniel, chercheur au Crisp (Centre de recherche et d'information socio-politiques).

D'autres données viennent toutefois affiner l'analyse. Libéraux et socialistes promettaient également d'atteindre un taux d'emploi dépassant 65% et de permettre à 4,4 millions de Belges d'occuper un emploi. Le constat est plutôt sévère pour l'exécutif violet. Le taux d'emploi, quoique en progrès, avoisine aujourd'hui 61% seulement. Et, selon la dernière étude du SPF économie, 4,26 millions de Belges occupent un emploi. Le taux de chômage, selon les données Eurostat, était de 7,7% en juin 2003. Il était de 7,5% en mars 2007.

Pacte des générations, contrôle des chômeurs, réductions de charges: voilà les axes forts de la coalition violette

Pour appuyer les créations d'emploi, la stratégie majeure de Verhofstadt II a été de poursuivre les réductions de charges accordées aux entreprises. Le total des réductions de charges sociales (y compris personnelles) s'élève à 7 milliards d'euros en 2007, contre 3,8 milliards en 2003. Par rapport au gouvernement arc-en-ciel (1999-2003), ces baisses de charges ont été plus ciblées. Elles ont aussi davantage manipulé l'instrument fiscal, via une dispense de paiement d'une partie du précompte professionnel: sur le travail de nuit, sur le travail en équipe, sur les heures supplémentaires, sur le salaire des chercheurs… Ces baisses de charges ont été applaudies par le patronat. Mais elles n'ont pas empêché quelques grosses restructurations. La plus emblématique est celle de Volkswagen Forest, fin 2006. «La pertinence de ces réductions de charges pour relancer l'emploi est désormais acceptée, y compris par le PS, qui l'intègre même dans son propre programme. Le débat porte plutôt sur la façon dont on compense le manque de recettes pour la sécurité sociale et sur la manière de continuer ces diminutions de charges. Schématiquement, les socialistes plaident pour une liaison de ces réductions liées aux créations d'emploi réelles tandis que les libéraux plaident davantage pour une réduction linéaire», souligne Jean Faniel.

D'un point de vue salarial, le gouvernement violet a surtout plaidé pour la modération. Il a notamment imposé l'accord interprofessionnel (AIP) 2005-2006, malgré l'opposition des militants de la FGTB. La hausse des salaires y avait été fixée à 4,5%, soit la norme la plus basse de l'histoire sociale. L'AIP 2007-2008 a établi la norme salariale à 5%. Mais l'exécutif a octroyé aux patrons une dispense de précompte de 0,25%, ramenant la hausse salariale réelle à 4,75%. Guy Verhofstadt a également vanté, à plusieurs reprises, les mécanismes «all-in», autrement dit une enveloppe salariale globale qui limite les effets néfastes d'une inflation trop forte.

Un autre levier utilisé par le gouvernement fédéral a été la promotion des titres-services. Largement subsidiés, ces chèques, destinés à remplacer le travail noir pour les aides ménagères, sont un succès. Selon le dernier rapport de l'Onem, 420.000 utilisateurs sont inscrits, près de 1.500 entreprises sont actives et près de 62.000 personnes travaillent dans ce système à la croissance exponentielle.

D'une manière générale, le marché du travail s'est un peu flexibilisé sous Verhofstadt II. La preuve, notamment, par la hausse considérable des interruptions de carrière et crédits-temps. «Le gouvernement a choisi de stimuler des réductions individuelles du temps de travail, et de ne pas toucher à la durée collective du travail, via les 35 heures par exemple», explique Jean Faniel. «Depuis quinze à vingt ans, la tendance est à la croissance du nombre d'emplois à durée déterminée, des contrats intérimaires ou à temps partiel», précise-t-il encore.

Enfin, un des éléments clés de la politique d'emploi menée par le gouvernement violet a été le «contrôle» ou «l'activation» des chômeurs. Ce fut une des premières mesures prises par libéraux et socialistes. Non sans polémiques et sans casse sociale. «L'idée que les chômeurs sont responsables de leur situation gagne du terrain. C'est pourquoi l'accent est mis de plus en plus sur leur employabilité, sur la flexibilité, sur la formation tout au long de la carrière», épingle le chercheur du Crisp. Alain Narinx

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