L'homme qui ne disait pas toujours «non»

Le président du PS ouvre une série d'interviews de candidats Premiers ministres. Il se pose en homme de dialogue. Mais veut que les demandes soient chiffrées.

(l'écho) - La presse et le monde politique flamands caricaturent volontiers Elio Di Rupo en «Monsieur Non». Dans l'interview qu'il a accordée conjointement à «L'Écho» et au «Tijd», il a bien plus souvent déclaré «je suis prêt à en débattre» qu'adopté une posture du refus.

Cela vaut pour le niveau d'imposition, pour la responsabilité budgétaire des Régions, pour les réductions de charges patronales... «Je ne suis pas quelqu'un qui exige ceci ou refuse d'avance cela, explique le président du PS. Il faut évaluer, chiffrer et puis décider.»

Il demeure en tout cas convaincu que la Belgique est «tout à fait en mesure» de dégager des excédents budgétaires les prochaines années, pour financer les défis du vieillissement. Même en revalorisant les pensions et les allocations familiales ou en relevant les frais forfaitaires à l'IPP. Pour autant, dit-il, que l'on ait «une fiscalité juste et un SPF Finances qui fonctionne»... S'il faut aller plus loin et dégager de nouvelles recettes, par exemple en taxant les plus-values boursières, ce sera discuté lors de la formation du prochain gouvernement.

Premier francophone

Ce prochain gouvernement pourrait bien, estime Di Rupo, être dirigé par un francophone. «Dans un pays où il y a 40% de francophones, ce serait normal à un moment donné, aujourd'hui ou dans quatre ans, dit-il. C'est une approche différente des réalités, une analyse différente de la situation des entreprises et des citoyens. Au nom de quoi, cela serait-il interdit à un francophone? Ou, pourquoi pas, à un germanophone?» Le dernier premier ministre francophone fut Paul Vanden Boeynants (quelques mois en 1978) et le dernier wallon, Edmond Leburton (1973-74).

Le ministre-président wallon insiste sur le rôle central du Premier ministre. Même si l'économie est très largement régionalisée, dans les moments les plus graves, l'interlocuteur international, c'est le chef du gouvernement fédéral, dit-il, soulignant le rôle de Guy Verhof-stadt lors de l'arrivée de Mittal.

Mais revenons au choix du futur locataire du 16, rue de la Loi. Pour Di Rupo, il serait logique que, si la famille socialiste devait être la première le 10 juin, le Premier ministre soit issu de ses rangs. Le Montois serait-il prêt, alors, à s'effacer au profit de son homologue sp.a, Johan Vande Lanotte, pour faciliter la désignation d'un Premier ministre socialiste? «Faisons d'abord les sièges, on discutera ensuite», esquive-t-il. Il assure toutefois «comprendre» la position de Vande Lanotte qui a exclu d'office un francophone au 16, rue de la Loi. «Il s'adresse à l'opinion publique flamande et uniquement à elle», dit-il.

Une Belgique en forme de Y

En revanche, comprendre les demandes insistantes pour régionaliser la politique de l'emploi, ça, c'est une autre paire de manches. Il estime que les lois fédérales peuvent très bien répondre aux besoins variés des régions et sous-régions. Pour Di Rupo, il n'y a pas trois régions économiques mais un couloir de richesses en forme de «Y» (Zeebrugge, Anvers, Bruxelles et le Brabant wallon) qui irrigue tout le pays. «Et un peu plus la Wallonie que la Flandre», convient-il.

Il explique cette différence par l'histoire et des logiques capitalistes différentes. «Dans les charbonnages du Limbourg, les capitalistes avaient des projets et ils ont réinvesti, explique Di Rupo. Dans la sidérurgie wallonne, ils sont partis, nous laissant le drame social.» Il y ajoute le rôle de la Kredietbank (KBC aujourd'hui), «un modèle de prise de risques et de soutien aux indépendants et aux PME». «Dommage que nous n'ayons pas eu une KB wallonne», soupire le président du PS.

Photo Jerry De Bie

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