«Se mettre indépendant, il faut le faire!»

Tête de liste MR à la Chambre en province de Namur, la ministre des Classes moyennes, Sabine Laruelle, défend le programme socio-économique de son parti devant deux patrons de PME, Serge Lamisse (IBT) et Luc Lorio (Ixina).

(l'écho) La ministre des Classes moyennes, Sabine Laruelle (MR), veut faciliter l'accès des PME aux crédits et aux aides publiques.

L'un de vos grands combats fut le statut social de l'indépendant. Faudrait-il encore l'améliorer au cours de la prochaine législature?

Sabine Laruelle: Bien sûr. Le rattrapage par rapport à la situation des salariés a été largement amorcé, par exemple en matière de pension minimale et d'allocations familiales. Il faut maintenant achever de travail et arriver à une réelle égalité des travailleurs, quel que soit leur statut.

Le financement public des petits risques n'est toujours pas concrétisé...

S.Laruelle: Le principe est inscrit dans la loi et doit être généralisé le 1er janvier 2008. Mais, c'est vrai, pour les modalités, je me suis heurtée à un blocage du PS, qui veut absolument déplafonner les cotisations. Moi, je préfère la proposition des organisations représentatives des indépendants, qui prônent un forfait pour tous avec une adaptation des calculs. Le régime des indépendants est déjà le plus solidaire et les indemnités sont forfaitaires. Et puis, il y a une prise de risques de leur part qu'il me paraît légitime de rémunérer.

Serge Lamisse: Trouvez-vous normal que les cotisations soient ajustées trois ans en retard? C'est un faux cadeau qui peut entraîner des situations catastrophiques.

S.Laruelle: Les cotisations sont basées sur le revenu fiscal, qui est connu 18 mois plus tard et qui est fluctuant pour un indépendant. Vous avez raison, c'est un gros problème. Surtout qu'aujourd'hui, tout fluctue beaucoup plus. Il faut rendre le système plus prévisible mais il y a des freins énormes au sein de l'administration pour changer. J'ai soumis des pistes de réflexion, qui devront être reprises lors de la formation du prochain gouvernement. Cela pourrait être un lissage avec la moyenne des trois dernières années, ramener l'écart à deux ans...

S. Lamisse: N'y a-t-il pas possibilité de jouer sur les délais de paiement?

S. Laruelle: On peut obtenir des étalements ou des dispenses. On peut aussi ne pas régulariser après deux ou trois ans et considérer cela comme une aide au démarrage. Se mettre indépendant, aujourd'hui, il faut quand même le faire. Un jeune qui sort de l'école, il a tout intérêt à passer par le chômage. S'il ne le fait pas, en cas d'échec, il perd tous ses droits. Il faut accepter l'échec, ça fait partie de la vie de l'entreprise.

Quelles modifications proposez-vous?

S. Laruelle: Celui qui lance son activité dès la sortie de l'école doit avoir droit aux prêts à taux préférentiels et exempts de garantie personnelle, accordés aux chômeurs. Et s'il échoue, après par exemple deux ans, son activité d'indépendant doit valoir comme stage d'attente au chômage. Sinon, il a pris des risques, il a payé des cotisations et il se retrouve sans aucun droit en cas d'échec. Il faudrait aussi rééquilibrer les allocations familiales. Un père de famille au chômage, s'il se lançait comme indépendant, il perdrait 80 euros en allocations familiales. On a revalorisé mais il faut poursuivre. Il y a toute une série de petits mécanismes qui freinent la prise de risque. Il faut remettre la prise de risque au coeur du dispositif.

Luc Lorio: Pour se lancer, il faut des capitaux. Je peux vous l'assurer, l'aide des banques, c'est encore plus compliqué qu'il y a dix ans. La garantie sur fonds de commerce ne vaut plus rien dans une banque aujourd'hui. C'est très dur pour un jeune qui veut démarrer

S. Laruelle: Les pouvoirs publics ont un rôle à jouer. Nous avons ainsi renforcé les moyens du Fonds de participation, qui offre des prêts préférentiels aux professions libérales et aux PME. Les chiffres explosent, bien au-delà des objectifs. Il y a aussi des systèmes à mettre en place du style Tante Agathe ou l'actionnariat salarié. Enfin, les invests publics peuvent agir et devraient d'ailleurs, à mon sens, prendre plus de risques.

L. Lorio: Pour une PME, c'est très difficile de savoir à quelle porte frapper pour obtenir un financement public.

S. Laruelle: C'est vrai. Pour le garagiste qui veut ouvrir un atelier de carrosserie, ce n'est pas évident de savoir où s'adresser. Or, du capital à risques, il y en a dans notre pays. Il faut rendre l'information plus accessible et plus facilement compréhensible pour les PME. J'ai essayé de tout rassembler sur un portail unique pour que l'entrepreneur puisse trouver facilement ce à quoi il a droit, les services publics et privés, les business angels, etc. Mais, vous savez, tout le monde est très jaloux de ses prérogatives...

S. Lamisse: Certains de mes amis indépendants me disent qu'ils doivent parfois payer la TVA avant que leurs factures ne soient honorées, ce qui pose des problèmes de trésorerie. Ne peut-on pas y remédier?

L. Lorio: Et quand vous sollicitez un remboursement de la TVA, vous avez droit à un contrôle approfondi...

S. Laruelle: Les relations entre l'administration et le monde de l'entreprise s'améliorent, mais la notion de relation «client» doit encore se développer. Les fonctionnaires sont là pour servir les citoyens et les entreprises. Ce n'est pas parce que vous avez droit à un remboursement que vous êtes un tricheur. Il y a des choses que l'on peut faire. Si vous devez payer l'ONSS mais que la TVA vous doit de l'argent, l'état doit pouvoir poser un geste de compensation, au moins vous permettre d'attendre d'être payé par une caisse avant de reverser à l'autre.

Les projets d'expansion sont parfois bloqués par le coût de la main-d'oeuvre. Ne pourrait-on introduire de la flexibilité dans les cotisations sociales, les lier par exemple à des projets de développement?

S. Laruelle: Il faut veiller à un certain équilibre. Si cela devient trop flexible, cela devient aussi plus compliqué. Et alors beaucoup d'entreprises, surtout les plus petites, passent à côté d'aides auxquelles elles auraient droit car elles ne disposent pas de l'ingénierie pour cela. Même les réductions linéaires, les très petites entreprises passent à côté. Dans l'artisanat, 60% des entreprises sont unipersonnelles. Pour elles, c'est très compliqué d'embaucher. Il faut simplifier l'accès aux aides car il y a là une réserve d'emplois énorme. Propos recueillis par Jean-Paul Bombaerts et Christophe De Caevel

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