Comment éviter de tomber dans le trou du burn-out

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Un projet pilote de prévention est lancé par le Fédéral dans les hôpitaux et les banques, deux secteurs très touchés. L’idée de fond: repérer les premiers signes et agir à temps permet d’éviter le pire.

Combien de Belges en burn-out? Il n’y a pas de réponse à cette question. L’ Institut national d’assurance maladie-invalidité (Inami) recense en Belgique 400.000 malades de longue durée (absents pour plus d’un an), presque deux fois plus qu’il y a dix ans. Les troubles psychiques sont la première cause (36%) de ces absences longues, parmi lesquels le stress, la dépression mais aussi le burn-out.

Dans les tables de l’Inami, on trouve aussi ce genre de chiffres: entre 2007 et 2016, les cas d’invalidité pour cause de troubles psychiques (dont le burn-out, encore une fois) ont littéralement explosé parmi les employés: + 110% chez les femmes, + 76% chez les hommes. Parmi les indépendants, les chiffres sont à peine moins fous mais restent très impressionnants: + 86% en dix ans chez les femmes, + 39% pour les hommes.

"État d’esprit négatif persistant"

Parmi les troubles psychiques qui touchent de plus en plus le monde du travail, il y a le burn-out. Un terme un peu tendance, un peu fourre-tout peut-être aussi, mais qui renvoie pourtant à une réalité précise décrite par la science, rappelle la spécialiste Isabelle Hansez, professeure à l’ULiège. À savoir un état d’esprit négatif persistant lié au travail, caractérisé par l’épuisement (physique et émotionnel), un sentiment d’inefficacité, une démotivation et des comportements dysfonctionnels au travail.

Les stades du burn-out

Le burn-out, c’est une histoire qui va crescendo. Avant d’atteindre le stade du burn-out avéré, plusieurs stades sont observés. Isabelle Hansez, psychologue et professeur à l’ULiège, en résume les grandes caractéristiques.

Stade 0. L’enthousiasme

C’est le stade d’avant les problèmes. Le travail est idéalisé, le travailleur est ambitieux. Sa performance est élevée, il manifeste des capacités d’autonomie, a un bon contact avec les collègues. Il s’identifie fortement à son organisation, s’investit dans son travail, ce qui lui procure beaucoup d’énergie. Bref, tout va bien.

Stade 1. Le surinvestissement

Des doutes apparaissent sur son efficacité, sur la pertinence et la valeur du travail. Celui-ci se vide de sens. Et le travailleur compense: hyperactivité, surinvestissement, rythme de travail excessif, jusqu’à l’épuisement.

Stade 2. La désillusion

On bascule dans la déception, la désillusion: remise en cause du travail comme voie d’épanouissement, rejet des valeurs associées au travail. Des mécanismes de défense se mettent en place. Les premiers signes cliniques apparaissent: impatience, irritabilité, troubles somatiques. Le comportement se modifie (cynisme, isolement), le travailleur devient insensible, ne ressent plus d’émotions, il éprouve des difficultés à garder une image positive de soi-même. Absences régulières et difficultés d’adaptation au retour. Le mal-être au travail contamine la sphère privée.

Stade 3. Le burn-out avéré

L’idéal d’un travail épanouissant s’éteint complètement. Le doute s’étend à toute l’identité du travailleur. L’incapacité à travailler s’accompagne d’un sentiment de honte. Perception d’incompréhension par l’entourage, risque de développer un état dépressif. Besoin de temps pour accepter ce qui arrive et admettre le diagnostic. 

 

Souvent, la personne en burn-out n’est pas la première à remarquer cet état d’esprit; c’est plutôt son entourage qui le repère, notamment au sein de l’entreprise.

Le phénomène s’emballant, Maggie De Block, ministre (Open Vld) des Affaires sociales et de la Santé publique, a chargé Fedris, l’agence fédérale des risques professionnels, de lancer un projet pilote de prévention du burn-out. Deux secteurs parmi les plus touchés ont été retenus: le secteur hospitalier et les banques.

Un projet sur trois ans pour lequel 2,5 millions d’euros ont été libérés, ce qui permettra de prendre en charge jusqu’à 1.000 personnes touchées, encore au travail ou en arrêt depuis moins de deux mois.

Signes précurseurs

L’idée ici est d’intervenir à temps dans le développement du burn-out, lors du stade 2 tel que décrit ci-contre, c’est-à-dire lorsque les premiers signes du mal-être sont là (fatigue générale, difficultés de concentration, irritabilité, changement de comportement – cynisme, isolement –, baisse de l’estime de soi,…) et avant de tomber dans le burn-out avéré, dont il est plus compliqué de sortir. Prévenir plutôt que guérir.

Fedris proposera un trajet d’accompagnement sur mesure en fonction de la situation de chacun.

Fedris proposera aux travailleurs concernés un trajet d’accompagnement (gratuit et anonyme, sauf si le travailleur en décide autrement) de maximum neuf mois, sur mesure en fonction de la situation de chacun. Une série d’étapes sont prévues et seront activées si besoin.

Dans tous les cas, le trajet démarre par quelques séances dans une clinique du stress et du travail et vise la réintégration ou la réorientation professionnelle si le retour dans la même organisation n’est pas possible.

Des brochures et autres affiches seront aussi mises à disposition, notamment dans les entreprises et auprès des médecins généralistes. "Cette campagne va aider chacun à s’informer et permettre de capter les premiers signes d’un burn-out", se réjouit ce jeudi Maggie de Block lors du séminaire de lancement.

Qui est malade?

Tout le monde ne partage pas son optimisme. "Selon moi, le burn-out est une réaction saine de la part d’une personne en difficulté, c’est plutôt l’organisation qui est malade", a réagi Julie Coumont, permanente CNE pour le secteur non marchand en Hainaut.

Baromètre de l'épuisement

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1 salarié belge sur 5 est en risque d’épuisement. C’est le cas d’Olivier, un quadra qui frôle le burn-out. Découvrez son histoire et faites le point sur votre situation. Découvrez notre grand format >

"Je trouve un peu cynique de mettre en place un projet de lutte contre le burn-out en milieu hospitalier alors que les autorités passent leur temps à réduire les moyens du secteur, comme le fait la ministre." Vu comme ça, la prévention du burn-out n’est qu’un emplâtre sur une jambe de bois.

La situation du secteur bancaire n’est pas la même mais il connaît également une envolée des cas de burn-out. C’est bien pour cela que Febelfin, la fédération belge du secteur financier, est partie prenante de ce projet pilote. Entre les réductions chroniques de personnel, dans une logique de baisse des coûts, et une transformation digitale menée tambour battant, le staff bancaire sait, lui aussi, ce que pression veut dire.

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