chronique

1.000.000.000.000 $. Le compte est-il bon?

Marc Lambrechts

C’est la perte encourue depuis leur plus haut de l’année par les actions Faang (Facebook, Apple, Amazon, Netflix et Google). Toutes ces actions sont tombées dans un "bear market", soit une baisse d’au moins 20%.

Quand il y a des turbulences sur les marchés boursiers américains, branchez-vous sur la télévision financière CNBC. C’est là qu’on sent le mieux le marché, ses joies, ses déceptions, ses angoisses. Mardi dernier, un chiffre barrait en grand les écrans: 1.000.000.000.000 de dollars. Mille milliards de dollars, c’est environ deux fois le produit intérieur brut de la Belgique. C’est la perte encourue depuis leur plus haut de l’année par les actions Faang, pour Facebook  (-250 milliards), Apple  (-250 milliards), Amazon  (-280 milliards), Netflix   (-60 milliards) et Google  (-160 milliards). Toutes ces actions sont tombées dans un "bear market", soit une baisse d’au moins 20%.

C’est un sacré retour de manivelle pour les 5 "Faang- tastiques". Depuis le début de l’année, Facebook perd désormais plus de 25%. Malgré sa récente baisse, Amazon reste encore en hausse de près de 30% mais avec un rapport cours/bénéfice qui reste toujours particulièrement élevé (85).

D’aucuns évoquent un parallélisme avec la chute des valeurs internet au début des années 2000. La comparaison apparaît tentante, mais elle est trompeuse. À l’époque, la plupart des "dotcoms" n’affichaient aucun bénéfice. Les Faang, elles, présentent souvent des bénéfices très plantureux. Ce qui a changé pour ces dernières, c’est le contexte économique et politique. Le taureau, symbole du marché haussier à Wall Street, apparaît fatigué après environ dix années de hausse. La remontée des taux d’intérêt pèse sur les Bourses. Et le ralentissement mondial, notamment sous le poids des sanctions commerciales de Donald Trump, commence à impacter les ventes d’Apple, qui se refuse désormais à publier les chiffres de smartphones vendus, se limitant à des chiffres de revenus. Sur un plan plus politique, Facebook a subi plusieurs scandales d’ampleur et Google a été sanctionné par les autorités de la concurrence européenne.

Leurs meilleures années

©EPA

Les géants technologiques peuvent logiquement s’attendre à être de plus en plus attaqués sur leur situation quasi-monopolistique et sur leurs méthodes pour échapper à l’impôt. C’est pourquoi il est dangereux d’extrapoler les bénéfices du passé. Collectivement, il est fort possible que les Faang ont vécu leurs meilleures années.

C’est ce que l’on pense chez Schroders. On y souligne que les signaux s’accumulent indiquant que les actions de croissance, comme les technologiques, sont en train de perdre leur position de tête au profit des actions de valeur (value stocks). Les gestionnaires Robin McDonald et Marcus Brookes font remarquer que dans un marché haussier, c’est au début du cycle que l’on peut gagner le plus d’argent, lorsque le sentiment et les cours sont encore sous pression, ainsi qu’à la fin du cycle, lorsque l’optimisme des investisseurs éclipse tout le reste.

Ces derniers mois, si l’on se fie à l’enquête réalisée par Bank of America Merrill Lynch auprès des gestionnaires internationaux, les Faang constituaient le segment le plus couru en matière d’investissement. C’est là où tout le monde voulait à tout prix se positionner.

Selon Schroders, la prudence est de mise lorsque trois facteurs se conjuguent: des valorisations extrêmes, des attentes très élevées et une concentration du capital. Nous y sommes: au cours des 18 derniers mois, la capitalisation boursière des entreprises américaines a augmenté de 6.000 milliards de dollars. La part du secteur de la technologie représente la moitié de ce montant. Et les cinq actions Faang à elles seules la moitié de cette part. Tant d’argent concentré en un si petit nombre d’actions, c’est un phénomène typique en fin de cycle, où la psychologie de spéculation a totalement pris le dessus sur les éléments fondamentaux. C’est le moment où le marché se retourne.

A quoi doit-on désormais s’attendre? Après une semaine écourtée les indices américains ont perdu 4% en moyenne, le Nasdaq n’affiche plus qu’une très timide hausse de 0,5% depuis le début de l’année alors que le Dow Jones et le S&P 500 ont basculé dans le rouge (-1,75% et -1,5% respectivement).

Les plus optimistes espèrent que la banque centrale américaine (Fed) prendra en compte les remous boursiers et ne relèvera plus ses taux directeurs – on peut en douter. D’autres que le Black Friday qui a succédé à Thanksgiving va donner le coup d’envoi du fameux rally boursier de fin d’année.

Vu le contexte plutôt morose, si tous les indices américains terminent l’année dans le vert, cela constituerait déjà un petit exploit.

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