chronique

Bulls contre bears, la lutte finale?

Gare au "moment Minsky", avertissent certains analystes. Ce moment Minsky, c’est celui du retournement après la phase d'ascension continue des cours boursiers au cours des dernières années, notamment des valeurs technologiques.

Malgré plusieurs mauvaises nouvelles sur le front économique (les chiffres désastreux de croissance du Japon, l’avertissement d’Apple…), les marchés boursiers ont continué à grimper en début de semaine comme si les "bulls" (haussiers) voulaient toujours faire la leçon aux "bears" (baissiers). Par la suite, cela s'est un peu compliqué. C'est que l'on sent poindre une certaine nervosité. Même une nervosité certaine.

Chez le courtier Nomura, on pointe le fait que les marchés d’actions versent de plus en plus dans l’euphorie, ce qui pourrait signifier que les achats de panique sont proches d’un sommet. Son de cloche assez similaire chez BNP Paribas Fortis Private Banking  où Patrick Casselman, spécialiste en actions, exprime aussi un certain malaise dans une petite note de recherche. Selon lui, quand des facteurs de risque tels que la guerre commerciale et la crainte du Brexit en 2019 et, plus récemment, la menace militaire en Iran et la pandémie de coronavirus sont si facilement négligés ou rapidement oubliés par le marché, cela apparaît comme le témoignage d’une "autosatisfaction extrême". Les investisseurs semblent dans certains cas ne plus s’intéresser à la valorisation des risques. Ce qui rappelle fortement la phase d’exagération de l'an 2000.

Le cas Tesla

Prenons le cas de Tesla, emblématique de cette bataille entre les "bulls" et "bears". L’action du constructeur de voitures électriques a déjà doublé de valeur depuis le début de l’année 2020. Si l’action Tesla devait atteindre 1.250 dollars, la firme d’Elon Musk surpasserait Toyota et deviendrait la première capitalisation automobile mondiale. Ah oui, pour rappel, son rapport cours/bénéfice n’est pas calculable puisqu’il n’y a pas de bénéfices. Quant au rapport cours/cash flow, il dépasse le niveau de 30. Face à l’ascension fulgurante de l’action, plusieurs analystes baissiers, un peu dépités, ont dû revoir leurs pronostics de cours vers le haut pour Tesla. 

Ce tiraillement entre les bulls et les bears est parfaitement résumé chez Bank Of America où l’on se dit « irrationally bullish».

Ce tiraillement entre les bulls et bears est parfaitement résumé chez Bank of America où l’on se dit "irrationally bullish". Cela signifie qu’on voudrait être baissier, mais que cela s’avère impossible pour le moment. Donc on demeure haussier, mais d’une manière irrationnelle. Enfin, pas tout à fait irrationnelle puisque le marché reste soutenu par la politique monétaire des banques centrales. Chez Bank of America, on a ainsi répertorié 800 baisses de taux (!) depuis la chute de Lehman Brothers en 2008. Tout cela a gonflé la bulle obligataire. Même les obligations grecques sont aujourd’hui recherchées, le taux de rendement à dix ans ayant chuté sous la barre de 1%. Presque irréel.

Gare toutefois au "moment Minsky”, avertissent les analystes de la banque anglo-saxonne. Ce moment Minsky, c’est celui du retournement. Quand tous les acteurs pourraient sortir du marché au même moment, comme en 2008. C'est l'économiste américain Hyman Minsky (1919- 1996) qui a décrit les différentes phases du cycle financier. Synthétisant la pensée de Minsky, l'économiste français Michel Aglietta souligne qu'au paroxysme de la phase euphorique, une bulle se forme, soit une valorisation qui n’est plus justifiée par la promesse des revenus futurs. L’impossibilité que les arbres montent au ciel indique alors que la bulle va certainement éclater, mais "à une date inconnue". C'est bien là le problème. Bank of America indique que ce moment pourrait survenir dès le deuxième trimestre de cette année. D'autres parlent de novembre, date des élections américaines. La bataille entre bulls et bears est peut-être entrée dans sa phase finale.     

Lire également